‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 482 sur 503 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Lettre de Fabert et réponse de Mazarin. — L'Hôtel-Dieu de Paris.

Fabert ôtuit ù celte époque peu t-<ître le seul capable dt' direce mot recueilliparun de ses historiens : «Le moindre vol est un cri me capital chez un homme de guerre qui est chargé de la sécurité publique. » Quoi qu'il en soit derinitiative di' cette supplique, la réponse de Mazarin que nous avons trouvée dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale, sorle de circulaire qu'on envoya aux signataires de la lettre, gouverneurs de Sedan, de Mézières, du Mont-Olympe et de Hocroy, en dira plus que nos réflexions.

Monsieur,

La principale raison par laquelle on a cru devoir laisser le corps de M. Rose où il est, ayant été afin de lui donner Heu d'entrer dans le Luxembourg, pour enipêclier les ennemis d'y établir leurs troupes en quartier, et de les remettre et fortifier par ce moyen, j'ai été bien surpris d'apprendre qu'au lieu de recevoir pour cela de l'assistance des gouverneurs de la frontière, ils aient traité ses gens comme ils pourraient faire des Esiiagnols. On ne prétend pa* autoriser les désordres qu'ils pourraient commettre à leur passage, et je ne réponds pas même qu'ils n'en fassent pas, quelque soin qu'on y apporte, puisque ce ne sont pas des anges; mais comme par le traité qu'on a fait avec le sieur llose, il s'est engagé de les faire vivre avec toute sorte de modéjation et de discipline, je puis bien assurer qu'ils ne feront aucun mal, dont les auteurs ne soient aussitôt punis avec la dernière sévérité, et que les particuliers seront dédommagés ponctuellement de ce qu'ils en pourraient souffrir. Que si M. Rose en use de la sorte, comme je n'en doute point, il semble qu'il devrait bien plutôt trouver toute sorte de faveur et de correspondance parmi les bons serviteurs du roi qui sont dans son voisinage, que d'en recevoir des actes d'hostilité comme il se plaint qu'on en a exercé contre lui, en faisant enfoncer des bacs pour lui empocher le passage, et défendant dans tontes les villes et châteaux de lui fournir ni vivres ni aucune des choses qu'il envoyait quérir pour de l'argent, ce qui continuant rendrait inutile le traité qu'on a fait avec lui, et justifierait les courses que ses troupes seraient contraintes de faire dans le pays pour chercher leur subsistance. Auparavant que la chose fas»e plus de bruit, j'ai voulu vous en écrire en mon particulier, m'assurantque vous déférerez à ce qui! je vous représente là'dessus, et que vous y donnerez ordre, et la Reine a trouvé bon que M. de Besançon s'en retournât en diligence pour aller travailler à faire cesser cette mésintelligence et bien établir entre le sieur Rose et les gouverneurs

l'union qui est nécessaire pour le bien du service du Roi, en sorte que tout le monde y concoure unanimement. Sur quoi me renieltanl à ce quj le sieur de Besançon, à qui je vous prie de donner entière créance^ V JUS pourra dire encore plus au long là-dessus, je demeure avec toute sorte d'estime et de passion

Votre très-affectionné serviteur,

Le CAnDiNAL Mazarini.

Paris, 14 janvier 1651.

Les renseignements fournis par le registre des délibérations de î'Hôtel-Dieu * sont de la plus haute importance pour cette époque, mais demandent trop d'espace pour une analyse un peu complète ; nous donnerons seulement ici quelques extraits que nous croyons significatifs.— 26 février 1649 :« Sur les nécessités présentes et le peu de blé qu'il y a à l'IIÔtel-Dieu, n'y en ayant point pour quatre jour •;, pour nourrir dix-sept cents malades, l'impossibilité qu'il y a d'en recevoir, après avoir recherché toutes sortes de moyens, la compagnie en cette extrémité n'a point trouvé d'autre moyen que de présenter deux registres, l'un au Parlement, l'autre à l'hôtel de ville, par lesquels leur sera remontré cette nécessité et à ce qu'ils aient à trouver quelque moyen pour leur faire trouverdu blé ; sinon que MM. les gouverneurs seront contraints de h\Temettre les pauvres en des bateaux pour chercher au loin la nourriture plutôt que de les voir périr de faim à leurs yeux; déclare encore, qu'il sera envoyé pour la quatrième fois en cour à M. leprésident de Hailleul pour essayer d'obtenir un passe-port pour 30 muids do blé par Corbeil pour la nourriture des pauvres de l'Hôtel- Dieu, » — 18 juin. Ordre aux médecins de faire tous les huit jours évacuer les convalescents pour soulager l'Hôlel-Dieu. — En 1650, ce ne sont que remises de termes aux fermiers et locataires de l'Hôtel-Dieu ; il en est ainsi jusqu'en iGo'6. — m décembre 1651 : M. deCramoisy, un des administrateurs, d'après l'avis du garde des sceaux, prie le doyen de la Faculté de médecine, Guy-Patin, d'envoyer à l'Hôtel-Dieu trois ou quatre médecins de supplément, vu le grand nombre de malades (plus de 2200). Le môme besoin se fait sentir à l'Ilôtel-Dieu de Lyon , qui augmente aussi son

i. Archives de l'Assistance publique, 20^ registre, n«»1438i

personnel'. — i7 mai 1652 : Permission aux fermiers de l'Hôtel-Dieu d'envoyer leurs bestiaux dans le cimetière Saint- Louis, en attendant que les chemins soient libres, — 21 juin : « La compagnie voyant le grand nombre des malades qui arrivent journellement à l'Hôtel-Dieu, qui est tel que, en un seul jour, il en est entré jusqu'à deux cents (il y en avait alors déjà plus de 2400); ce qui est cause qu'ils sont couchés jusqu'à cinq et six dans un seul lit, ce qui cause la mort à plusieurs, la compagnie arrête d'ouvrir l'hôpital Saint-Louis (spécialement destiné aux pestiférés) pour recevoir les blessés, en prenant toutes les précautions possibles pour interdire la communication avec le dehors.» —31 juillet : « Attendu la grande nécessité qui est à l'Hôtel-Dieu, qui est telle qu'il y entre chaque jour cent malades, ayant présentement plus de 2400, et à l'hôpital Saint-Louis plus de quatre cents, il a été arrfité qu'on empruntera (tOOOO liv., le Parlement ayant autorisé cet emprunt par arrêt du H5 juillet, » etc.

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