‹ La misere drame en cinq actes, precede de l'Irlande, prologue en un acteChapitre 12 sur 40 · KITTY, JOHN · texte numérisé non relu

KITTY, JOHN

JOHN, à part. Elle est seule...

kitty. Quelqu’un!... encore toi!

JOHN. C’est un mol de reproche, petite , soeur.

kitty. Que viens-tu faire ici ?

JOtlN. Voir Job. Mais comme il est toujours enfermé avec ses bouquins, scs griffonnages, ses lubies politiques et sociales, tu lui diras que j’ai craint de le déranger, et je m’eu irai sans lui pat 1er, selon l’usage.

kitty. Que vicus-tu faire ici?...

JOHN, baissant la voix. T’apporter une lettre de lord Gérald.

kitty. N’as-tu pas honte?...

JOHN. Ma fui non. Eh ! crois-tu que sans j la conviction qu'il t’épousera quelque jour, j’eusse prêté les mains à cette intrigue?. .. on a des tuteurs, que diable!... Lis donc!...

kitty, prenant la lettre. Je vais appeler Job et la lui montrer. 'Elle te lice.)

JOHN. A ton aise. Il me mettra à la porte et tu perdras une magnifique occasion de faire fortune.

KITTY, mutant la lettre sur la table. Job a bien raison de dire que tu n'as pas de cœur.

john. Job est un nigaud et toi une sotte.

Raisonne donc, Kitty , et vois les choses comme elles sont : ta scène cher, le Dickson I t’a posée dans le-monde, et ta réputaiion a été faite du coup. Qu’est-il arrivé?... Je vais te le rappeler en peu de mots. Lord Gérald, un jeune grand seigneur, immensément riche, moitié romanesque et moitié malade , beau garçon du reste, un excentrique enfin, s'amourache de toi, s'abouche avec ton serviteur, t’accable de billets que tu prétends n'avoir pas lus, et de cadeaux que tu refuses à regret. Depuis tout un vertueux mois, il

te suit quand tu sors, il t'accompagne jusqu'à l'église malgré sa haine du papisme, il se morfond les nuits à ta porte dans un manteau couleur de muraille, il te décoche de tendres œillades et des baisers colomhins. il s’acquitte enfin à merveille et dans tontes les règles de son métier de galant. Bref, et c’est une preuve de bravoure, il a osé s’introduire dans ta chambre la nuit dernière, malgré la férocité bien connue de notre cher Job, cl en le congédiant tu ne lui as pas enlevé tout espoir... Aldus, crois-moi, ouvre celte lettre. KITTY. Non!

JOHN, prenant la lettre. Alors, c’est moi qui la lirai : • C'est trop souffrir, madame ;

» je pars cette nuit pour la France avec vous » ou je me fais sauter la cervelle sous vos * fenêtres !... » ( Kitty saisit virement la lettre et la lit aussi.) Hein? c’est clair.. . partiras-tu?...

KITTY, la froissant. Jamais!

john. Comme tu voudras... mais écoute mes dernières instructions... vers minuit tu entendras une chaise de poste s’arrêter à quelques pas d’ici, lord Gérald en descendra un pistolet à la main , et si au bout de cinq minutes tu n’as pas en signe de consentement soulevé le rideau delà fenêtre, tu l’auras tué. kitty. Abandonner ina fille! grand Dieu!

john. Elle est en bonnes mains et tu la reverras un jour.

kitty. Kl Job si bon pour moi !

john. Il fait rigoureusement son devoir, je ne le nie pas ; mais enfin il est pauvre, la petite rente que lui a laissée le vieux quaker ne va pas bien loin, et avec un surcroît de charge. . .

kitty. Penses-tu que j’en sois une pour lui? ..

john. Je ne dis pas cela...

kitty. Oh ! si je le croyais, j’emporterais ma fille à l'instant et j'irais mendier.

jonN. Pour mourir de faim avec elle. .. un beau coup de tête ! accepte plutôt cet amour dévoué jusqu'à la mort et tu auras une vie de luxe et d’enivrement, et plus tard ta fille sera riche !. ..

kitty. Au prix de la ho^jc !

john. Bah I l'argent es t l'argent., d’ailleurs, je te le répète, il t'épousera si tu es habile... ne sommes-nous pas dans le pays des amours impossibles et des mariages extravagants?

KITTY. Tais-toi, voici Job.

JOHN. Adieu... réfléchis bien jusqu'à l’heure Pu ale ! il y va de ton bonheur et de la vie d’un homme... {A part.) Elle partirai...

(fl sort.) •

kitty. Et j’ai pu l’écouler jusqu’au bout!

(Elle reprend $ on outrage. — Entre Job, l’air pensif.) Pauvre petite robe, ne te finirai-je pas?...’

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