RÉGENCE D'ANNE D'AUTRICHE
règne emphatique de Louis XIV. C'est l'enfant, c'est la régente qui en ont l'honneur. Heureuse reine qui gagne des hatailles en berçant son fils... C'était une merveille inouïe de voir la gloire inaugurer le gouvernement d'une femme, d'un enfant, gouvernement dont l'idée s'associe d'ordinaire à celle de la faiblesse et de l'impuissance.
Ce grand bonheur fit deux malheurs : il créa un héros insatiable et insupportable, monté surdesôchâsses et prêt à tout tuer pour la moindre prétention d'orgueil ou d'in- U'ièl; d'autre part, il glorifia l'avènement de Mazarin et alTermit son pouvoir. La Fronde et toutes ses misères sont là en germe.
Personne en effet ne paraissait avoir moins de chances d'arriver au pouvoir que l'ancien favori de Richelieu et de Louis Xllf, le petit étranger diplomate, qui n'avait pas su ménager la reine, aujourd'hui toute-puissante et probablement implacable. Aussi, l'étonnement fut-il grand lorsqu'on le vit chef du conseil. On ne pouvait croire toutefois que sa faveur serait de longue durée; mais il fallut reconnaître que le crédit de l'habile galant était sans bornes : d'après les conseils du minisire, malgré les sollicitations du propre cœur de la reine et les prières de tous ses amis, c'est la politique de Richelieu (jii'on suivait, cette politique contre laquelle Anne avait
combattu, cette politique à cause de laquelle la fière Espagnole avait souffert pendant tout le règne précèdent : la sœur du roi d'Espagne s'effaçait chaque jour pour laisser la place à la mère du roi de France, à la reine régente. Il fallait, pour opérer ce changement, une grande autorité; mais ce qui marquait encore mieux les progrès du nouveau favori, c'était la familiarité que cette femme
n AGE D'OR DES COURTISANS.
pieuse témoignait à son guide, les cadeaux singulier* qu'elle lui faisait. On se ligure facilement l'envie et la malignité des courtisans, cette « belle matière à méditalion, » comme dit un contemporain, lorsque se répandit dans les antichambres du Louvre celte nouvelle accusatrice : « La reine a donné un lit au cardinal '. iD
Pour excuser, justifier, faire accepter le choix de son favori, la reine fut obligée d'acheter la noblesse, tellement obérée, qu'on avait dû, sous Louis XIII, créer dans son intérêt un bureau de mont-de-piété à son usage spécial; de lui livrer la France en proie. Ce fut l'âge d'or des courtisans; Anne d'Autriche ne songea qu'à fêter son joyeux avènement, semant autour d'elle argent et faveurs, donnant tout à tous, ne refusant rien à personne : le duc d'Orléans et le prince de Coudé arrachèrent des trésors, l'un pour payer ses dettes, l'autre pour remplir ses coffres-forts; le moindre courtisan demandait, exigeait et sortait satisfait. Avec ces munificences, le trésor, déjà endetté à la mort de Louis XIII, n'eut bientôt rien à donner : on accorda des privilèges, des monopoles à exploiter ou à vendre; chacun imaginait les taxes les plus incroyables, les plus bizarres pour s'en faire attribuer le profit : une dame de la cour obtint de la régente un droit d'impôt sur toutes les messes qui se célébraient à Paris. Il y avait des conseillers bénévoles sous lenomde donneurs d'avis; quand leur idée était adoptée,
1. Voir ms. de Gaudin. Arch. des affaires étrangères, coll. France, cité par M. d'Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine, t. Il; les Lettres de Maznrin à la reine, publiées par M. Ravenel pour la Société d'histoire de France, et les Carnets de Mazarin, que M. Cousin a commentés dans le Journal des savants, sont venus coni f mer tous ces propos malins, et ne laissent aucun doute sur la nature Us la liaison qui existait entre Anne d'Autriche et son ministre.