‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 56 sur 503 · ENTRAVE L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

ENTRAVE L'INDUSTRIE

biage, le vif herbage, le charriage ou revendication de quelque parlie de l'animal. Dans certaines villes, à Dreux, par exemple, il fallait payer pour avoir du lard en saloir après la Saint-Martin. Si à ces droits on ajoute les mini> tioux statuts de la corporation des bouchers, on compren* dra combien était nulle la consommation en viande. Selon M. Dareste de la Chavanne {Hist. des classes agri^ coles), vers la fm du dix-septième siècle, elle s'élevait k peine à une livre par tète et par mois; et encore, pour se rendre un compte exact de cetle moyenne, faut-il ajouter que la viande de boucherie était le privilège des grandes villes et le luxe de certaines classes. La multiplicité des jours maigres apportait un grand obstacle au commerce de la boucherie, et, par conséquent, à la pioduction du bétail, puisqu'il y avait suspension absolue de commerce pendant près de la moitié de l'année (plus do cent soixante jours par an); on sait que, pendant le carême, les hôpitaux seuls, jusqu'en 1774, avaient la permission de vendre la viande sur prescription de médecin, et moyennant des droits assez élevés.

Quant aux autres viandes, telles que volailles, lapins, venaison de toute espèce, c'était un privilège des classes nobles qui s'étaient réservé les droits de garenne et de colombier, et par là enlevaient à nos campagnes les ressources qui contribuent aujourd'hui à leur aisance. Le poisson n'avait pas grande importance dans l'alimentation; la pècbe maritime ne fut longtemps qu'une petite pèche côtière. En 1669, nous n'avions pas î-ix cents navires pour la grande pêche, lorsque les Hollandais en avaient seize mille, comme le prouve une dépêche do M. de Pomponne, ambassadeur en Hollande. Le mauvais ^état des routes et le manque de communications rapides

m LA GABELLE

entre les diverses provinces rendaient le transport du poisson frais presque impossii^le à une certaine dislance, ou dans des conditions d'une extrême cherté, malgré l'abondance de poisson, abondance entretenue par une législation étonnante de sagesse et de discernement au point de vue de favoriser l'observation du maigre pour le peuple et les nombreux ordres religieux; mais les monopoles du droit de poche, les statuts des corporations de pêcheurs, les nombreux procès relatifs à l'exploitation des cours d'eau, les redevances féodales ou monastiques, les impôts dont le poisson était frappé par les villes et par les rois, enfin les redoutables ordonnances sur la gabelle, si funestes à l'industrie du maquereau et du hareng salé, paralysaient pour la population les bons effets des lois de conservation du poisson. Là, comme toujours, les exigences du fisc arrêtaient la consommation et tuaient la production; dans l'eau comme sur terre, les ressources qu'offre la nature étaient anéanties par les vices de l'organisation sociale.

Nous venons de prononcer un des mots les plus terribles de l'ancienne monarchie, les gabelles. Il semble qu'à propos d'alimentation, le sel soit une denrée tout à fiiit accessoire; il avait cependant une importance réelle par la grande quantité de viande ou de poissons salés qu'on employait dans la nourriture, et par l'obligation où était chaque ménage d'en acheter une certaine quantité proportionnée au nombre de personnes, et cela « au poids de l'or, » dit Forbonnais, Le bon sens le plus élémentaire semblait donc commander d'encourager la consommation, en raison môme de son utilité, par un bon marché extrême. Le fisc ne raisonnait pas ainsi : le sel, étant indispensable, devenait une excellente matière à impôt

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et constituait un des principaux revenus publics; aussi la gabelle a-t-ellc donné naissance à une multitude d'édits. Une ordonnance fera loucher au doigt l'importance gouvernementale de cette imposition, qui, selon d'Auti-oclie, fut une des principales causes de la ruine de la Sologne, et imprima sur ce beau pays les profonds stigmates de misère et d'épuisement que tous les efforts de la science, de l'industrie et du capital, au service de la volonté puissante du chef de l'Etat, commencent seulement de nos jours à effacer.

« Louis, etc., à de Loustelnau, sergent de bataille en nos armées, major au régiment de nos gardes françaises et capitaine d'une compagnie de chevau-légers, salut.

« Comme il est impossible d'arrôter le désordre qui s'est introduit lans nos provinces frontières, par le transport qui se fait du sel du jays ennemi ou de celui de notre obéissance, où les droits de gabelle ae sont pas établis et où il ne coûte rien ou très-peu de cbose pour le rendre et débiter en nos provinces où les gabelles ont cours, si ce n'est en y employant une force considérable ; le gain illicite qui se fait en ce trafic y engageant les gens de guerre de toute condition, les gentilshommes et la plupart des habitans de nos frontières, dont plusieurs à main armée et publiquement, étant joints aux officiers et soldats des troupes de nos armées, forcent les gardes ordinaires de nos gabelles, en telle sorte qu'elles sont en beaucoup de lieux à l'abandon, ce qui apporte un tel préjudice à la ferme générale de nos gabelles, que dans nos provinces et généralités de Picardie, Champagne, Brie, Ile de France, Soissonnais et Normandie, les ventes de nos sels sont diminuées de plus de la moitié, et voulant y remédier selon l'importance de ce mal, nous vous avons établi pour vous transporter en nos provinces, aux lieux que besoin sera pour saisir et arrêter totcs ceux qui se mêleront de ce trafic de sel et faux-saunage, employer la force contre eux s'ils résistent, les poursuivre dans nos villes, châteaux, et dans ceux appartenant aux particuliers, en quelques lieux qu'ils soient^ sans exception, les faire prendre et mettre à l'instant es mains du capitai7ie Grandet, Meateasint en la marécbaussée d'Anjou, lequel nous avons ordonné pour agir aux captures des faux-sauniers et de leurs fauteurs, avec pouvoir de leur faire et parfaire leur p>rocès prévôtale-

ment, suivant nos ordonnances. Voulant aussi que vous ayez à visiter

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