‹ La misère: son histoire, ses causes, ses remèdesChapitre 25 sur 50 · RÉPRESSION DE LA MENDICITÉ · texte numérisé non relu

RÉPRESSION DE LA MENDICITÉ

La carte n'est donc pas pour l'indigent la représentation d'un secours, mais la garantie qu'on s'occupera de lui.

Ce système a le double avantage d'assurer la charité au pauvre qui en est digne et de décourager le mendiant de profession. En effet, ce dernier ne recevant plus que des cartes, soit dans la rue ou à domicile, ne pouvant pas les vendre, comme il pourrait le faire de bons de soupe et de pain, puisqu'elles n'ont d'autre valeur que celle d'une introduction, et sachant fort bien que sa paresse ou sa mauvaise conduite seront dévoilées la première fois qu'il se présentera au bureau central, n'a plus aucun intérêt à mendier, puisque son métier ne lui rapporte plus rien.

Mais, pour produire tous ses effets, il faut nécessairement que cette institution soit généralement soutenue, et que chacun ne se borne pas seulement à contribuer à l'œuvre, mais utilise encore les cartes et prenne la ferme détermination de ne pas donner autre chose aux mendiants qu'il ne connaît pas particulièrement.

Par ce moyen, qu'on ne saurait assez encourager, l'initiative individuelle peut, sinon supprimer entièrement la mendicité, du moins la diminuer

considérablement, et c'est le résultat que cette œuvre a eu à Genève.

Quelques personnes penseront peut-être qu'une institution semblable empiète ou risque d'empiéter sur les Bureaux de Bienfaisance. Il ne faudrait pas, en effet, qu'elle fût organisée en opposition à ces utiles établissements ; mais, loin de leur nuire, en s'entendant avec eux, elle les compléterait dans les villes et pourrait dans les campagnes être ajoutée au Bureau de Bienfaisance ou au Comité de secours.

Les Bureaux de Bienfaisance des villes ont, en général, des règlements sévères qui ne leur permettent de secourir que les familles privées de leur soutien, ou celles qui ont un nombre déterminé d'enfants. Leur tâche est presque toujours trop lourde ; il y a tant de monde à voir qu'il n'est pas possible de s'occuper suffisamment de chacun, et puis ils n'agissent pas directement contre la mendicité. Une Société telle que celle dont je viens de parler compléterait donc leur œuvre. Elle aurait de plus, l'avantage de réunir et de coordonner des moyens d'action qui très-souvent sont employés séparément et qui ont , en conséquence, des résultats moins complets çt moins certains.

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