LA RÉFORME DE L'ÉTAT
quant à Tavenir, défense, sous peine de la vie, de lever aucun denier, de créer olTices de judicature ou de finance, qu'en vertu d'édits vérifiés au Parlement avec pleine liberté de suffrages. Un autre article, que le souvenir de la mort de Barillon et les récentes incarcérations des conseillers pouvait bien avoir inspiré, portait qu'aucun sujet du roi ne pouvait être détenu plus de vingt-quatre heures sans être interrogé et remis à son juge naturel. C'étaient des garanties sérieuses et importantes, mais qui, pour la plupart, se trouvaient déjà dans les anciennes ordonnances et en particulier dans celle de Moulins, et pour lesquelles, selon nous, quelques historiens ont, à tort, attribué au Parlement l'idée d'une sorte de gouvernement constitutionnel. Ce régime, d'une époque vraiment civilisée, ne pouvait germer dans la tête d'une assemblée de magistrats qui n'existaient qu'en vertu de privilèges; il faut, pour cela, attendre l'avènement de la nation entière aux affaires.
L'irascible et absolue Anne d'Autriche n'avait souffert tous les emportements de cette « canaille » de magistrature que forcée par les « lâches » obsessions du timide Mazarin; la victoire de Lens, gagnée par Condé quinze jours plus tard, devait rendre à la reine son audace. Le ministre lui-môme, avec le jeune roi, crut le^ Parlement abattu par cette défaite des Espagnols. Enhardi par le succès, on se permit tout, même le parjure et la violence. Le 26 août, à l'issue d'un Te Deum qui avait été chanté dans Notre-Dame, tapissée de sept drapeaux ennemis, trois conseillers recevaient l'ordre de quitter Paris, et on devait en arrêter trois autres, parmi lesquels se trouvait Brousscl. C'était la réponse de la royauté à la demande du Parlement sur la garantie des personnes : la reine ne vou-