‹ La misère: son histoire, ses causes, ses remèdesChapitre 7 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Révolution de 1789 trouve cette grand

question de la misère posée, mais non résolue, i avec cette ardeur et cette puissance que fait naîti tout grand mouvement social, les hommes de I Révolution, fidèles à leur noble devise : « liherl égalité, fraternité », s'empressent de mettre à l'étud les questions de la mendicité et du paupérisme.

D'abord tous les privilèges de l'ancien régiiti sont abolis, et la liberté du travail est garantie chacun. — Les maîtrises, les jurandes, les corvé< disparaissent; c'est une immense conquête sur 1 misère.

Puis un décret de 1793 pose en principe qii

il Lit UISÈRE

l'assistance du pauvre est une dette nationale, et que l'Eut votera annuellement une somme déterminée, destinée à l'indigence, de la manière suivante :

i" Travaux de secours pour les pauvres valides, dans les temps morts au travail ou de calamité ;

2" Secours i domicile pour les pauvres infirmes, leurs enfants, les vieillards et les malades ;

3" Maisons de santé pour les malades qui n'auraient point de domicile ou qui ne pourraient y recevoîr de secours ;

4° Hospices pour les enfants abandonnés, pour les vieillards et les infirmes non domiciliés ;

s" Secours pour les accidents imprévus.

La mendicité sera réprimée, ajoute le décret, et il sera établi dans chaque département des maisons de répression, où le travail sera introduit et où les mendiants seront conduits.

Ce décret contient tout un ensemble d'excellentes mesures; mais les excès de la Révolution empêchent ces idées généreuses et libérales d'être mises à exécution.

Napoléon, avec son génie administrateur et organisateur, applique quelques-unes des meilleures idées de la Révolution. — Il encourage le

travail en venant en aide à l'industrie, à l'agric ture et au commerce ; il flétrit l'oisiveté, et, v en employant ainsi contre la misère les meille moyens préventifs, il développe l'assistance pul que et favorise la fondation des hospices et hôpitaux.

Par le décret du 5 juillet 1808, l'Empereur fend la niendicité dans tout le territoire de l'Empi et décide la création des Dépôts de mendicité pi recevoir tous ceux qui seraient pris mendiant vagabondant. — Chaque département devait a\ le sien, et, de 1809 à 1814, 77 dépôts de mer cité furent créés. — Les mendiants conduits d ces établissements devaient y être occupés à travaux n'excédant pas leurs forces ; mais roisi\ y était défendue.

Napoléon espère avoir triomphé de la mendici mais les années malheureuses qui précédèrent sui\irent la fin de son règne accrurent la mis dans une grande proportion.

La période de 1820 à 1840 voit heureusem se terminer l'ère des guerres et commencer cellt développement de l'industrie.

Partout se créent de nouveaux établissemt industriels qui fournissent du travail. Mais la c

s ouvriers est encore bien précaire, sur- :e qui concerne leurs logements, qui înspitié et même l'horreur. Pour diminuer iu loyer, les ouvriers s'entassent souvent bouges infects, sans air et sans soleil, et sent dans la saleté (i). — Qui n'a en- :1er des courettes de Lille, des caves de ;s Etaqucs, du quartier Martainville de

jinération des ouvriers dans les grands mène aussi d'autres inconvénients ; dans ;nts de crise et de mévente, le manque de casionne de grandes souffrances qui proqueiquefois des émeutes ; mais le déveit du travail tend à faire augmenter tes ;l la situation du pauvre devient moins

tion générale se. porte, du reste, sur les l'améliorer le sort des ouvriers. On commtirpasserpartout un souffle de liberté, de et de progrès. C'est l'époque où les baron jille, comte Duchatel, baron de Gérando,

duc de Larochefoucauld-Liancoun, L. Navïll Martin d'Oisy, vicomte Armand de Melun, M; beau et de tant d'autres philanthropes, fc faire un grand pas aux questions sociales, les u par leurs écrits et leurs travaux, les autres par fondation d'œu\Tes nouvelles.

La législation est remaniée, et la loi du 28 9\ 1832 modifie de la manière suivante les règlemei sur la mendicité et le vagabondage :

« Code pénal. — Art. 269. — Le vagabo dage est un délit.

« Art. 270. — Les vagabonds ou gens sans a\ sont ceux qui n'ont ni domicile certain, nimoyi de subsistance et qui n'exercent habituellement métier ni profession.

K Art. 271. — Les vagabonds ou gens sans avi qui auront été déclarés tels, seront, pour ce s fait, punis de trois à six mois d'eniprisonneme et demeureront, après avoir subi leur peine, à disposition du gouvernement pendant le ten qu'il déterminera, eu égard à leur conduite, seront renvoyés, après avoir subi leur peine, si la surveillance de la haute police, pendant cinq . au moins et dix ans au plus.

« Art. 274. — Toute personne qui aura été tr

vée mendiant dans un lieu pour lequel il existe un établissement public organisé, afin d'obvier à la mendicité, est punie de trois à six mois d'emprisonnement, et est, après l'expiration de sa peine conduite dans un dépôt de mendicité.

« Art. 275 . — Dans les lieux où il n'existe pas de ces établissements, les mendiants d'habitude valides sont punis d'un mois à trois mois d'emprisonnement. S'ils sont arrêtés hors du canton de leur résidence, ils sont punis d'un emprisonnement de six mois à deux ans. »

Malgré cette loi, on compte en France, en 1842, environ 230,000 mendiants.

Sous le règne de Louis-Philippe, les questions de charité et de bienfaisance préoccupent sans cesse le gouvernement ; MM. de Gasparin et de Rémusat signalent leur passage au ministère de l'Intérieur par de grandes améliorations dans l'assistance publique ; mais la misère n'en est pas moins grande et la mauvaise récolte de 1847 augmente encore les souflrances du peuple.

C'est alors que les idées socialistes germent dans l'esprit du pauvre.

Les Socialistes de cette époque, Proud'hon^ Louis Blanc, Considérant, Pierre Leroux, Félix

LA MISÈRE d'aujourd'hui Sy

Pyat, Ledru-RoUin, rêvent la suppression de la misère, le travail assuré à chacun et croient sérieusement que leurs théories peuvent amener le bonheur général du peuple.

Chacun se souvient des décrets du Gouvernement provisoire, des 24 et 25 février 1848 :

« Les Tuileries serviront désormais d'asile aux « Invalides du travail. »

« Le Gouvernement s'engage à garantir l'exis- « tence de l'ouvrier par le travail ; il s'engage à « garantir du travail à tous les citoyens. »

On se rappelle aussi la création de la « Commission de gouvernement pour les travailleurs » et ses études.

Ces utopies aboutissent aux journées de Juin et à la dissolution des ateliers nationaux !

A la Constituante, le Comité de Constitution avait inscrit dans la loi : « Le droit au travail et le droit à l'assistance. »

Cette grave et dangereuse question est discutée longuement et sérieusement, et ce droit nouveau est repoussé par la grande majorité de l'Assemblée nationale, qui ne veut pas « substituer, dans l'ac- « complissement des devoirs moraux l'Etat à l'in-

rainte d'amoindrir oirs (i). »

849 repousse plus aries,- et la propo-

on de h misère et à peine écoutée.

, que le travail doit [é et la moralité que seules se résoudre, icière, l'Assemblée ;ns de prévenir la ;vement des caisses ours mutuels, des lavoirs publics, des âge des jeunes déier la trancher, la celle des médecins

le loi sur les hôpi-

tle chef, on le sait, LS sociales, s'efforce

Notre siècle a compris, bien mieux que les j cèdents, toute l'importance de cette question ; reconnu que soulager la misère devait être une premières préoccupations d'une nation civili; et il s'est efforcé de remplir cette tâche.

Il a reconnu surtout que les moyens préven étaient bien plus efficaces que l'assistance prof nient dite, et les nombreuses institutions, publiq et privées, qui ont été fondées dans ce but dernières années, prouvent toute sa solliciti éclairée à cet égard.

Toutefois, de nos jours, le mal est encore c sidérable ; mais les progrès de la civilisation 1' rendu bien moins affreux. On ne cite plus ces malheureux obligés de se nourrir de racir à peine vêtus, vivant dans des cavernes et pc chassés comme des bêtes fauves; les hôpitaux, hospices, les bureaux de bienfaisance, la cha: privée sont toujours là pour soulager les premiè souffrances.

Les mauvais logements des siècles pass les caves infectes de certaines villes manufac rières, ou les greniers malsains où s'entassai des familles entières, font place graduellemen des demeures plus vastes et plus saines. L'augmi

des salaires (i) a permis à l'ouïe vêtir et de mieux se nourrir; ail donne à tout homme actif les son chemin ; la situation des pauméliorée, mais l'ennemi est loin

certain, et ce qu'il est bon de est que, si la misère a nialheu-

France, par Maurice BlocL, lomt II, pi

i/rançais. Il SepWmbre IBTI. — A. Hus

LA MISÈRE d'aujourd'hui 41

reusement existé dans tous les temps, elle était beaucoup plus répandue dans l'antiquité et au moyen âge, que de nos jours, où elle est vigoureusement combattue et où la liberté et la charité l'ont bien diminuée.

La misère était alors, la plupart du temps, la conséquence fatale de mauvaises lois et d'une civilisation peu avancée ; tandis qu'elle dépend beaucoup plus aujourd'hui de l'individu lui-même et de sa propre conduite.

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