‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 483 sur 503 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

Les soldats sous la Fronde.

Notre livre est rempli des désordres causés par les soldais; nous n'emprunterons doncque quelques lignes au manuscrit du curé Macheret (de Langres), qui nous fait connaître en détail la situation du département de la Haute-Marne et lieux circonvoisins (Champagne, Bourgogne et Lorraine). Nous avons déjà cité le pat^sage où il confirme en latin la conduite atroce de toutes ces bandes, « pillant, volant, brûlant, ravageant tout à tort et à travers, «violant les femmeset les filles, et non contents de cette exécrable conduite, les faisant sauter avec de la poudre à canon. « Ils ont tellement fatigué le pays plat, dit Macheret, en marsl651, qu'il semble que chacun ne se puisse reconnaître dedans la grandeur de sa perte et excès de sa désolation... » L'année suivante, en mai etjuin, « la pauvreté est si grande que le pays affamé mange jusqu'aux charognes des chevaux, et môme, à Mussy-l'ÉvOque, il y avait un gros cheval de carosse appartenant à nionsei-

1 . Damier, Histoire de l'Hôpital général et de V Hôtel-Dieu de Lyon, 2 vol. 1830.

gneur l'évoque de Langres, qui, tout en frecin, ou pour mieux dire chargé de mauvaises humeurs, rendait une telle puanteur qu'on ne le pou\ait souffrir ni sentir; il fut conduit hors de la ville pour être écorché; lequel ne fui pas plus tôt dev<}tu que le peuplo y arrivait avec telle avidité que plusieurs furent blessés aux mains des couteaux des autres, en rompant la chair du cheval, laquelle fut entièrement enlevée en moins d'une heure. » Pareil fait proche la porte du moulin à vent de Langres : « 11 s'est trouvé deux hommes morts de faim proche la porte de l'hôpital des Sept- Sols ; et mûme leurs pauvres corps ont été pour servir de proie aux loups. Une pauvre mère portant et allaitant son enfant a été trouvée morte en une prairie, ayant encore la bouche pleine d'herbes et en mangeant comme une bote, et son petit enfant encore vivant entre ses bras. » Macheret attribue particulièrement cette extrême misère à la conduite des soldats. Son témoignage est trop d'accord avec les faits et l'opinion de tous les contemporains pour qu'on puisse le mettre en doute. La Fontaine, par un mot dans la fable du Bûcheron et la Mort, T^aruc en 1668. nous retrace vivement l'impression des paysan?, comme l'a si finement remarqué un consciencieux et habile critique, M. J. Levallois ' : « Vous vous souvenez de ce pauvre bûcheron, tout couvert de ramée, qui, à bout de forces, dans un acte de désespoir appelle la mort à son aide. Le fabuliste nous fait assister à la délibéralion intérieure qui amène chez ce paysan ce cri de détresse, à son monologue d'Hamlet; il cite avec soin les principaux motifs de sa détermination :

Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,

Le créancier el la corvée Lui font d'un malheureux la peinture achevée.

Les soldats ! avec nos belles et nobles armées d'aujourd'hui ; avec notre admirable discipline militaire; avec le sentiment d'honneur exquis et rigide qui, dans tous les camps, à tous les grades, circule et va échaufler, inspirer les âmes, nous ne saurions admettre que l'on prenne en mauvaise part un nom qui de lui-même déjà est un titre. 11 n'en était pas ainsi

. Critique militante : Une enquête sur la Fronde, p. 249. 1 vol. i;i-12, Didier.

avant Louvois', Catinat et Vauban. On aimait mieux se luer que de subir les tortures infligées parles soldats; il n'y avait contre eux d'autre ressource que la fuite ou le suicide. »

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