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CHAPITRE DEUXIEME LA MISSION BELGE AUX ETATS-UNIS

C'est le 16 septembre que la Mission belge fut reçue par le Président Wilson, des Etats-Unis.

Au nom de la Mission, M. Henri Carton de Wiart, s'adressa en ces termes, au Président Wilson, qui était accompagné de M. Bryan, secrétaire d'Etat des Etats- Unis et de M. Havewith, ambassadeur de la Belgique à Washington.

" Excellence,

" Sa Majesté, le Roi des Belges, nous a chargés d'une mission spéciale auprès du Président des Etats-Unis.

" Laissez-moi vous dire combien nous nous sentons honorés d'avoir été appelés à exprimer les sentiments de notre Roi et de toute notre nation, à l'illustre homme d'Etat, que le peuple américain a appelé à la plus haute dignité de la Confédération.

" En ce qui me concerne, j'ai déjà été capable, au ^ours d'un voyage précédent, d'apprécier complètement

les nobles vertus de la Nation américaine, et je suis heureux de saisir cette occasion pour exprimer toute l'admiration qu'elle m'inspire.

" Toujours depuis que son indépendance a été établie, la Belgique a été déclarée pays neutre à perpétuité. Cette neutralité, garantie par les Puissances, a été violée par l'une d'elles. Que nous ayions abandonné notre neutralité pour le bénéfice d'un des belligérants, nous eussions renié nos obligations vis-à-vis des autres. Et c'est le sens de nos obligations internationales aussi bien que notre dignité et notre honneur, qui nous ont conduits à la résistance.

" Les conséquences supportées par la Nation belge, n'ont pas été confinées purement au préjudice occasionné par la marche forcée d'une armée envahissante. Cette armée ne s'est pas emparé seulement d'une grande partie de notre territoire, mais a commis des actes de violence incroyables, dont la nature est contraire à la loi des Nations.

" De paisibles citoyens furent massacrés, des femmes et des enfants sans défense ont été outragés, des villes ouvertes et non défendues furent détruites; des monuments historiques et religieux furent mis en poussière, et la célèbre bibliothèque de Louvain fut livrée aux flammes.

" Notre gouvernement a nommé une commission judiciaire pour procéder à une enquête officielle, afin d'examiner complètement et impartialement les faits et afin de déterminer leur responsabilité, et je vais avoir l'honneur. Excellence, de vous remettre le procès-verbal de cette enquête.

" Dans cet épouvantable holocauste qui balaie l'Europe, les Etats-Unis ont adopté une attitude neutre.

" Et c'est pour cette raison que votre pays, se tenant à l'écart d'aucun des belligérants, est en meilleure position pour juger, sans biais et partialité, les conditions dans lesquelles cette guerre est conduite.

" C'est à la demande, et même à l'initiative des Etats- Unis, que toutes les nations civilisées ont formulé et adopté à La Haye une loi régissant les lois et les usages de la guerre.

" Nous refusons de croire que la guerre a aboli la famille des Puissances civilisées,, ou les règlements auxquels elles ont librement consenti.

" Le Peuple américain a toujours montré son respect de la justice; il recherche le progrès et il a un instinctif attachement aux lois de l'humanité. C'est pourquoi il a toujours gagné une influence morale que le monde tout entier reconnaît. C'est pour cette raison que la Belgique, liée à vous comme elle est par ses relations commerciales et par une amitié qui se resserre de plus en plus, se tourne vers le Peuple américain à ce momentci, pour lui faire savoir la vérité, sur la situation présente.

" Résolue de continuer une inflexible défense de sa souveraineté et de son indépendance, elle estime que c'est un devoir pour elle de porter à l'attention du monde civilisé, les innombrables et graves violations du droit des gens, dont elle fut la victime.

"Au moment de quitter la Belgique, le Roi nous a

rappelé son voyage aux Etats-Unis et l'impression vive et forte que votre civilisation puissante et virile a laissé dans son esprit.

" Notre foi dans votre probité, notre confiance dans votre justice, dans votre esprit de générosité et votre sympathie, tout cela nous a dicté notre présente mission. ".

A cette adresse, le Président Wilson répondit dans les termes suivants :

" Excellence, Messieurs,

" Permettez-moi de vous dire avec quel plaisir sincère je vous reçois comme les représentants du Koi des Belges, un peuple pour lequel le peuple des Etats-Unis ressent une amitié si forte et une si grande admiration, un roi, pour lequel il entretient un respect si sincère ; et pour vous exprimer mon espoir que nous aurons maintes occasions de gagner et de mériter leur considération. Vous ne vous trompez pas en croyant que le peuple de ce pays aime la justice, cherche les véritables progrès, et qu'il a une attention passionnée pour les droits de l'humanité. J'ai lieu d'être profondément fier qu'il me soit permis en ce temps-ci de représenter un tel peuple et d'être son interprête, et je suis honoré que votre Roi se soit tourné vers moi dans ce temps de détresse, comme vers celui qui désire, au nom du peuple qu'il représente, prendre en considération les réclamations faites à la sympathie impartiale du genre humain, d'une nation qui estime avoir été maltraitée.

" Je vous remercie du document que vous m'avez mis

entre les mains et qui contient le résultat d'une enquête conduite par un comité judiciaire nommé par le Gouvernement belge, pour étudier la question dont vous êtes venus m'entretenir. Je le lirai avec la meilleure attention et il recevra ma plus sérieuse considération,

" Je suis assuré, que vous ne vous attendez pas que je dirai plus. Actuellement, je prie Dieu très souvent, de mettre fin à cette guerre. Le jour des comptes viendra, et alors, les nations de l'Europe s'assembleront pour définir le règlement. Où des torts auront été commis, leurs conséquences et leur responsabilité relative seront réparties. Les nations du monde ont heureusement préparé un plan pour établir un tel compte et définir un règlement.

'' Il ne serait pas sage, il serait prématuré, pour un gouvernement seul, quoique heureusement en dehors du conflit actuel, il serait incompatible à la position neutre d'une nation qui aime n'avoir aucune part dans cette contestation, de donner ou d'exprimer un jugement final.

" Je n'ai pas besoin de vous dire que cette conclusion,, dans laquelle je sens instinctivement que vous concourrez, vous est formulée franchement parce qu'elle est inspirée par une cordiale amitié, et comme le meilleur moyen de bien s'entendre ensemble, entente basée sur un respect, sur une admiration et sur une cordialité mutuels.

" Vous êtes les bienvenus et nous sommes grandement honorés, que vous nous aviez choisis comme des amis devant lesquels vous pouviez exposer toute matière de conséquence vitale pour vous, avec la confiance que vous

serez compris et rencontrés avec le même respect qui vous a inspiré votre décision. ''.

Leur mission remplie auprès du Président des Etats- Unis, les Délégués belges visitèrent quelques villes des Etats-Unis, comme New York, Boston et Chicago.

Partout la Mission belge a été reçue avec sympathie.

On nous permettra de placer ici une considération, qu'on a voulu faire découler de cette visite de la Mission belge au président des Etats-Unis.

Ou a voulu prétendre que peut-être les Etats-Unis seraient invités, comme médiateurs de la paix, à cause des démarches faites par la Belgique auprès du Président Wilson.

A ce sujet, M. Paul Leroy-Beaulieu écrivait dans l'Economiste Français du 3 octobre :

" Il ne peut être, en aucune façon, question, non seulement maintenant, mais plus tard, il ne pourra jamais être question d'une médiation des Etats-Unis pour mettre fin à la guerre présente. On a pu prendre les Etats- Unis comme témoins des atrocités, des violations de droit international, commises par les armées germaniques ; jamais les puissances de la Triple-Entente et leurs alliés n'admettront, quand le jour sera venu, qui est encore distant, les Etats-Unis comme médiateurs ou comme arbitres. Et cela n'est nullement un manque d'égards à l'endroit des Etats-Unis ou du président Wilson pour lesquels les nations de la Triple-Entente professent les sentiments de la plus haute estime; c'est le sentiment du droit naturel qu'après avoir subi des sa-

crifices immenses, après avoir été poussés par un adversaire hautain et déloyal dans une guerre abominable, on est seul juge, après la victoire,des conditions que l'on doit imposer pour que la paix apporte les réparations et les garanties nécessaires. Ainsi, aucune médiation ne sera ni recherchée ni acceptée. Les Etats-Unis et le président Wilson, qui invoquent constamment la doctrine de Monroe, n'accepteraient, s'ils étaient en guerre avec un Etat américain, aucune médiation européenne. Il doit aussi y avoir une doctrine de Monroe pour l'Europe.

" Les Etats-LTnis, au contraire, et le philanthrope président Wilson peuvent être des témoins des atrocités et des violations du droit public commises au cours de cette guerre. Ici, leur témoignage, qui est simplement un jugement de conscience, a du prix et peut être invoqué comme une appréciation désintéressée et compétente. ".

Cette déclaration d'un homme qui jouit de tant d'autorité, valait qu'on l'enregistre.

L'explosion de sympathie, pourrions-nous dire, qui s'est produite au Canada, à la nouvelle des malheurs et des infortunes de la Belgique, devait être un avant-goût pour les envoyés du roi Albert I de visiter notre pays.

Aussi n'hésitèrent-ils pas à se rendre à l'invitation cordiale qui leur fut faite de venir à Montréal.

Avertie de la visite prochaine de la Mission belge, la Chambre de Commerce du District de Montréal, se mit aussitôt à l'oeuvre pour organiser une réception digne de ces illustres hommes d'Etat et digne de la noble nation qu'ils représentaient. Elle prit l'initiative de composer un comité de réception, dont les membres furent choisis au Board of Trade de Montréal, au Canadian Club, au Comité du Fonds patriotique canadien, à la Chambre de Coînmerce belge, à la Chambre de Commerce française, et aux sociétés belges de notre ville.

M. Adêlard Fortier^ président de la Chambre de

Commerce, fut le président de ce comité; on lui adjoignit pour représenter la Chambre de Commerce de Montréal, les messieurs de l'Exécutif, et ceux des comités des finances et de réception.

MM. R. J. Dale^ président du Board of Trade, Jos. Quintal, 1er vice-président, W. D. Campbell, 2ème viceprésident, et Stanley Cook, représentaient leur institution.

Le Dr F. D. Adams, président du Canadian Club, représentait cette grande organisation.

Le Fonds patriotique Canadien avait pour le représenter le Col. A. E. Labelle, un des officiers.

La Chambre de Commerce belge, M. Gustave Francq^ président, M. E. de Boeck, son vice-président et M. Chs Helen, son secrétaire.

La Chambre de Commerce française, M. Jos. Obalski, son président.

L'Union Belge, M. J. Hicguet, son président. Le Club Wallon, M. G. Noël.

Le Comité central de secours belge, le Comte de Sars-le-Comte, MM. Paul Cornez, Dr Du Jardin, J. J. Goulet.

Le Comité Franco-belge, M. le Dr Brisset-des-Nos, M. Tarut et M. J. de Bray.

Le comité s'était à peine constitué que son président recevait une dépêche lui annonçant que la Mission belge arriverait à Montréal le mercredi soir, 23 septembre. Il fallut redoubler de zèle et en peu de temps, tous les pré-

paratifs étaient faits, grâce à l'actif et dévoué concours des diverses associations.

La Mission belge quitta Boston le mercredi matin, 23 septembre en route pour Montréal. Une délégation composée de MM. A. Fortier, R, J. Dale, E. de Roeck, Jos. Obalski, de M. M. Goor, consul général de Belgique, et M. de Sola, vice-consul, se rendit à Saint-Jean.

La ville de Saint-Jean acclame les délégués belges

La ville de Saint-Jean n'avait pas voulu laisser passer chez elle les représentants belges, sans aller les acclamer. Aussi une belle manifestation leur était réservée. Une heure avant le passage du train, le quai de la gare était couvert d'une foule sympathique, qui voulait dire à la Belgique toute son admiration.

" Vive la Belgique ! " C'est par cette acclamation enthousiaste, poussée par quelques milliers de voix que les membres de la délégation belge furent accueilli à Saint-Jean, lors de l'arrivée du train de Rutland à la gare du Pacifique Canadien,, pendant que la fanfare du Cercle Philharmonique de Saint-Jean, sous la direction du Dr Norbert Boisvert, jouait les airs nationaux.

Les drapeaux belges, français et anglais, éclairés par des feux de bangales flottaient le long de la voie et le spectacle était vraiment imposant. Des arrangements avaient été faits pour retenir le train quelques minutes à Saint-Jean, et le secrétaire-trésorier de la ville, M. Alcide Raymond, avait été envoyé au devant de la délégation belge à Iberville.

Quand la fanfare eût cessé ses accents harmonieux, rappelant aux délégués les airs de leur patrie en deuil, M. Joseph Demers, député du comté Saint-Jean et Iberville, au parlement d'Ottawa, s'avança et se faisant l'interprète de tous ses concitoyens il salua en ces termes la mission belge.

" MM. les Délégués de l'héroïque et noble Belgique,

" J'ai, ce soir, l'extrême privilège d'avoir, en ma qualité de député du comté de Saint- Jean d'Iberville, à être le premier à vous souhaiter la plus cordiale et la plus affectueuse bienvenue sur le sol de notre cher Canada. La manifestation toute spontanée dont vous êtes ce soir, l'objet, montre mieux que toute chose, l'émotion profonde dont nos coeurs et nos âmes se sentent étreints en voyant apparaître parmi nous les représentants d'une nation qui fait en ce moment l'admiration de l'univers entier. Partout au Canada vous pourrez constater les mêmes sentiments de sympathie, d'affection, d'admiration et de reconnaissance pour le peuple héroïque que vous représentez aujourd'hui, et partout aussi vous rencontrerez des citoyens prêts à faire face à la situation et à faire leur part pour le triomphe de la justice, de la liberté, de la paix universelle et pour l'honneur de l'humanité. ".

M. Carton de Wiart, ministre de la justice de Belgique, au nom de ses collègues et au nom de son pays, visiblement ému par cet accueil spontané et inattendu, en arrivant sur le sol canadien, en réponse à M. Demers, remercia les autorités et les citoyens de Saint- Jean, de l'accueil chaleureux et pour ainsi dire, fraternel, qu'ils faisaient aux représentants de la Belgique.

Simplement, sobrement, mais avec une éloquence impressionnante, il évoqua les horreurs de la guerre et le spectacle lamentable de son pays dévasté. " Lorsque nous retournerons là-bas, dans quelques jours, dit-il, nous trouverons des mères en pleurs, des femmes en deuil, des familles entières décimées, la ruine et la désolation partout, peut-être le désespoir, mais à ces braves gens, à nos malheureux compatriotes, nous dirons l'accueil généreux et cordial que nous avons reçu au Canada, particulièrement à Saint-Jean, et ce leur sera d'un grand réconfort. ".

La foule salua ces paroles par les cris de : Vive la Belgique ! Vive la France ! Vive l'Angleterre ! Vive la Kussie! auxquels les délégués belges répondirent par : Vive le Canada !

Et le train s'ébranla aux accords de la musique jouant God snve the King, et fila vers Montréal où une grande manifestation attendait la délégation belge.

Le maire Papineau, le pro-maire Pinsonnault, les échevins Brassard, Ehéaume, Lasnier, Gaudette, Lussier, Maguire et Poirier, l'avocat de la Ville, Mtre Stanislas Poulin, représentaient officiellement la ville de Saint-Jean en cette circonstance, et avec M. Joseph Demers, député, saluèrent les délégués de Belgique et les présentèrent à plusieurs citoyens notables. Le clergé était représenté par M. le curé Collin, M. le curé Labrèche, M. l'abbé Papineau, supérieur du collège de Saint-Jean, et plusieurs autres prêtres.

Parmi les autres citoyens remarqués à la gare, notons le Rév. M. Moore, ministre de l'église anglicane, MM.

Frs Eaymond, D. W. Douglass, le shérif Mayrand, les Membres du cercle Collin, ayant à leur tête M. Charles Romeau, président, qui fit aux délégués la présentation d'un drapeau Belge de la part du cercle. MM. J. P. Carreau, A. D. Girard, P. A. Chassé, S. Poulin, J. Cartier, G. Fortin, avocats; MM. A. Bisaillon, ex-maire, A. N. Deland, Eug. Archambeault, F. X. Archambeault, notaires; A. Bouthillier, Daigneault, Brosseau, Sabourin, Lafleur, Phénix, Godin, médecins ; MM. J. A. Lomme J. H. Racicot, T. Côté, R. Bayard, A. Brosseau, A. Hébert, J. Lanctôt, I. Hevey, P. Beaudoin, E. Papineau, A. Camaraire, J. P. 0. Langlois, L. Moreau, L. Dubois, J. McNulty, W. McNulty, E. McNulty, L. McNulty, G. Mc- Nulty, C. Harbec, A. Forget, J. McLaughlin, Wilkinson, Campbell, Knight, Black,, principaux marchands et hommes d'affaires de la ville de Saint-Jean, P. Smith et A. Bessette, journalistes.

Sur le drapeau belge qui leur fut présenté par le Cercle Collin, les délégués voulurent bien apposer leur signature, et c'est avec vénération que ce précieux souvenir sera conservé dans les salles du Cercle.

L'arrivée de la Mission belg'e à Montréal

C'est une entrée triomphale qui attendait la Mission belge à Montréal. Vingt-cinq mille personnes avaient dès neuf heures et demie, pris d'assaut la gare Windsor, et ses abords. On voyait arriver tour-à-tour les associations belges portant les portraits des souverains belges, et les armes des provinces de la Belgique, les étudiants gais, comme toujours, faisant résonner les voûtes de la

gare des chants canadiens et de la Brahançonne, la fanfare du 65ème, jouant les airs nationaux des alliés ; une multitude enthousiaste qui se pressait pour acclamer les délégués belges ; une foule de notabilités venues, elles aussi, présenter leurs hommages aux illustres visiteurs.

Le train avec une heure de retard, n'entra en gare qu'à onze heures et quinze.

Au débarcadère la délégation belge fut reçue par Son Honneur le Maire Martin, par MM. A. P. Frigon et Georges Gonthier, et Arthur Lemont de la Chambre de Commerce, Jos. Quintal et W. D. Campbell, du Board of Trade, le Dr F. D. Adaras, du Canadian Club, et par des représentants de la Colonie belge, l'hon. sénateur Dandurand, président du Comité France-Amérique.

Parmi les notabilités qui s'étaient rendues à la gare pour saluer les délégués belges, nous avons reconnu le commissaire Ainey, les échevins L. A. Lapointe, Trefflé Bastien et G. Ménard; M. Jos. Verhoeven, vice-président de l'Union belge; M. Jules Briault, M. Henri Hicquet, président de l'Union belge; MM. Joseph Jacques, Hubert Gram, Paul Adams, M. Ghysens, Jos, Rondou, M. U. H. Dandurand, MM. C. E. Martin, Paul, Cornez, W. Coffin, Albert Cowan, Charles Helen, Paul Renson, Dr Dujardin, M. J. A. C. Bumbray, maire de Châteauguay; M. H. Mariotti, MM. E. Backhoven, A. Van Rossum, Arthur Platteau, Hector et Richard Gauvin, Aimé Lafontaine, président des étudiants en droit; A. Monet, MM. Henri Birks, L. Lecompte, Jules Bernard, président du Club Wallon; le Dr Henri Renaud. M. Geo. Noël, Dr A. Brisset des Nos, président de l'Union Natio-

nale Française; MM. Alfred Tarut, Alfred Dupré, Jean Kuninekx, Jean Fincken, J. S. Buchan, Dean Adams, M. Charles Martin, R. Bédard, Lucien Hage, M. Mathieu M. et Mme LeSuisse, Mlle Deehef, M. Achille Verschueren, A. Deschênes, M. Prud'homme, Jean Vanhouste, H. Birman, Geo. Hodge, G. Brousseau, R. Langlois, P. Brousseau, M. A. J. de Bray, M. J. W. Lévesque, député de Laval.

Etaient parmi la délégation italienne : Le Dr A. Ciaramelli, MM. L. Scanga, C. Consiglio, C. Grimaldi, F. Castellanio, le R. P. G. Evangelisti, Mmes Grimaldi, Orcchina, M. S. de Cesare, et d'autres encore.

Les délégués avaient à peine apparu à la grille qui sépare le quai de la gare, qu'une immense acclamation éclata, aux accents de la Brabançonne entonnée par la fanfare.

L'enthousiasme était à son comble, et c'est aux bruits des vivats que les représentants belges, arrivèrent avec beaucoup de difficultés, tant la foule était compacte, à leurs voitures.

Ici une nouvelle scène inoubliable se produisit.

On vit la jeunesse étudiante dételer les chevaux et traîner la voiture jusqu'à l'hôtel Windsor. La rue était littéralement bondée et c'est aux cris de " Vive le roi des Belges ", " Vive la Belgique ". " Vivent les défenseurs de Liège ", que les illustres visiteurs furent escortés.

M. Carton de Wiart, ministre de la justice de Belgique, président de la délégation, s'arrête sur le perron du Windsor. Il parle et la foule se tait : ce qu'il dit d'une voix vibrante c'est un avant-propos des grands discours -que nous entendrons demain.

L'orateur, après avoir expliqué brièvement le but de leur mission de protestation contre les atrocités allemandes, dit sa reconnaissance pour l'accueil qui est fait à la délégation à Montréal. Il accepte ces hommages comme s'adressant à la Belgique et à tous les peuples avec lesquels elle lutte contre l'Allemagne.

Ici, les applaudissements et les acclamations retentissent.

" La guerre présente, ajoute l'orateur, n'est pas une lutte de rivalité, c'est une lutte du droit et de la justice, la lutte de la civilisation et de l'humanité contre la barbarie.

"Cette splendide démonstration, ce magnifique enthousiasme qui nous accueillent peuvent donner à cette soirée un air de fête, mais peuple canadien, vous êtes trop patriote et vous avez l'âme trop haute pour ne pas savoir que notre coeur est loin d'ici.

" Xotre coeur, il est là-bas dans ce noble petit pays que nous avons quitté depuis trois semaines et où nous serons rentrés dans quinze jours^, auprès de ceux qui se battent et qui souffrent pour la cause de l'humanité.

" En prenant congé de vous, nous nous reverrons demain, je vous prie de vous unir avec moi et de crier de toute votre âme: " Vive le Canada! Vive l'Angleterre î Vive la France ! Vive la Kussie et Vive la Belgique. "

Et la foule dans un splendide mouvement d'enthousiasme lance dans les airs ces frénétiques acclamations.

On sent que l'emprise des apôtres du bon droit est complète, entière, et que toute l'assistance communie et

d'âme et de coeur avec les vaillants pays qui défendent là-bas une cause sacrée.

Aussi lorsque la fanfare du 65ème reprend la Brabançonne, la foule s'écoule lentement et commente un événement qui restera à jamais gravé dans les coeurs, pour y grandir et faire les âmes plus vaillantes et plus fortes.

La réception à l'Hôtel-de-Ville

Le jeudi matin, les Délégués belges quittaient leur hôtel à 10.30 heures pour se rendre à FHôtel-de- Ville, escortés par un grand nombre d'automobiles portant quelques citoyens éminents de notre Cité.

L'entrée des Délégués belges au palais municipal fut l'occasion d'une nouvelle manifestation d'enthousiasme.

La salle du Conseil avait mis sa toilette de fête ; M. le maire Martin, avait revêtu son manteau officiel et portait le grand collier de premier magistrat. Le bureau exécutif de la cité et les échevins avaient pris place à leur siège. Les galeries étaient encombrées.

C'est encore avec des acclamations de toute cette foule que les représentants de la Belgique furent reçus, quand ils arrivèrent en compagnie du Maire.

Le premier magistrat lut ensuite aux délégués l'adresse de bienvenue suivante :

" Monsieur le Président,

" MM. les membres de la délégation belge,

" Messieurs,

" Je suis heureux qu'il me soit donné de souhaiter la bienvenue à la délégation la plus populaire, la plus digne de sympathie qui ait jamais visité la ville de Montréal.

" Vous êtes les représentants de ce brave petit peuple belge, petit par l'étendue de son territoire, mais grand par son courage et par son héroïsme. Vous nous arrivez avec l'auréole que la guerre actuelle a mise au front de votre patrie, déjà si glorieuse, si digne d'admiration. Le monde entier rend hommage aux sentiments de fierté et d'indépendance avec lesquels la Belgique a répondu aux sommations insolentes du Kaiser, et repoussé ses hordes barbares et il n'y a qu'une voix pour dénoncer leur inhumanité et déplorer les malheurs que la guerre la plus injuste ait déchaînés sur votre patrie.

" Vos campagnes ravagées, vos villes incendiées, vos industries ruinées, votre population décimée, votre pays couvert de ruines et de sang, excitent partout la pitié la plus profonde. Vous payez cher l'honneur et le mérite d'avoir voulu opposer le droit à la force^ la justice à la violence, d'avoir fait de vos poitrines un rempart qui, en retardant la marche sanglante des armées allemandes, a donné le temps à la France et à l'Angleterre de se préparer à les repousser, à les vaincre.

" L'Europe ne pourra jamais trop reconnaître ce qu'elle doit à votre résistance héroïque et le monde entier applaudira à sa reconnaissance.

" Messieurs, la population non seulement de Montréal, mais de tout le Canada proteste avec énergie contre les actes de vandalisme dont votre noble patrie est victime en ce moment, et elle est convaincue que partout, chez toutes les nations civilisées, vous trouverez les mêmes sympathies, le même désir de voir la fin de vos glorieuses infortunes et l'heureux couronnement de votre héroïsme. ".

L'ÉCHEViN BoYD^ au nom des citoyens de langue anglaise, a exprimé aux délégués la profonde sympathie qui a provoqué chez le peuple anglais, les sacrifices faits par la Belgique pour la liberté du monde.

L'hon. sénateur L. O. David^ prenant à son tour la parole, dit que les Canadiens n'ont pas grand mérite à éprouver les sentiments qui les animent aujourd'hui, puisque ce sont les sentiments qui animent le genre humain. Rappelant l'héroïque parole de Cambronne, M. David dit que la Belgique envahie par le brutal Prussien, a déclaré qu'elle mourrait, mais qu'elle ne se rendrait pas. Elle ne mourra pas, s'écria-t-il ; elle vivra plus glorieuse, plus honorée que jamais. Son héroïsme fait honneur à l'humanité.

Le maire ayant cédé sa place, au trône officiel, à M. DE WiART, celui-ci remercia en termes émus la population de Montréal de l'accueil si chaleureux et si sincère qu'elle faisait aux délégués. Il comprend que le Canada vibre à l'unisson de la Belgique, car le Canada a le culte de toutes les libertés. Il salue Montréal dont le prestige s'étend aujourd'hui partout.

" La Belgique envahie, dit-il, n^a plus qu'un seul coeur, et elle ne connaît qu'un seul devoir. Son patriotisme a armé les bras de ses enfants et ceux-ci lutteront jusqu'au bout. ".

M. de Wiart dit la joie qu'a causé en Belgique la nouvelle que la nation canadienne n'était pas restée indifférente :

" Voilà donc, dit-il, les Canadiens et les Belges lut-

tant pour la même cause : celle de la justice, du droit et du respect des traités.

" Elevons nos coeurs et crions ensemble : " Vive la Justice ! "

Des acclamations ont accueilli les dernières paroles de l'orateur.

Après les discours eut lieu la présentation des délégués aux dignitaires de la ville et aux éminents citoyens qui avaient tenu à se joindre aux autorités pour rendre hommage au courage du peuple belge.

Là visite de la ville en automobile

En quittant le palais municipal, les Délégués belges commencèrent la visite de la ville qui dura deux heures. Un grand nombre d'automobiles, gracieusement mises à la disposition du comité de réception, par des membres de la Chambre, firent escorte aux représentants de la Belgique.

L'itinéraire comprenait les rues Notre-Dame, Saint- Gabriel, Champ-de-Mars, Gosford, Craig, Saint-Denis, Avenue Viger, Saint-Hubert, Sherbrooke, Parc-Lafontaine, Rachel, Parc Lafontaine-Ouest, Cherrier, Saint- Denis, Sherbrooke, Mance, Milton, Saint-Urbain, Avenue des Pins, Avenue du Parc, puis avec l'autorisation du Maire, l'ascension du Mont-Royal jusqu'à l'observatoire. Le retour s'effectua en passant par le cimetière catholique, la Côte-des-Neiges, le Boulevard Westmount, l'Avenue Claremont, le Chemin Saint-Antoine, le Boulevard Décarie, la rue Sherbrooke, la rue Bleury, Sainte- Oatherine-Ouest, Guy, Dorchester-Ouest, Hôtel Windsor.

Touchant incident en passant chez Thon. L.-O. David

Au passage des Délégués, rue Saint-Hubert, des fleurs furent présentées à M. Henri Carton de Wiart, président de la mission, par Jean Eainville, bambin de six ans portant casque, épée et fusil, fils de M. Bourbeau Eainville, magistrat, auteur de Dollard des Ormeaux^ drame historique canadien, — petit-fils de l'hon. L.-O. David, sénateur, auteur de Les Patriotes de 1837-38,

M. Bourbeau Eainville, autour duquel s'étaient groupés les étudiants de l'Institut Dentaire Laval, lut la dédicace suivante :

"Monsieur le Président,

" Messieurs les Délégués,

Que ces fleurs que vous tend un fils du Canada Couronnent la vaillance au front de vos soldats. Que leur tige se change en burin de l'histoire iGravant, sur les feuillets des pétales, ta gloire, Belge, champion de la justice, peuple heureux. Peuple chevaleresque et grand, peuple de preux. ".

Un étudiant tenait maître Jean Eainville sur son épaule. M. de Wiart remercia avec des mots émus et choisis, et les étudiants crièrent trois fois : " Vive la Belgique ! "

Comme témoignage de reconnaissance, M. de Wiart eût l'aimable pensée d'écrire à M. Bourbeau-Eainville, du Waldorf-Astoria, New York, le 29 septembre, la lettre suivante :

" Monsieur,

" Avant de quitter le Nouveau-Monde, je tiens à vous remercier de tout coeur, au nom de la Délégation Belge, de l'attention si gracieuse que vous avez eue pour nous à notre passage à Montréal.

" Nous garderons un souvenir reconnaissant de ce jour, et dans ce souvenir vous aurez votre part.

" Agréez, je vous prie Monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée.

H. Carton de Wiabt.

" Monsieur B. Kainville,

" Rue Saint-Hubert, 385,

" Montréal, Canada. "

La délégration acclamée au Mont-Saint-Lonis

Une autre agréable surprise attendait les Délégués au Mont-Saint-Louis. Les directeurs de l'institution avait fait ranger leurs élèves et la fanfare dans le jardin, et c'est aux acclamations des six cents et quelques élèves, que les distingués visiteurs furent salués à leur passage. Cette manifestation si spontanée força encore le cortège à s'arrêter. Les élèves des Frères des Ecoles chrétiennes cliantèrent des airs belges et canadiens,puis la fanfare fit sonner la Brahançonnc.

Visiblement ému par tant de sympathie, M. Carton de Wiart adressa quelques mots aux élèves, et ces quelques mots soulevèrent à nouveau l'enthousiasme de cette ardente jeunesse qui acclama avec plus de frénésie encore la Belgique, ses souverains et ses représentants.

Le déjeuner au " Canadian Club "

De l'aveu des plus anciens membres du Canadian Cluh, jamais déjeûner n'eût plus de succès que celui qui fut offert à la Mission belge, dans la grande salle rose du Windsor. Jamais on ne vit un si grand nombre de convives, jamais non plus, on ne vit de convives plus enthousiastes, et manifester une si intense sympathie.

Le Dr F. D. Adams, présidait le déjeûner, et autour de la table d'honneur, avaient pris place, avec les Délégués, l'hon. J. D. Hazen, ministre de la Marine, représentant le gouvernement du Canada, MM. Goor et de Sola, consuls belges, M. C. E. Bonin, consul général de France, M. L. Reynaud, consul de France, les honorables sénateurs Dandurand, J. P. B. Casgrain, le maire Martin, M. R. J. Dale, du Board of Trade, Adélard Fortier, de la Chambre de Commerce, Jos. Obalski, de la Chambre de Commerce française et de Boëck, de la Chambre de Commerce belge.

Une grandiose ovation, qui dura quelques minutes, salua les Délégués quand ils prirent place à table.

Au café, le président Adams se leva pour présenter ses hôtes distingués, et pour, en quelques mots, expliquer aux convives, que ces messieurs étaient venus dénoncer au monde civilisé, la barbarie des Allemands dans cette guerre, dont la Belgique a essuyé avec tant de rigueur et de cruauté, les premiers coups.

Quand M. Carton de Wiarï se leva pour répondre à l'allocution du Dr Dean Adams,toute la salle se leva avec lui pour l'acclamer à grands cris, et c'est encore pendant plusieurs minutes que dura cette nouvelle manifestation.

M. Carton de Wiart, parla en français. Il rappela la réception cordiale que ses collègues et lui, avaient reçue aux Etats-Unis, puis il exprima avec une émotion visible tous le plaisir qu'il ressentait de la chaleureuse bienvenue qui leur a été offerte au Canada ; ce qui a été pour eux une preuve que le peuple canadien continue les grands principes et les traditions démocratiques de l'Empire britannique. " Ces événements, déclare-t-il, vont unir en une amitié que rien ne pourra plus briser, le Canada et la Belgique. ". (Applaudissements.).

" Dans cette guerre, ajoute-t-il, la Belgique a pris les armes pour une cause juste, pour défendre son honneur contre l'Allemagne, et pour défendre les droits du peuple et assurer le triomphe de la civilisation sur le militarisme brutal.

" Il était nécessaire de battre cette sauvage politique de l'Allemagne, qui ne considère plus les traités que comme des chiffons de papier, et qui fait une guerre brutale aux vieillards, aux femmes et aux enfants sans défense, et qui ravage toute notre contrée. (Cris de Honte! Honte!).

" Et, dit encore M. de Wiart, il y a quelque chose de plus grand que ces choses matérielles : il j l'honneur de l'humanité. C'est surtout pour cela que nous combattons, et c'est avec joie que nous trouvons la puissante Angleterre et la grande France, à côté de nous, pour soutenir ce formidable combat. C'est encore avec une joie plus grande que nous voyons le Canada et le reste de l'Empire britannique donner au monde le si beau spectacle de tous ces peuples qui supportent si

allègrement leur part dans ce grand combat pour la civilisation. Nous faisons vraiment la guerre à la guerre, c'est la guerre au militarisme, et, aussi longtemps qu'il faudra combattre, nous resterons unis pour triompher. ". Une autre ovation salua ces derniers mots de M. Carton de Wiart.

M. Paul Hymans^ acclamé à son tour, succéda à son collègue. Il s'exprima en anglais, et remporta lui aussi, Tin très vif succès.

" C'est réconfortant, dit-il, pour les Délégués belges qui ont laissé leur patrie désolée et ravagée par les Allemands, de passer quelques heures avec leurs véritables amis, les citoyens de l'Empire britannique. ". (Applaudissements. )

M. Hymans avec une grande facilité d'élocution, explique ensuite comment la guerre a commencé, en citant les documents que nous avons déjà reproduits, pour démontrer quelle attitude correcte la Belgique a toujours tenue. Il rappelle aussi l'histoire de la neutralité belge, garantie par les grandes puissances, la Grande Bretagne, la France, la Prusse, l'Autriche et la Russie. Il prouve que, toujours, la Belgique a scrupuleusement observé la plus stricte neutralité, et que les grandes puissances firent de même jusqu'à il y a quelques semaines.

Pour montrer toute la fourberie de l'Allemagne, il raconte aux convives indignés, cet incident des relations de Guillaume II et du général Von Emmich avec la Belgique.

" En 1910, Sa Majesté Guillaume II, rendit officiellement visite au roi des Belges à Bruxelles. A cette occasion, il parla en termes les plus élogieux de la Nation belge, et de ses institutions. Il remercia la Belgique pour l'hospitalité qu'elle donne et le bien-être qu'elle assure aux milliers de sujets allemands.

" En 1913, l'empereur d'Allemagne prenant avantage de la " Joyeuse entrée " du roi et de la reine, et des enfants royaux à Liège, il se fit représenter à cette solennité i)ar le général Von Emmich, qui apporta à la famille royale l'assurance solennelle de l'amitié la plus cordiale de l'empereur.

" Et le 2 août 1914, à 7 heures du soir, sans le moindre avis à ce sujet, le ministre allemand à Bruxelles, remettait au gouvernement belge l'ultimatum de l'Empereur, ultimatum qui était une véritable déclaration de guerre.

" Et le général Von Emmich qui, en 1913, portait à la famille royale, les congratulations de l'Empereur d'Allemagne, et l'assurance de son amitié cordiale est le même qui a mis à sac toute la Belgique. ( Cris de Honte î Honte!).

" Quand la Belgique reçut du ministre de France à Bruxelles l'assurance que la République respecterait la neutralité belge, la Belgique s'attendait que le ministre Allemand fit de même; au lieu de cela c'est l'ultimatum de l'Allemagne qui fut servi au Gouvernement belge. " Les Allemands ont prétendu qu'ils savaient que la France avait l'intention d'attaquer l'Allemagne par la Belgique, et qu'ils craignaient que les Belges laissés sans secours seraient incapables de les repousser. Et

VOUS savez quelle sorte de secours les Allemands nous ont donnés, dit ironiquement M. Hjmans au milieu des rires sarcastiques des convives,

" Et la preuve que ce n'était là pour l'Allemagne, qu'un prétexte^, c'est que trois semaines durant, l'armée belge, seule, a combattu les Allemands sur le territoire belge. ". (Longue ovation.)

M. Hymans montre ensuite avec mépris comment l'Allemagne a tenté de corrompre la Belgique à son bénéfice, déclarant qu'elle a essayé d'acheter pour du comptant la conscience de la Belgique, tout en la menaçant de la guerre. Et la réponse à ces infâmes propositions, devait être donnée dans les douze heures, un dimanche soir.

" Notre roi, raconte M. Hymans, appela d'urgence ses ministres. Je dois dire que leurs délibérations ont été courtes et que leur réponse fut unanime. Nous avons répondu aux Allemands que nous protégerions notre neutralité contre la flagrante violation des lois des nations qu'ils nous proposaient, et si nous eussions accepté leurs propositions, nous aurions sacrifié notre honneur national et trahi nos engagements vis-à-vis de l'Europe.

" La conséquence immédiate fut la guerre, dans laquelle tous les Belges sont unis comme un seul homme, mettant de côté toutes les divergences, comme on a fait en Grande-Bretagne, et ne faisant plus qu'un coeur et qu'une âme pour sauver la cause de l'indépendance et de l'honneur national. (Acclamations.)

" Telle est notre position. C'est une position juste et

loyale. J'ai foi dans notre destinée. Une nation qui se défend elle-même, doit gagner le respect du monde. Une nation qui combat pour son honneur, a dit notre Roi, ne peut pas périr, Dieu sera avec nous dans cette lutte juste, et avec Faide de la Grande-Bretagne et de nos autres Alliés, ajoute M. Hymans, nous vivrons encore dans une Belgique libre. ".

Un tonnerre d'applaudissements, des acclamations vigoureuses couvrirent ces dernières paroles de l'orateur.

On se sépara en poussant d'enthousiastes hourrahs pour la Belgique et pour ses Alliés.

La Délégration au Board of Trade

Un avis de quelques heures avait suffi pour réunir au Board of Trade un groupe important de nos hommes d'affaires, désireux à leur tour d'exprimer leur admiration aux Délégués belges. La réunion avait lieu à trois heures. Une indisposition dont souffrait M. R. J. Dale, depuis le matin, l'empêcha de faire les honneurs de son institution ; M. Jos. Quintal, premier vice-président, le remplaça avec tout le tact et l'urbanité qu'on lui connaît; M. Georges Hadrill, secrétaire l'assistait.

En peu de mots, M. Quintal se fit l'interprète de ses collègues pour exprimer aux Délégués toute la sympathie de leur institution, et les assura que ce sentiment est celui que tous les Canadiens entretiennent à l'égard de l'héroïque petite nation belge. " Sur tous les points du Canada l'attitude de la Belgique, qui a supporté tant de souffrances et subi tant d'humiliations et les mons-

trueux procédés allemands, ont provoqué la plus vive admiration, ", dit M. Quintal.

" On devra se rappeler toutes ces choses quand l'heure de la rétribution viendra. En attendant, ajoute-t-il, il ne nous suffit pas de vous exprimer notre sympathie ; nous ne devons pas nous contenter d'honorer les Belges, notre devoir est de donner une preuve plus substantielle de notre admiration pour nos infortunés alliés. (Vigoureux ajjplaudissements. ) .

M. Gaston de Wiart parla quelques mots en français, puisi, comme la majorité des personnes présentes sont des anglais, M. Hymans les répète dans leur langue.

M. Hymans dit tout le plaisir que les Délégués ressentent de rencontrer les hommes d'affaires de Montréal et citant Goethe, il leur dit: " La pensée d'un brillant homme d'affaire est la plus puissante pensée du monde."

Le fait qu'un si grand nombre d'hommes d'affaires de Montréal sont venus rencontrer la Mission belge, est une preuve du vif intérêt qu'ils prennent dans les affaires du monde et au nom de la Belgique il les remercie de l'appui moral et matériel qu'ils ont donné à la délégation.

Puis continuant, M. Hymans, déclare : " C'est le temps pour vous, hommes d'affaires, de considérer où sont vos intérêts. C'est votre devoir de vous demander quelle est la cause de cette guerre. Cette guerre est la lutte formidable de la civilisation contre le militarisme, c'est la guerre de la paix contre la force brutale. Nous faisons actuellement la guerre à la guerre et à l'esprit de guerre prussien, qui ne donnera de paix au monde

que le jour où il aura été détruit. Nous combattons réellement pour la paix et, si par malheur, le militarisme du Kaiser triomphait, cela voudrait dire, tant pour l'Ancien que pour le Nouveau-Monde, le triomphe de la réaction brutale au lieu du progrès de la civilisation.

" C'est pour cette cause que la Grande-Bretagne et la France sont avec tant de noblesse accourues à notre secours, et c'est pour cette cause que vos héroïques fils vont aussi combattre. Et ce fut un beau jour pour nous, malgré notre deuil, celui où nous avons vu les hommes éminents du Canada, appartenant à toutes les sphères, se lever pour la défense de cette noble cause.

" Quand nous sommes arrivés à Montréal et que nous avons entendu parler notre langue, et que nous avons vu nos drapeaux et nos écussons, et que nous avons entendu vos fanfares chanter notre langue nationale, nous avons pensé retrouver ici, une nouvelle famille.

" Au nom de notre Roi, qui nous a envoyés, et du peuple belge, nous vous exprimons nos remerciements les plus sincères pour la chaleureuse réception que vous nous avez faite. ". (Longs applaudissements).

M. Emile Van der Velde^ qui, pour la première fois, prenait la parole depuis son arrivée à Montréal, a clos la série des allocutions. Le chef socialiste n'a pas fait mentir sa réputation d'orateur éloquent.

En termes véhéments, il dénonce à son tour les crimes et les outrages commis en Belgique par les assassins du Kaiser.

Puis il conclut : " Aussitôt que la guerre fut décla-

rée, nous avons vu disparaître toutes les divergences et notre nation ne faisait plus qu'un coeur et qu'une âme pour combattre le grand combat en faveur de nos libertés et de nos droits.

" Vous, au Canada, avec tant de nationalités qui vivent ensemble, avez les mêmes idéals du droit et de la liberté, vous êtes unis pour les défendre, comme nous le sommes. Et avec l'appui de l'Angleterre et de la France,, Dieu merci, nous combattrons jusqu'à la fin pour sauvegarder notre honneur et notre liberté. ".

Une ovation fut faite à M. Van der Velde, et on se sépara au chant de " O Canada ", et en poussant de vigoureux hourrahs à la Belgique.

La visite da port de Montréal

En partant du Board of Trade, la Mission belge s'en fut visiter le port à bord du " Sir Hugh Allan ", de la Commission du port. Cette visite avait encore réuni un grand nombre de citoyens en vue de notre cité.

Les Délégués belges n'ont pas manqué d'exprimer leur admiration et n'ont pas caché que le port de Montréal était appelé à de grandes destinées.

Les commissaires du port, comme toujours, surent faire les honneurs aux Délégués, ainsi qu'à tous ceux qui les accompagnaient.

Un télégramme des Délégrués au Gouverneur-Général

Le président de la Mission belge, quand il vit qu'elle ne pourrait se rendre à Ottawa pour présenter ses hom-

mages au Gouverneur général, lui adressa la dépêche suivante :

" En arrivant sur le sol du Dominion, je tiens à présenter à Votre Altesse Royale les respectueux hommages des membres de la Mission belge. Nous saluons en Elle le représentant de Sa Majesté Britannique, dont l'armée et la flotte combattent avec nous pour la même cause, avec un si généreux élan. Nous saluons le Prince dont le passage en Belgique n'est pas oublié. Nous regrettons profondément que la rapidité que les circonstances imposent à nos déplacements, nous empêche de nous rendre à Ottawa pour dire à Votre Altesse Royale et à son gouvernement tout ce que nous dictent nos coeurs de Belges.

" Carton de Wiart. "

La grrande soirée au Monmuent National

Nous pourrions dire, sans exagération, que la soirée offerte à la Mission belge, au Monument National, a été, comme l'apothéose anticipé des héros de la Belgique.

Près de trois mille personnes avaient envahi la spacieuse salle, où, comme l'a écrit un journaliste, " l'on sent battre le coeur des nôtres aux grandes heures d'émotion. ".

C'est trois mille personnes, de toutes les langues, de toutes les croyances, de tous les partis, de toutes les classes, qui étaient venues là pour assurer une fois de plus, les envoyés de Sa Majesté Albert I, que le coeur de notre peuple, que sa pensée, que toute son âme est avec le coeur, la pensée et l'âme de ses héros ; pour lui, assurer

une fois encore, que tout ce peuple canadien souhaite ardemment, et qu'il contribuera par tous les moyens à assurer le triomphe de la grande, de la noble cause, dont le roi Albert I, avec tous ses preux, se sont faits les. indéfectibles défenseurs.

Le spectacle de cette soirée, nous ne l'oublierons: jamais,, tant il nous a causé de joie intense, tant il noua a fait frémir d'émotion.

Honneur à notre cité ! Cette manifestation fut bien celle qui convenait: elle a voulu exprimer tous ses hommages à la valeur, à l'admirable patriotisme et à l'indomptable fierté de cette nation.

Dès huit heures, la salle était archicomble, et l'on sentait planer au-dessus d'elle, comme l'âme des héros déjà tombés au champ d'honneur ; on eût dit que c'était eux qu'on attendait et l'on se préparait à les acclamer, à les glorifier, en une manifestation telle que la Salle Nationale n'en vit jamais.

De banquettes en banquettes, vont de gracieuses jeunes filles qui se sont faites vendeuses de cocardes et de drapeaux belges ; et on voit tomber nombreux, les billets de banque et la monnaie. Un abbé a payé |10.00 un petit drapeau noir, jaune et rouge.

C'était toute la Belgique qu'on voyait partout, dans les portraits de ses souverains appendus au balcon, au milieu des écussons des neuf provinces; dans tous ces drapeaux noir, jaune et rouge, qui incarnent dans leurs plis toute l'âme de la valeureuse petite nation ; dans ces envoyés, qui sont les porte-parole du noble souverain, qui a voulu dire au monde entier son inaltérable dévoue-

LA MISSION r.EI.GE AU CANADA 139

ment à la justice des nations, et dénoncer les crimes et les hontes dont l'Allemagne avait souillé son nom.

Il était neuf heures quand les délégués firent leur entrée dans la salle,, précédés de M. Adélard Fortier, président de la Chambre de Commerce. Ce fut une formidable acclamation que les accents de la Brabançonne exécutés par un puissant orchestre, pouvaient à peine couvrir.

Sur Tavant-scène, au premier rang,avaient pris place à la droite du président, Son Excellence Henri Carton de Wiart, MM. Emile Van der Velde, le " Dean " Adams, le Comte de Lichtervelde, M. Joseph Obalski, de la Chambre de Commerce française, M. C. E. Bonin, consul général de France, Louis Revnaud, consul de France, l'hon. sénateur Raoul Dandurand, président du Comité France Amérique, et M. Ed. Montpetit, avocat, secrétaire de France-Amérique et professeur à l'Ecole des Hautes Etudes,; à la gauche du président venaient: M, Louis Hymans, l'hon. J. D. Hazen, représentant le premier ministre du Canada, M. W. D. Campbell, vice-président du Board of Trade, Son Honneur le maire Martin, M. Maurice Goor, consul général de Belgique, M. Clarence de Sola, vice-consul, E. de Boëck, vice-président de la Chambre de Commerce belge, M. Joseph Quintal, du Board of Trade, M. Duncan McDonald, commissaire de la Cité.

Aux autres rangs on remarquait les consuls de Suisse et d'Italie, les honorables juges Charbonneau et Guérin, MM. les commissaires Hébert et Ainey, l'hon. Narcisse Pérodeau, M. C. A. Chouillou, le Dr Brisset des Nos,

président de l'Union Nationale française, Henri Hicgriet, président de l'Union belge, Chs Hélen, secrétaire de la Chambre de Commerce belge; M. A. P. Frigon, M. Gonzalve Désanlniers, président de l'Alliance française ; Mtre Léon Garneau, C. R., et Ed. Fabre Surveyer, les avocats du Conseil de la Chambre de Commerce de Montréal, M. Georges Gonthier, président de l'Institut des Comptables, MM. S. D. Joubert et Frank Pauzé, les viceprésidents de la Chambre de Commerce de Montréal, M. W. U. Boivin, secrétaire; M. L. J. Gauthier, présidentgénéral de la Société des Artisans Canadiens-Français, M. Liidger Gravel, ancien président, Mtres L. T. Maréchal, C. R., C. P. Beaubien, C. R., L. J. Loranger, C. R., J. C. Lamothe, C. R., L. A. Lavallée, ancien maire, et président général de l'Alliance Nationale, M. L. J. Tarte directeur de la Patrie, MM. les échevins L. A. Lapointe, G. Ménard, Narcisse Lapointe, Loranger, E. Dubeau, secrétaire du Collège dentaire, N. Giroux, N. Turcot, G. Mayrand, le col. Fages, le major Leduc, le capitaine Archambeault, MM. les abbés McShane et Elliott, plusieurs pères franciscains, le R. P. Daly.

Dans la salle au hasard, nous avons remarqué l'hon. sénateur Wilson, M. Chs Duquette, président-général de la Société Saint-Jean-Baptiste, M. l'abbé Brosseau, secrétaire général, M. l'abbé Dupuis; M. J. B. Rolland, M. Alfred Lambert, directeur de la Chambre de Commerce, et multitudes d'autres, parmi nos citoyens en vue, dont les noms nous échappent.

Après que l'orchestre eût terminé d'exécuter les airs nationaux belges, français, russe, anglais et canadien, M. Adélard Fortier^ ouvrit la série des discours par l'allocution de bienvenue suivante :

" Messieurs les Ministres, " Monsieur le Maire,

" Mesdames, Messieurs,

" Depuis hier la Cité de Montréal a l'honneur d'avoir comme hôtes, les illustres représentants de sa noble et vaillante Majesté le Roi Albert Premier de Belgique, dont le nom aujourd'hui, est acclamé chez tous les peuples de l'univers, provoquant la plus vive sympathie des uns, Fétonnement des autres, et suscitant l'admiration et le respect de tous. (Applaudissements.)

" C'est donc un grand honneur pour moi, mes chers concitoyens, d'avoir à vous présenter, ce soir :

" Son Excellence Henri Carton de Wiart, Ministre de la Justice du cabinet belge et président de la Délégation.

" Monsieur Paul Hymans^ ministre d'Etat, et chef du parti libéral belge.

" Monsieur Emile Van Der Velde^ ministre d'Etat et chef du parti socialiste belge.

" Monsieur le Secrétaire de la Délégation, le Comte Louis de Litchtervelde, secrétaire du Premier Ministre de Belgique, le Baron de Broqueville.

" Messieurs les Délégués, qu'il nous soit permis, en vous souhaitant la plus cordiale et la plus sympathique bienvenue, de saluer en même temps votre héroïque patrie qui a préféré subir les horreurs de la plus horrible guerre, plutôt que de forfaire à l'honneur.

" Je ne saurais vous exprimer toute l'émotion que

chacun de nous a ressentie en lisant la fière et vigoureuse réponse du peuple belge aux infâmes propositions de l'Allemagne.

" A l'ultimatum de l'arrogante nation qui offrait ses faveurs à la Belgique en retour de la violation de sa neutralité, la petite nation s'est levée indignée, et dans une note vigoureuse, elle a repoussé les avances qui lui étaient faites, en proclamant avec fierté :

" Le gouvernement belge, en acceptant les propositions qui lui sont notifiées, sacrifierait l'honneur de la nation en même temps qu'il trahirait ses devoirs visà-vis de l'Europe. Conscient du rôle que la Belgique joue depuis plus de quatre-vingts ans dans la civilisation du monde, il se refuse à croire que l'indépendance de la Belgique ne puisse être conservée qu'au prix de la violation de sa neutralité. Si cet espoir était déçu, le gouvernement belge est fermement décidé à repousser par tou3 les moyens en son pouvoir, toute atteinte à son droit."

" Mes chers concitoyens, c'est pour avoir voulu respecter la parole donnée, pour avoir refusé de violer ses engagements solennels,, que ce brave petit peuple a été soumis aux traitements les plus atroces, et c'est le récit ému de ces malheurs qui ont affligé leur patrie, que Messieurs les Délégués Belges viennent vous faire. Ils ne viennent pas seulement pour demander la sympathie, ils viennent encore pour dénoncer énergiquement, au nom de la civilisation moderne, ce perfide et barbare envahisseur qui a dérogé à l'honneur des nations.

"On eût dit que la Belgique avait eu conime une intuition de ce qui est arrivé. Ses hommes d'Etat ne se

faisaient pas illusion sur l'efficacité d'une barrière dressée par les traités internationaux pour assurer l'inviolabilité de leur territoire; ils avaient bien prévu qu'une barrière de papier tomberait avec les scrupules qu'il est si facile de nourrir en temps de paix, mais qui pèsent si peu le jour de la guerre devant l'appétit insatiable d'un envahisseur comme l'Allemagne. En effet depuis plus d'un an, les autorités belges, dans leur clairvoyance, voyaient venir ce qui s'est produit. Aussi ont-elles préparé leur pays à dresser une barrière plus formidable pour fermer la route à l'ennemi. Vous avez vu quelle résistance héroïque le petit peuple belge a opposée au grand peuple allemand, résistance qui assurera le glorieux et décisif triomphe de la civilisation sur la barbarie. ( Applaudissements. )

" Messieurs les délégués, laissez-moi vous assurer, au nom de tous mes compatriotes, que les Canadiens ont une sympathie marquée pour les Belges, et les manifestations qui se sont produites lors du départ des réservistes et les acclamations qui ont salué le drapeau de leur nation en sont un témoignage. Nous avons dans notre pays, une colonie belge nombreuse qui se distingue par son amour du travail, par sa loyauté et par son énergie à l'effort et il me semble que le meilleur moyen que nous ayions de prouver toute notre estime et notre admiration à la Belgique dans la rude épreuve qu'elle vient de subir, c'est de travailler à lui aider à reconquérir sa place dans le domaine où elle s'était illustrée avec tant d'éclat.

" Devant le parlement belge, en une séance mémorable, votre noble souverain disait : " Un pays qui se défend s'impose au respect de tous et ne périt pas. ".

" Le Koi Albert 1er a raison de proclamer la résurrection de son pays.

"La Belgique ne périra pas; elle deviendra plus grande, plus prospère, commandant le respect de tous les peuples.

" Messieurs les délégués, c'est le voeu sincère que nous formulons tous ici, ce soir, comme celui que formulent aussi tous les peuples grands et nobles. ".

Les applaudissements nombreux qui hachèrent cette courte allocution, et l'acclamation qui salua la péroraison du discours de M. Fortier, sont un témoignage plus éloquent que tout commentaire, de l'unanimité du sentiment qui animait les milliers de personnes présentes.

M. Fortier, prit ensuite la parole en disant. Mesdames et Messieurs, vous allez entendre maintenant M. W. D. Campbell, qui parlera au nom du Board of Trade.

M. W. D. Campbell^ acclamé à son tour, ne dit que quelques mots :

" Messieurs les Délégués,

" Au nom de l'institution que je représente, j'ai l'honneur à mon tour de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue.

" Nous savons quelle calamité affreuse a frappé la Belgique et l'effort courageux et héroïque qu'elle a fait pour résister à l'invasion allemande. Que Dieu bénisse chacun de vous, Belges héroïques ! Espérons que justice complète sera faite bientôt et que la guerre finie,, la paix

et la prospérité fleuriront de nouveau, dans ce beau, dans ce bon, dans ce noble pays, de la Belgique. ".

Encore un tonnerre d'applaudissements saluent ces simples paroles, dites avec tant d'âme et tant d'émotion.

Le président invite ensuite M. E. de Boeck, à parler au nom de la colonie belge.

Voici le texte sténographié de ce discours du viceprésident de la Chambre de Commerce belge :

" Messieurs les ministres,

" J'ai le grand honneur de vous souhaiter la bienvenue au nom de la colonie belge de Montréal, et plus particulièrement de la Chambre de Commerce belge à Montréal, de l'Union Belge de Montréal, du Comité Central de Secours Belge à Montréal, et du Cercle Wallon.

" C'est avec un légitime ' orgueil que nous avons vu notre petit pays, fidèle à ses devoirs internationaux, répondre fièrement au grand empire, et plutôt que de forfaire à l'honneur, préférer subir toutes les horreurs de la guerre. Et quelle guerre ! Les atrocités commises par les hordes germaniques ont justifié l'envoi par notre roi, en Amérique de la mission que nous saluons ce soir sur cette terre de liberté. L'on connaissait déjà ce qui se passe là-bas, mais il convenait que l'on connût mieux les procédés sauvage^, dignes des temps barbares, employés par les envahisseurs.

"La conduite héroïque des belges a suscité le plus grand enthousiasme dans tout l'univers, mais certainement nulle part ailleurs davantage, que dans ce beau

pays du Canada, où l'on trouve une hospitalité si généreuse et si large.

" Ici nous nous trouvons dans une situation spéciale ; nous vivons sous le drapeau britannique, mais une bonne partie de la population parle la langue française et a conservé de vifs sentiments d'affection pour la France, tout en étant animés de sentiments de loyalisme profond envers la Couronne britannique.

" C'est à l'Angleterre, messieurs les ministres, que la Belgique a dû son indépendance en 1830; c'est encore à elle que la Belgique la devra en 1914.

" Au Canada, plus que dans aucun autre pays, on voit notre devise nationale en pratique : L'union fait la force. Canadiens de toutes les races, anglais, irlandais, français, russes, italiens, belges, et d'autres, nous formons un peuple uni et prospère sous le drapeau britannique.

'' Messieurs les ministres, l'enthousiasme que vous avez pu constater dans nos rues, se traduit par autre chose encore que des mots. Nos réservistes, belges, français, et des volontaires canadiens, étant partis pour combattre dans les rangs des alliés, immédiatement s'est formé ici, à Montréal, un fonds de secours patriotique dans le but de pourvoir au besoin de leur familles; et, rien qu'à Montréal, un million et demi de dollars a été versé en une semaine par la population. Actuellement un comité belgo-canadien s'est constitué pour recueillir au Canada des fonds et des secours en nature, et l'on se propose d'affréter plusieurs navires et de les remplir de provisions et d'habillements pour les faire parvenir en Belgique.

" Avec ces concours spontanés que Ton trouve dans toutes les parties de l'empire, si nous vivons dans l'anxiété, nous avons aussi la plus grande confiance. Nous avons foi dans la victoire; non seulement parce que les alliés combattent pour la cause du droit et de la justice, mais parce qu'ils combattent avec l'enthousiasme et l'énergie qu'il faut pour vaincre, et que l'on met pour défendre sa vie et ses biens contre des bandits.

" François 1er, à Pavie, s'est écrié : " Tout est perdu, fors l'honneur ". Nous croyons fermement que le temps n'est pas éloigné où Guillaume II devra s'écrier à son tour : " Tout est perdu, même l'honneur. ".

" L'année 1914, sera sans doute une année ineffaçable dans l'histoire de l'humanité, mais les pages de cette histoire, dans lesquelles il sera question de la Belgique, seront des pages glorieuses pour notre petit pays et qui soulèveront dans le monde entier des sentiments de profonde admiration.

" Les belges à Montréal sont heureux de la réception faite à la Mission envoyée par le roi Albert, et nous en remercions le peuple canadien ; ils conserveront toujours un souvenir ému de ce que leur patrie d'adoption a fait pour leur patrie d'origine. Ils espèrent que quand vous serez rentrés en Belgique vous vous souviendrez de ce jour, et que vous direz là-bas ce que vous avez vu au-delà de l'Atlantique; que vous parlerez du spectacle réconfortant auquel vous assistez ce soir, et que vous direz que vous avez vu des milliers de personnes agitant leurs mouchoirs et criant de toutes leurs forces : Vive la Belgique ! "

Le nombreux auditoire n'a pas ménagé non plus, ses applaudissements au porte-parole de la colonie belge.

Puis ce fut au tour de I'hon. J. D. Hazen^ ministre de la Marine, et représentant du gouvernement canadien qui fut présenté par M. Fortier.

Le ministre est salué avec enthousiasme, quand il s'avança pour porter la parole.

Il parla en anglais, avec chaleur et émotion, et il a trouvé toutes les âmes de ses auditeurs au diapazon de la sienne :

" Messieurs les Délégués, " M. le président,

" Mesdames, Messieurs,

" Mes premiers mots sont pour vous exprimer tout le regret de Sir Robert Borden, premier ministre du Canada, de n'avoir pu être, ici, ce soir, retenu dans la capitale par ses fonctions de premier ministre. Il m'a fait l'honneur de me prier d'être son interprète pour voua souhaiter au nom du gouvernement du Canada, la plus cordiale et la plus sympathique bienvenue dans notre pays; et cette bienvenue est celle que vous souhaitent aussi tous les citoyens de ce pays, à quelques races, à quelques croyances, ou à quelques partis qu'ils appartiennent.

" Il n'est pas un homme, il n'est pas une femme, il n'est pas un enfant de ce pays, qui n'ait ressenti en son âme, une profonde indignation à la nouvelle des atro-

cités, que los Allemands ont infligées à votre patrie et des outrages dont ils ont abreuvé votre population, qui n'avaient commis d'autre crime, que de protéger leurs foyers contre l'odieuse attaque de vandales sans scrupule et sans coeur.

" Ces barbares porteront dans l'histoire la responsabilité d'avoir dévasté vos belles cités, d'avoir rasé jusqu'au sol vos beaux édifices,d'avoir mis la torche enflammée dans vos bibliothèques inestimables, d'avoir odieusement profané vos temples,, et d'avoir commis les crimes les plus odieux sur les jeunes filles et les femmes.

" Messieurs les Délégués, Mesdames et Messieurs, les Canadiens sont intéressés tout autant que vous à voir écraser pour toujours le militarisme de ces hordes allemandes.

" Oui, c'est la destinée du Canada qui va se décider sur les champs de bataille de la Vieille Europe. C'est pourquoi du Pacifique à l'Atlantique, il n'est pas un Canadien, qui n'éprouve pour votre pays et vos personnes une grande admiration. Vous êtes les soldats du droit et de l'honneur, vous avez arrêté les hordes germaniques, dont le flot déferlait à vos frontières : vous avez droit à la reconnaissance, non seulement de notre pays, mais à la reconnaissance du monde civilisé tout entier. Mais je dirai que vous avez droit surtout à la nôtre puisque vous avez défendu l'empire que le militarisme prussien menace.

" Si l'empire s'effondrait sous la botte des soudards allemands, pourrions-nous continuer à jouir des libertés qui font ce pays prospère et heureux ?.

" Depuis longtemps, nous vivons sous la protection d'un drapeau qui a garanti pleinement nos libertés religieuses et politiques. Nous avons appris à connaître ce que c'est que la véritable liberté. Mais laissez abattre dans la poussière ce drapeau, laissez vaincre la cause des Alliés, et laissez tomber FEmpire, et en même temps disparaîtront toutes les libertés, dont nous jouissons.

" Il faut que la cause des Alliés triomphe, il faut que le drapeau, qui nous protège continue de flotter haut, il faut que l'Empire se maintienne : c'est ce que chacune des colonies a compris. Voilà pourquoi les Allemands terrifiés voient accourir de tous les points du monde des corps expéditionnaires qui vont fondre sur leur pays, après avoir libéré le vôtre de la tyrannie de ce souverain barbare et sanguinaire.

" Nous envoyons dans votre pays un premier corps : nous en enverrons un autre bientôt. C'est notre orgueil de nous dire, qu'ils vont combattre côte à côte avec les héroïques soldats belges. C'est notre espoir de croire qu'ils seront dignes de leurs compagnons d'armes.

" Bientôt partira pour la France un corps canadienfrançais, en qui nous mettrons toute notre confiance. Lisant l'histoire des français du Canada on ne peut que penser qu'ils seront dignes de leurs grands ancêtres. Ils ont déjà sauvé le drapeau à Châteauguay: ils sauront encore le sauver sur les champs de bataille de la France. Je dirai avec Sir Georges-Etienne Cartier que la défense du Canada est la base même de la Confédération. L'heure est venue de se lever en armes : levons-nous et que l'ennemi apprenne que nous sommes des braves et que nous savons vaincre.

" A nos soldats qui vont partir, aux soldats des Alliés, qui combattent à l'heure présente, je suis venu dire ce soir au nom de tout le peuple canadien : bonne chance et que Dieu vous bénisse. ".

Ces derniers mots lancés, avec chaleur, avec flamme, provoquèrent dans toute la salle une immense acclamation.

Ce fut encore une plus belle ovation qui salua le nom de M. Edouard Montpetit^ quand il fut présenté par le président.

" Monsieur le Président,

" Messieurs les Ministres et Délégués de la Belgique, " Mesdames et Messieurs,

" C'est, Messieurs, tout un peuple qui vous acclame. La ville de Montréal, centre de cette vieille province, a voulu vous prouver sa sympathie, vous manifester son admiration et vous dire les nombreux titres que vous avez à notre reconnaissance émue.

" Nous avons toujours été vos alliés pacifiques ; vous nous avez donné le meilleur de vous-mêmes, votre pensée et votre énergie ; vous nous avez envoyé vos professeurs, vos ingénieurs, vos artistes; nous avons su apprécier vos paysans et vos ouvriers; à cette oeuvre de conquête que nous devons accomplir, vous avez apporté l'appui de capitaux patiemment accumulés ; vous avez été vraiment pour nous des collaborateurs aimés, et si le Canada vous

doit une part de sa splendeur, souffrez qu'il vous en remercie d'abord.

" Vos premières victoires ne nous ont pas étonnés ; nous vous connaissions. Aussitôt, vos couleurs nous sont devenues familières. Regardez! Elles sont multipliées chez nous, comme sous les murs de Liège. Tous les portent avec orgueil ; on dirait vraiment qu'il y sur toutes nos poitrines des parcelles de votre gloire. (Ovation. ) . Elles nous rappellent votre belle patrie. Vous y avez donné un exemple d'une merveilleuse activité ; vous avez fait rayonner sur le monde à la fois vos initiatives et vos idées; mais vous avez toujours su conserver le culte de votre histoire et vous avez toujours été jaloux de votre indépendance.

" Ceux qui cherchent dans les livres le secret de l'âme belge et qui prétendent ne pas la trouver, en connaissent maintenant la sublime beauté. Aujourd'hui nous vous accueillons le coeur absolument ouvert, puisque vous avez bien voulu venir vers nous. (Applaudissements.)

" Dès que l'Allemagne, au mépris de sa signature, eut foulé votre territoire, vous avez tressailli. Aussitôt, du pays de Meaterlinck, qui chanta les abeilles et révéla dans son oeuvre immortelle les qualités profondes de votre race ; du pays de Bruges, où, sous l'apparente et douce torpeur des toits crénelés, vit et travaille l'active dentellière du nord ; du pays des clochers et des beffrois, où demeurent et se transmettent de génération en génération, l'ardeur et le courage des anciens bourgeois communiers; de Gand, la ville des fleurs et reine de la terre flamande; de ce pays de Liège, au coeur français; des

régions noires de Mons et de Charleroi ; de toute la Belgique — de la petite Belgique, comme nous disons, pour exprimer encore mieux à la fois la grandeur de ses destinées et notre attendrissement à nous-mêmes, — de toute cette Belgique une armée s'est levée, vaillante, énergique, décidée à tout, et elle a répondu à l'envahisseur par le mot le plus beau que je connaisse, quand il s'adresse à la force cruelle et injuste : " iSfon serviam " — " Je ne servirai pas. ". (Ovation à l'orateur.)

" Les promesses, les menaces ont été vaines. Rien n'a pu réduire cette admirable fierté. Sous la conduite d'un roi soldat, la Nation entière a juré de lutter jusqu'à la fin, avec l'aide des deux grands pays auxquels noua tenons par tous les liens de notre histoire, l'Angleterre, à qui une foi jurée et sans réplique nous attache, et la France, dont nous avons gardé profondément le souvenir. " Faut-il en deux mots vous dire l'éclat de ses batailles et l'éclat de ses victoires ? l'héroïsme du sergent Rousseau; le geste du major Namèche, dont le corps garde encore les ruines du fort de Chaudf ontaine ; (Applaudissements) ; la médaille militaire sur la poitrine du roi Albert; Liège, se défendant, pendant des heures d'abord, puis pendant des jours, contre 120,000 Allemands, décorée de la Légion d'Honneur; le général Léman à qui un vainqueur étonné n'a pu enlever son épée ; M. Vandervelde, à Malines, conduisant les autres; le gouvernement, uni dans un même sentiment national, donnant à la nation entière son plus large appui et sa plus large protection ; enfin, le dévouement des humbles, des petits, des sans grades, dont le faisceau gagne des victoires ? (On acclame l'orateur.)

"Faut-il aussi, faut-il dire les deuils qui ont enveloppé cette terre valeureuse ?

" Il y a, mesdames et messieurs, des êtres devant lesquels le coeur s'émeut d'amour et de pitié : un vieillard qui souffre, un enfant qui sourit, une femme qui pleure. Ce sont des faibles qui ne peuvent pas faire le mal et qui ne savent qu'aimer. Il y a des choses devant lesquelles l'homme se découvre, respectueusement : les cathédrales, augustes prières des siècles, et les bibliothèques silencieuses, qui devraient être immortelles. Il y a des choses qui sont la vie d'une nation, et sur lesquelles s'accumule petit à petit l'histoire jusqu'à faire une civilisation. Il y a des choses que l'on ne touche pas sans les profaner. Et pourtant, en Belgique, nous avons vu tout-à-coup une main sacrilège se crisper sur tout cela. Nous avons eu tout-à-coup cette vision terrible de la barbarie. Vous avez vraiment souffert plus qu'aucun peuple. (Applaudissements. )

" Ah ! belges, nous ne pouvons pas vous rendre vos enfants, vos femmes, vos vieillards, mais nous ferons tout ce que nous pourrons pour que ces cruautés soient vengées, et pour que votre peine immense soit un peu apaisée par un autre petit peuple. (Acclamations.)

" Enfin, Mesdames et Messieurs, enfin. Messieurs les Délégués, un dernier mot, un dernier voeu. Il fut formulé par une femme belge, par Mme Vandervelde ; (on salue le nom de Mme Vandervelde) ; sachez que nous l'avons recueilli pour en faire notre plus cher espoir :

" Lorsque le sort des armes aura décidé ; lorsque les alliés victorieux auront signé ce que l'on appellera le Traité de Berlin, comme pour mieux le clouer dans

l'histoire; lorsque tout sera fini, et que la justice enfin aura triomphé ; lorsque les troupes passeront à Paris, qui demain comme hier continuera à jeter sur tout acte d'héroïsme la consécration de sa gloire ; lorsque nous verrons passer les soldats: soldats russes, lourds de leurs victoires, chers soldats français, alertes et gais, soldats anglais, stoïques et résistants jusque dans la mort, que nous puissions alors voir paraître, au chant de la Brabançonne, où perce un appel de clairon, les vaillants soldats de la Belgique ; de la Belgique, pays du droit vengé, des libertés conquises et de la parole gardée, fusse dans le silence de la mort. ".

Plusieurs minutes on acclama M. Montpetit qui venait de prononcer l'un des plus beaux discours de sa carrière oratoire, qui en compte déjà beaucoup.

Le Président : Mesdames et Messieurs, j'ai l'honneur d'inviter à vous adresser la parole Son Excellence Henri Carton de Wiart, envoyé extraordinaire de Sa Majesté Albert 1er et ministre plénipotentiaire.

M. Fortier avait à peine nommé M. Carton de Wiart, que toute la salle se leva et que l'orchestre entonna la Brabançonne. Jamais nous vîmes un orateur recevoir une plus grandiose ovation.

M. Carton de Wiart :

" Monsieur le Président, " Monsieur le Ministre, " Monsieur le Maire,

"Mesdames et Messieurs,

" Vous nous avez fait vivre aujourd'hui des heures

vraiment inoubliables ; et quelle que soit la bonté de votre coeur, quelle que soit sa divination, je ne pense pas que vous puissiez comprendre tout ce que ce jour comporte pour nous de complexe et de profondément émouvant. Nous voici dans ce grand Dominion, que nous ne connaissions que de réputation, que nous aimions de loin, de bien loin, dont nous admirions l'histoire, les institutions, les moeurs, avec lequel nous sentions je ne sais quelle communauté mystérieuse faite de sympathie et d'affinité secrètes, ce grand territoire qui va de l'Atlantique au Pacifique, ce territoire plein de disponibilités, en quelque sorte infinies pour les activités industrieuses, et nous y avons trouvé des familles réunies, ardentes au travail, nous y avons vu fleurir les industries, nous y avons admiré l'activité d'un centre prospère. Et nous sortons, il y a trois semaines à peine, d'un pays, — un petit pays, car s'il compte la même population que le Canada, ou à peu près, vous savez que son territoire n'est pas bien grand, et qu'il tiendrait, je crois, dans un de vos grands lacs — et ce i)etit pays, qui était aussi une terre industrielle, ardente au travail, au progrès, ce petit pays nous l'avons laissé profondément dévasté, déchiré, imbibé de sang. (Acclamations.)

" Vous ne vous rendez pas compte, vous ne pouvez pas vous rendre compte de ce que ce contraste a de poignant pour nous, dont les esprits et les coeurs, vous le sentez bien, malgré tout ce que cette assemblée de ce soir, offre d'enthousiasme pour nous, dont les pensées et les coeurs ne sont pas ici. Non, vous ne pouvez pas vous rendre compte de ce que ce petit pays a souffert ; vous ne pouvez pas vous rendre compte des deuils, des ruines, du

sang, des larmes qui ont coulé là-bas, qui coulent encore au moment même où j'ai l'honneur de vous parler. (Applaudissements.)

" Je ne sais pas s'il faut que j'entre dans des précisions. Beaucoup d'entre vous, je le sais, dans leur charité attentive sont avides de connaître ce qui s'est passé depuis le 4 août, jour où l'envahisseur a pénétré sur notre territoire et y a rencontré la résistance opiniâtre que vous avez bien voulu saluer, et y a fait preuve d'une brutalité sans nom. Nous avions cru que, sinon les traités garantissent notre neutralité, du moins les conventions toutes récentes sur les lois et les usages de la guerre, n'étaient pas de " vains chiffons de papier ", et nous avons vu tour-à-tour les propriétés privées pillées; nous avons vu des villes sans défense bombardées sans notification ; nous avons vu employer des projectiles strictement et formellement défendus par les conventions de 1907, et une multitude d'autres faits dont la liste serait en quelque sorte sans fin, et dont un recueil résumé se trouve publié dans une brochure que beaucoup d'entre vous liront et qui a paru hier à New York. Nous y exposons, d'après des témoignages signés, d'après des témoignages sous serment, des faits qui ont été établis devant une commission judiciaire présidée par des magistrats éminents.

" Et s'il fallait apporter à ces faits notre propre témoignage, que de choses je pourrais vous dire ! J'ai devant les yeux un malheureux à l'hôpital Saint-Jean, de Bruxelles, que j'allais visiter le 14 août. C'était un jeune pharmacien des environs de Tirlemont, qui s'en allait le long de la chaussée, à byciclette, ne sachant pas

que les Uhlans étaient à proximité. Les Uhlans s'emparent de lui, l'obligeant à servir de guide. A un moment donné, comme il essayait de profiter de la croisée d'un chemin pour s'esquiver, ils tirent sur lui, et on le retrouve quelques heures après percé de trois balles et de deux coups de baïonnette. Je l'ai vu dans cet état, agonisant, à l'hôpital Saint- Jean. (Honte! Honte!)

" Un de mes frères m'a raconté le fait qui s'est passé près de Dinant, où les Allemands, pour passer un pont sur la Meuse, n'ont rien trouvé de mieux — et il semble que ces pratiques leur soient devenues familières — que de pousser devant eux les femmes et les enfants d'un village qu'ils venaient de dévaster. (Honte! Honte!)

" Et dans un autre village ce sont des jeunes filles et des mères de familles qui sont arrachées à leurs foyers et qui, devant leurs frères, devant leurs pères, et devant leurs mères, sont livrées aux pires violences, aux pires outrages. (Honte! Honte!)

" Tous ces faits nous en avons le coeur rempli et nous en avons, comme vous le pensez bien, la pensée obsédée. Excusez-moi si je vous en parle. Peut-être un de mes amis, M. Hymans, y insistera-t-il tout-à-l'heure.

" Eh bien, malgré toutes ces abominations, malgré toutes ces horreurs, malgré toutes ces tristesses, malgré toutes ces larmes, malgré tout ceci, eh bien, nous ne nous plaignons pas. (Applaudissements.)

Non, nous ne nous plaignons pas, et nous ne sommes pas venus dans ce Nouveau-Monde pour nous plaindre et pour essayer d'exciter quelque commisération. Nous ne nous plaignons pas. Pourquoi? Parce que, comme un

de vos orateurs le disait en un langage superbe, parce qu'il y a quelque chose de plus fort que tout cela, quelque chose de plus fort que tous les profits matériels, quelque chose de plus fort que toutes les prospérités ; c'est l'honneur; et nous avons le sentiment, ce sentiment qui console l'homme dans les épreuves les plus dures et les plus cruelles, nous avons ce sentiment, cette consolation intime d'avoir fait notre devoir, de le faire encore. Et puis, nous savons bien aussi, suivant cette devise qui est inscrite sous une vieille pierre dans un de nos musées à Namur, nous savons bien aussi cette vérité : " Heure viendra qui tout paiera. ".

" Oui, " une heure viendra, qui tout paiera. ". Voici que de tout le monde civilisé les consciences honnêtes s'indignent ; voici qu'elles s'associent ; voici que de votre cher et grand Canada, des enfants généreux se lèvent et partent pour l'ancien monde afin de nous aider. Je les salue, messieurs,, au nom de mes amis, au nom de mon pays. Je salue aussi le Gouvernement canadien, représenté ici par M. le Ministre de la marine. Je salue ce peuple canadien et je me réjouis de voir que nos causes sont désormais indissolubles ; de voir que les enfants de notre sol et du vôtre vont lutter pour la justice et la civilisation dans ces pays historiques. (Acclamations.)

" Oui, " l'heure viendra bientôt qui tout paiera. ". Elle s'annonce déjà. La revanche de l'histoire sonnera bientôt; nous le sentons tous, de jour en jour nous en avons le sentiment plus net et plus précis.

" Ah ! ah ! il a plu au Kaiser d'Allemagne d'invoquer dans un langage que, — moi, catholique, je n'hésite pas à déclarer blasphématoire, — il lui a plu d'invoquer le

Dieu tout-puissant pour essayer de couvrir de ce pavillon sacré les plus odieuses, les plus abominables marchandises ; il lui a plu, à lui qui traitait comme un chiffon de papier les traités les plus solennels, il lui a plu d'invoquer la Providence à l'appui de ses odieux desseins. Mais la Providence aura son heure ; la Providence répondra à cette tentative de chantage, et la Providence nous savons de quel côté elle se prononcera. ( Ovation à l'orateur. )

" Il est écrit dans les Livres Saints : " Un jour la paix et la justice se sont rencontrées et se sont embrassées. ". Oui, la paix viendra, mais elle ne viendra que lorsque la justice sera satisfaite toute entière. Nous attendrons son heure, et jusque là nous lutterons sans trêve ni merci, fiers et réconfortés par les concours que de grandes et généreuses nations comme la vôtre nous apportent chaque jour. (Acclamations.)

" C'est au triomphe de cette paix là, qui est promise aux hommes de bonne volonté, c'est-à-dire aux consciences honnêtes et loyales, c'est à cette justice que j'élève mon coeur, c'est cette justice que je salue dans l'histoire du peuple canadien, et avant de me rasseoir, avant de laisser la parole à mes chers collègues de la délégation belge, laissez-moi vous dire sans plus de phrases, tout simplement, laissez-moi vous dire qu'il n'y a pas de mot, dans aucune langue, ni en anglais, ni en français, pour vous dire notre reconnaissance. ".

De nouveau la salle se lève pour acclamer M. Carton de Wiart.

Le Président : J'invite maintenant M. Paul Hymans ministre d'Etat et chef du parti libéral belge, à bien vouloir prendre la parole.

Le nom de M. Paul Hymans, est aussi acclamé avec frénésie.

M. Hymans :

" Monsieur le Président, " Messieurs les ministres, " Monsieur le Maire,

" Mesdames et Messieurs,

" On m'a demandé de prononcer devant cette assemblée quelques paroles en anglais, et je vais m'y efforcer. Je commencerai par vous demander, en français, toute votre indulgence ; et si je commets quelques fautes, ce à quoi vous devez certes vous attendre, j'essaierai de les réparer en terminant mon discours en français. Ce sera donc un discours bilingue. (On rit.)

Dans un anglais facile, le chef du parti libéral belge, raconte brièvement les origines du conflit actuel, puis, en citant de nombreux exemples, que nous avons déjà cités, plus haut, il relate les atrocités commises par la soldatesque allemande.

Cette dénonciation faite avec éloquence provoque l'indignation de l'auditoire, qui, à certains moments crie avec chaleur: Honte! Honte!

Puis M. Hymans poursuit son discours en français.

" Et je crois que les faits qui ont été établis devant cette commission d'enquête, composée des hommes les plus notables et les plus impartiaux de notre pays, je considère ces faits, et tous les honnêtes gens, de mon

pays et d'ailleurs, considéreront ces faits comme définitivement établis.

" Certes, on lit dans les journaux, dans certains journaux américains, des démentis vagues. On allègue contre ces pauvres belges, à la gorge desquels on a sauté, on allègue de prétendus actes d'hostilité, sans que l'on ait pu démontrer qu'en un point quelconque de notre territoire les civils aient pris les armes. Imaginez la terreur qui se répand à l'approche des troupes allemandes ; imaginez l'état moral d'une population de paysans, sachant que les régiments du Kaiser sont dans le voisinage ; lisez sur les murs les proclamations du bourgmestre : " Rendez les armes; pas d'actes d'hostilité par les civils contre les soldats, de peur de représailles "; et vous vous imaginez que ces malheureux paysans, qui sont allés, sur l'ordre des autorités civiles, déposer toutes leurs armes à la maison communale, iront commencer par tirer sur l'ennemi. Allons donc! On n'en a pas apporté de preuves, d'ailleurs, et je considère comme définitivement établis ces faits à la charge de la nation allemande, qui prétend combattre pour répandre dans le monde la deutch kultur; je prétends qu'elle fait une guerre d'horreurs, de barbarie, de destruction systématique. (Acclamations.)

" Sans doute, comme on l'a dit, cette guerre nous impose d'immenses souffrances, et des souffrances que, de l'autre côté de l'océan, bien que vous en ayez lu les descriptions, vous ne pouvez peut-être pas saisir dans toute leur affreuse réalité — des champs qui sont dévastés, des maisons qui sont abandonnées, une population qui a fui toute entière à rétrang(;r, abandonnant son

bétail, son pauvre petit mobiliev, ne sachant que d-.'venir ; recueillie par la généreuse Ano,k're;re, iccueilli^ par la France — vous ne vous imaginez pas tout cela. Eh bien, nous subissons toutes ces souffrances avec la conviction que, cependant, comme on l'a dit tout-à-l'heure, avec la conviction qu'il y a au bout de toute cette lutte une issue, et que cette issue, ce sera la victoire et ce sera la justice. ( Applaudissements. )

^' Sans doute, il y a dans le monde des horreurs, il y a d'abominables attentats, il y a d'effroyables violations du droit des gens, du droit des individus et du droit des nations; mais moi j'ai tout de même cette profonde conviction qu'au-dessus des batailles il y a une loi supérieure de justice. Et si nous n'avions pas cette conviction, que deviendrions-nous donc ? Nous pensons que quand un peuple innocent, loyal, intelligent, qui a rem pli dans le monde depuis des siècles un grand rôle, mais qui, depuis 80 ans, est un peuple libre, un peuple indépendant, qui a donné l'exemple au monde de la liberté loyalement pratiquée, qui a été considéré pendant 80 ans comme à la tête, malgré le petit nombre de sa population, de la civilisation européenne, ou tout au moins au premier rang, ce peuple là ne peut pas périr. (Ovation à l'orateur.). Il ne peut pas périr, surtout quand il a derrière lui cette grande, puissante et généreuse Angleterre qui a enseigné la liberté au monde, qui a présidé ù notre naissance, que nous avons trouvée derrière nous dans toutes les heures difficiles; car si nous n'avons jamais connu d'heure aussi périlleuse et aussi douloureuse que l'heure actuelle, cependant, dans la vie de notre nation, il y a eu des heures difficiles, il y a eu des

heures d'inquiétude. Chaque fois nous nous tournions vers l'Angleterre, elle était là, elle nous couvrait de son pavillon. Elle nous a sauvés maintes fois, elle nous sauvera encore.

" C'est chez elle qu'il y a quelques jours notre jeune reine a conduit les petits princes pour les faire échapper aux bombes que jettent, à l'ombre de la nuit, les courageux héros qui naviguent dans les zeppelins; et c'est l'Angleterre aussi qui recueille aujourd'hui les enfants de notre classe rurale. Et moi aussi, du haut de cette tribune, dans ce Dominion du Canada, je la salue et je lui apporte mon hommage. (Applaudissements.)

" Je salue aussi le peuple canadien. La population du Canada, on me le disait tout-à-l'heure, est à peu près la même que la nôtre, nous ne sommes pas beaucoup plus nombreux les uns que les autres. Nous sommes, nous, un vieux petit pays, avec de longs siècles derrière nous; vous êtes un peuple jeune, vaillant, habitué comme nous à pratiquer la liberté, et la pratique de la liberté vous a donné une conscience noble, éclairée, intelligente, et vous fait comprendre, à cause des parallèles de la situation présente, quel est votre devoir; et c'est ainsi que vous envoyez 30,000 jeunes hommes, 30,000 canadiens par delà les mers pour aller verser leur sang sur le sol de la vieille Europe. " Good luck to them, God bless them. " (Acclamations.)

" Messieurs, certainement, j'ai rarement éprouvé dans ma vie, et je ne l'oublierai jamais, l'impression. . . les impressions que j'ai recueillies ici. Je ne dirai pas spécialement l'impression de ce soir, parce que je vis dans

une atmosphère si saturée d'enthousiasme depuis hier soir que je commence à m'y faire. Non, la grande, la forte impression, c'est celle que nous avons éprouvée hier. Nous arrivions après un long et fatigant et chaud voyage. Sans doute, nous avions été reçus avant-hier, à Boston, à l'Université de Harvard, une des grandes capitales intellectuelles du monde, de la manière lu plus gracieuse et la plus bienveillante, sentant monter autour de nous toutes les sympathies; mais enfin, malgré les joies que nous donnent cet accueil, et aussi les curiosités qu'on nous montre, et tous les merveilleux aspects de ces pays nouveaux pour nous, ou tout au moins pour moi, tout de même, à chaque instant on est obligé de rentrer en soimême et on découvre au fond de soi-même, en-dessous de la surface, l'angoisse profonde, l'inquiétude de ce qui se passe là-bas.

"Que deviennent les nôtres? Sans doute nous avons confiance dans l'issue finale ; mais quelle sera la quantité de souffrances que nous aurons encore à supporter avant d'atteindre cette heure bienheureuse ?

" Eh bien, alors, tout-à-coup nous voilà arrivant sur le sol du Canada. On nous arrête à une petite station, à Saint-Jean, et nous voyons là, devant nous, une population de 2,000 âmes, hommes, femmes, enfants, petites filles, avec des drapeaux belges, chantant la Brabançonne et nous acclamant comme si nous étions des frères, comme si vous et nous, nous n'étions qu'un seul et même peuple, qu'une seule et même famille. (Applaudissements. )

" Et enfin, arrivant à Montréal hier soir, quelle ré-

ception nous est faite encore I Nous sommes des hommes politiques, nous sommes habitués à être acclamés par nos amis, on nous a quelquefois portés en triomphe ; mais mon Dieu, cela était peu de chose. Ce qui était touchant c'était de voir la jeunesse étudiante de Montréal, de voir la population de Montréal criant de tout coeur : " Vive la Belgique ! " et nous apprenant . . . nous apprenant que nous sommes vraiment un grand peuple. Je le dis avec une certaine fierté, oui, nous commençons — et vous y êtes pour quelque chose — nous commençons à croire que nous sommes un grand peuple. (Ovation à l'orateur.)

" Nous n'en tirons pas vanité ; cependant, nous avons conscience que nous étions devant un grand péril et que nous n'avons pas eu peur.

" Aidés de votre amitié, fortifiés par votre admiration, inspirés par la joie que nous a causée la vision sur ce sol étranger de nos propres drapeaux, des écussons de nos provinces, de l'image de notre souverain, comme si vous vouliez nous faire oublier que nous ne sommes plus en Belgique, nous continuerons la lutte, et nous avons la conviction que, si nous avons encore de dures épreuves à traverser, il faudra les supporter, mais avec une confiance inaltérable dans la fin. Elle viendra, elle viendra à coup sûr l'heure viendra où la civilisation triomphera.

" Qu'est-ce que c'est. Messieurs, que la civilisation ? C'est avant tout, n'est-ce pas, le respect des conventions. Est-ce qu'il y a une civilisation au monde qui ne soit pas basée sur la convention librement acceptée et loyalement respectée et accomplie par tous ceux qui l'ont signée ?

Est-ce que cela n'est pas vrai pour les individus ? Est-ce que ce qui règle les rapports des individus entr'eux, ce n'est pas la convention qu'ils ont signée, pour leurs affaires, pour leur honneur, pour leurs intérêts, pour leurs familles, et est-ce que l'homme qui déchire sa signature et qui trahit sa promesse n'est pas un malhonnête homme? Est-ce que l'homme qui viole ses promesses et ses engagements n'est pas condamné par la loi civile et par la loi pénale ? Eh bien, il y a une justice aussi pour les gouvernements qui trahissent leurs promesses, et ceux-là aussi seront condamnés par la loi inéluctable de l'histoire. ( Acclamations. )

" C'est pourquoi nous marchons vers l'avenir le front haut, confiants, pleins d'admiration, non pas pour nousmêmes, mais pour nos pauvres petits soldats belges, qui ont été — je les ai vus — qui ont été admirables; qui n'avaient jamais fait la guerre, qui n'ont pas eu peur du feu. Ils sont aujourd'hui des vétérans qui ne craignent rien.

" Merci encore de tout coeur et à bientôt, dans une libre Belgique. ".

L'assemblée fait une longue ovation à M. Hymans.

M. LE Président : Mesdames et Messieurs, nous allons maintenant avoir le plaisir d'entendre M. Emile Vandervelde, ministre d'Etat et chef de parti.

Le chef du parti socialiste n'a pas été accueilli avec moins de chaleur, on l'a acclamé vigoureusement, quand il s'est avancé.

M. Vandervelde :

" Monsieur le Président,

" Mesdames et Messieurs,

" Notre mission est terminée, notre voyage touche à sa fin ; dans quelques jours nous rentrerons dans la fournaise. Après avoir entendu mes amis, disant ce que nous avons tous dans le coeur, je me demande si je dois parler encore, et je serais tenté de me souvenir du proverbe : " La parole est d'argent, mais le silence est d'or ", si vous n'aviez pas fait mentir le proverbe, et si pour les victimes de la guerre en Belgique,ce soir la parole n'était pas d'or. Seulement, nous, nous apportons la parole, et vous, à pleines mains, vous donnez l'or. Et vous nous donnez bien plus encore ; vous nous donnez . . . vous nous donnez votre coeur. Tous nous l'avons éprouvé depuis le moment où nous nous sommes trouvés parmi vous. ( Applaudissements. )

" Ah certes, les Etats-Unis nous avaient manifesté leur sympathie, et partout cette sympathie était égale à la vôtre; mais elle était contenue par des conventions diplomatiques, tandis que, à peine nous étions à Saint- Jean, à peine nous étions à Montréal, que nous nous sommes sentis chez nous. Je me suis senti particulièrement chez moi, car dans ce pays où les Belges, des Français, des Anglais, vivent les uns avec les autres, comment ne me souviendrais-je pas que je tiens à la fois à ces trois peuples. Ma mère était française, ma femme, dont on a parlé tout-à-l'heure, avec une émotion qui m'a été au coeur, ma femme est anglaise, et moi, qui aimais

jusqu'à ces derniers temps à dire que j'étais un européen avant tout, moi, qui reprochais quelquefois à mes compatriotes d'aimer à trop bien vivre, je me suis aperçu depuis quelques temps que s'ils aiment à bien vivre, ils sont capables de bien mourir, et mon patriotisme s'est fortifié dans l'adversité. (Acclamations.)

" Oh ! c'est avec un sentiment de joie et de confiance profond qu'à cette heure, où notre patrie est en deuil, je sens entre vous et nous la fraternité des armes, et que je songe que vos fils et que les nôtres vont combattre sur les mêmes champs de bataille, pour la même cause sacrée, la cause du droit, la cause de la civilisation, la cause de l'indépendance des peuples, et la cause de la paix, car nous faisons la guerre à la guerre. (Applaudissements. )

" Nous luttons pour le droit, et y a-t-il une incarnation du droit plus saisissante que ce petit peuple belge, dont l'indépendance et la neutralité ont été garanties par toutes les puissances européennes, par la France, par l'Angleterre, par l'Allemagne aussi, et pour qui l'indépendance et la neutralité n'étaient pas seulement un droit, mais un devoir, et un devoir de loyauté. Or, il s'est trouvé à un moment donné que l'une des puissances garantes de la neutralité belge est venu dire à la Belgique : Laissez-nous passer, afin de mieux attaquer nos ennemis. Si vous nous laissez passer, nous vous donnerons un bon prix. Nous vous accorderons notre amitié, nous étendrons sur vous notre protection. Vous aurez la paix, vous aurez la richesse, vous aurez la sécurité. Vous ne perdrez qu'une seule chose: l'honneur. (Rires.)

" Mesdames et Messieurs, à ce moment, je ne faisais pas partie des conseils de la Couronne ; je puis parler de l'attitude des membres du gouvernement, mes adversaires d'hier, sans doute mes adversaires de demain, avec une objectivité parfaite; eh bien, le gouvernement, à cette heure solennelle, n'a pas trompé la confiance que nous avions mise en lui. (Applaudissements.)

" Jadis, quand le despote militaire le plus puissant de l'antiquité disait à Léonidas et aux 300 Spartiates qui étaient aux Thermopyles : " Rendez-nous vos armes", Léonidas répondait: " Viens les prendre. " Quand l'Allemagne a dit à la Belgique : "Donne-nous tes forteresses ; donne-nous tes forteresses pour servir de base d'opération contre la France ", le gouvernement belge a répondu : " Viens les prendre. " ( Ovation. ) Et une armée^ que toutes les autorités militaires méprisaient, une armée composée de soldats formés en quelques mois, imparfaitement équipés, avec des uniformes voyants, un armement qui n'était pas parfait en tous points, cette armée a suffi pour arrêter pendant quelques jours, pendant quelques semaines, la puissance militaire la plus formidable du monde, lui infligeant par là une défaite que^ sans doute, l'avenir montrera irréparable, (Applaudissements. )

" La Belgique a été le soldat du droit. Et s'il est un spectacle plus beau que celui de ce petit peuple, fidèle à ses devoirs et à ses obligations internationales, c'est celui de la grande Angleterre, qui, en bonne commerçante, a fait honneur à sa signature ; qui a dit qu'un traité solennel n'était pas un chiffon de papier, et qui, quand la Belgique lui a crié " A l'aide ! " a répondu " Je suis là.'^

" C'est ainsi qu'aujourd'hui l'Allemagne, qui se croyait sûre de la victoire, voit se dresser devant elle les puissances les plus formidables de ce temps, la France, la Russie, et l'Angleterre, avec son empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Elles luttent non seulement pour le droit, mais, comme je vous le disais tout-à-l'heure pour la civilisation.

" En 1870, quand l'Allemagne, la grande Allemagne, l'Allemagne qui avait pour dieux Goethe et Schiller, se battait contre l'empire français pour constituer son unité nationale, on disait que ce qui lui avait donné la victoire, c'étaient ses maîtres d'écoles. Je ne sais pas à quelle école sont allés les allemands de 1914. Je me demande dans quelle école on leur a appris les procédés les plus perfectionnés pour mettre le feu aux monuments publics. Sont-ce des écoles de pétroleurs? Partout où ils ont passé, partout où ils n'ont pas trouvé une force armée, pour les tenir en respect, on a vu les populations décimées, des villages brûlés, des villes mises en cendre, la bibliothèque de Louvain, avec ses trésors de science, anéantie comme la bibliothèque d'Alexandrie, et la cathédrale de Rheims, bombardée par ceux qui . . .

(La voix de l'orateur est couverte par des cris de honte ! honte !)

" Eh bien, mesdames et messieurs, quand ces forfaits ont été accomplis, on dit que le pape, le pape de Rome, s'est écrié : " Ceux qui ont brûlé la cathédrale de Rheims nous ramènent au temps d'Attila. ". Il se trompait, car entre Attila et Guillaume II il y a une différence. Quand Attila allait dévastant l'Europe sous les sabots de son

cheval il était à la tête de ses armées, tandis que Guillaume II, quand Louvaiu brûle et quand Eheims est bombardée, est tranquillement dans son quartier général, en Luxembourg, sous la protection d'une flottille de zeppelins. (Kires.)

" Nous luttons pour le droit, nous luttons pour la civilisation et nous luttons pour l'indépendance des peuples; car songez à ce qui arriverait si, pour le malheur de l'Europe et du monde, l'Allemagne — que dis-je ! l'empire allemand — devait avoir la victoire finale. Ce serait la généralisation du régime de l'esclavage : La Pologne resterait opprimée, le Schleswig privé de son autonomie nationale, la statue de l'Alsace-Lorraine, sur la place de la Concorde à Paris, resterait en deuil, la Belgique indépendante n'existerait plus, la Hollande serait domestiquée. (Acclamations.)

" Tandis qu'au contraire, et c'est ce qui montre toute la grandeur de la lutte que nous poursuivons, que demain les alliés l'emportent, et la Pologne renait, l'Alsace et la Lorraine s'affranchissent, l'Italie retrouve ses provinces perdues; et enfin, la Belgique, sous la protection de l'Angleterre et de la France, reste la libre nation qu'elle était hier et qu'elle sera demain. (Applaudissements.)

" Mesdames et Messieurs, j'ose le dire sans crainte d'être accusé de paradoxe, à l'heure même où nous faisons la guerre, la guerre jusqu'au bout, la guerre jusqu'à la victoire complète, définitive, nous luttons pour la paix, pour cette paix que tous les peuples d'Europe réclament ; car, Mesdames et Messieurs, ne croyez pas que si les armées allemandes et autrichiennes se sont jetées sur la France et sur la Bel-

gique, la masse du peuple en Allemagne ou en Autriche aient souhaité la guerre. Ils voulaient la paix. Et en ce moment même je me souviens de cette séance du bureau socialiste international, où trois jours avant la déclaration de guerre, des autrichiens, des anglais, des russes, des italiens, des belges, assis à la même table, s'accordaient pour signer un manifeste demandant à la France d'exercer son action modératrice sur la Russie, à l'Allemagne d'agir sur l'Autriche pour lui imposer la paix. Et ceux qui signaient ce manifeste, c'étaient mon grand ami Jaurès, qui deux jours après devait tomber sous les balles d'un fanatique, et c'était le président de la faction socialiste du Reichstag allemand, tous les deux fraternellement accolés dans la même aspiration vers la paix et vers la justice. (Applaudissements.)

" Les Allemands, comme les anglais, ou comme les français, voulaient la paix ; mais il y a entre l'Allemagne et ^Angleterre ou la France cette différence qu'ici, qu'en Angleterre, qu'en France, c'est le peuple lui-même qui gouverne, tandis qu'en Allemagne le peuple est gouverné ; il est gouverné par une aristocratie féodale, il est dominé par un pouvoir personnel; et c'est ainsi que l'on a vu, comme un immense troupeau sous la houlette du pasteur, les armées innombrables de l'Allemagne s'ébranler sur le geste d'un homme, l'ennemi du genre humain.

" Ah ! dans ces conditions, qui ne voit quelle est la portée de cette lutte grandiose, dont l'issue finale est pleine d'espérance pour le monde? Ce qu'il faut abattre, ce n'est pas l'Allemagne, que j'aime, que j'admire; ce qu'il faut abattre, c'est le militarisme prussien, c'est le

césarisme allemand, dans l'intérêt de l'Europe, dans l'intérêt de l'Allemagne elle-même.

" Il le comprenait fort bien, notre roi, lorsque l'autre jour, après la séance même où l'on annonçait que la frontière belge avait été violée, le gouvernement me nomma ministre d'état, c'est ce que comprenait le roi, lorsque, se trouvant pour la première fois en présence du leader du parti socialiste, du chef d'un parti qui se déclare républicain, il me dit: " Vous sentez bien, n'est-ce pas, que nous luttons pour la démocratie. " (Applaudissements.) Et c'est bien pour la démocratie que nous luttons, la démocratie qui est à la fois le droit, la civilisation, l'indépendance des peuples et la paix. (Acclamations. )

" Les Allemands ont une formule qui ne va pas audelà de leurs frontières; ils aiment à dire : Deutchland hoch! — " l'Allemagne au-dessus de tout. ". Eh bien, la coalition qui s'est dressée contre eux leur apprendra qu'il y a quelque chose au-dessus de l'Allemagne. Audessus de l'Allemagne il y a l'humanité, et c'est à l'humanité que restera le dernier mot. (Applaudissements.)

" Dès à présent nous en avons la consolante certitude, dans quelques jours nous serons en Belgique; nous entendrons de nouveau le bruit sinistre du canon, nous verrons le défilé lugubre des blessés ramenés dans les hôpitaux, nous assisterons à la procession lamentable des paysans fuyant leurs villages incendiés; mais il nous restera la confiance dans l'avenir, il nous restera l'espérance.

" Le jour où Liège a tenu, le colosse allemand a reçu

un premier coup; le jour où les armées françaises et anglaises les ont refoulés loin de Paris, il a connu pour la seconde fois la défaite, et dans quelques mois sans doute l'Europe sera libérée. Elle le sera, une fois de plus, par l'Angleterre. (Applaudissements.)

" Il y a eu dans ces derniers siècles trois grandes coalitions contre le despotisme militaire. Par une coïncidence saisissante, elles se sont produites de cent ans en cent ans. En 1714, coalition de l'Europe contre Louis XIV; en 1814, coalition de l'Europe contre Napoléon; en 1914, coalition de l'Europe contre Guillaume II. Louis XIV a été vaincu par l'Angleterre; Napoléon a fini par être vaincu par l'Angleterre ; le Kaiser n'est pas Napoléon — il n'est pas même Louis XIV — nous osons prédire qu'il sera vaincu par l'Angleterre, et dès à présent nous vous disons : Merci. ".

M. Van der Velde est acclamé à tout rompre, quand il va reprendre son siège.

M. le président présente ensuite à l'immense auditoire M. F. D. Adams, président du Canadian Club, qui, en quelques mots, propose qu'un vote de félicitations et de remerciements soit voté aux distingués visiteurs, qui n'ont pas craint les fatigues d'un long voyage pour venir nous parler des malheurs de leur noble patrie.

Et il exprime, lui aussi, toute Fadmi ration des Canadiens pour l'héroïsme, dont la Belgique a fait preuve en se levant pour résister au colosse allemand, pour protester contre les violations du droit des nations.

L'enthousiasme qui s'est manifesté quand M. Adams

formula sa proposition^ dit assez l'unanimité qu'elle rencontra partout.

Le Président : Mesdames et Messieurs, vous allez maintenant entendre M. A. P. Frigon, directeur de la Chambre de Commerce.

M. Feigon :

" Monsieur le Président, " Monsieur le Maire,

" Messieurs les Délégués, " Mesdames et Messieurs,

" Je suis fier et très reconnaissant de l'agréable mission que l'on m'a confiée d'appuyer la motion du Dr Dean Adams, et de remercier MM. les Délégués pour l'honneur qu'ils nous ont fait de vouloir accepter notre invitation.

" Soyez sans crainte, je n'aurai pas la témérité de faire un discours. Je veux vous laisser sous le charme de l'éloquence de ceux qui vous ont si bien parlé de la Belgique.

" Messieurs les Délégués belges, c'est au nom de la Chambre de Commerce, c'est au nom de cette immense assemblée, et je crois que je suis justifiable de dire, au nom de toute la population de Montréal, que nous vous adressons le plus sincère et le plus chaleureux des remerciements. Merci ! de l'honneur que vous nous avez procuré de vous recevoir, vous qui représentez si dignement l'héroïque Belgique. Merci ! de nous avoir donné l'occasion de manifester publiquement toute l'admiration que

nous avons pour la vaillance et le sublime courage de ce petit peuple belge, qui vient, encore une fois, de prouver au monde qu'il sait devenir un peuple de géants quand il s'agit du sacrifice, de l'honneur et du devoir. (Applau- "dissements.)

" Soyez certains. Messieurs les Délégués, que nous ressentons du plus profond de nos coeurs les souffrances endurées par le peuple belge et dont vous nous avez fait un si saisissant tableau. Vous irez ailleurs, partout vous serez acclamés; mais soyez certains d'une chose, c'est que nulle part ailleurs vous n'aurez d'applaudissements et d'acclamations qui seront plus sincères que ceux que vous avez eus à Montréal. (Applaudissements.)

" A votre retour dans votre pays, Messieurs les Ministres, veuillez bien dire au peuple belge que les Canadiens sont leurs amis d'hier, leurs frères d'aujourd'hui et de demain, et, permettez-moi d'ajouter, car je ne puis oublier que je suis de la Chambre de Commerce, permettez-moi d'ajouter nos associés dans l'avenir. Et pour parler ainsi je m'inspire de vous. Monsieur le Président de la délégation, qui, avec votre haute expérience et les convictions de votre patriotisme, avez démontré en mars 1911, à Liège, devant une société d'extension belge, " que l'idée de la patrie et les luttes économiques sont compagnes et que leur co-existence est nécessaire. " (Applaudissements. )

" Nous voulons que cette fraternité se manifeste et s'accentue en allant acheter chez vous ce qu'hier nous allions acheter en Allemagne; car, il ne faut pas l'oublier, le Made in Germany, n'existe plus. En retour.

Messieurs, vous nous enverrez cette magnifique et si énergique surpopulation que vous avez en Belgique ; vous nous enverrez vos cultivateurs, si travailleurs et si énergiques; ils viendront ici s'établir dans un pays sain, y trouvant la même langue et la même religion ; ils viendront ici dans notre cher Canada refaire, dans un coin de notre province de Québec, une petite Belgique. ( Applaudissements. )

" Si je prends la liberté de parler ainsi c'est parce que nous sommes convaincus que si la Belgique souffre en ce moment, elle n'est pas, grâce à Dieu, encore morte, qu'elle ne mourra pas, et que bientôt, victorieuse, elle reprendra, grâce à l'énergie de sa population, à la sagesse de son roi et de son gouvernement, la route et les sentiers du progrès, de tous les progrès, intellectuels, industriels, et tous les autres progrès dont elle a tracé les sentiers dans le passé.

" Mesdames et Messieurs, j'ai dit que je ne ferais pas de discours, et je sais que je n'ai qu'à appuyer la proposition faite par le Dr Dean Adams pour recueillir l'approbation unanime de toute cette salle. Ce que je vous demande c'est un dernier merci aux délégués, c'est un vote d'approbation de cette proposition, qui, je le sais, sera d'une unanimité enthousiaste. ". (Acclamations.)

Le Président :

" Mesdames et Messieurs,

" II me fait plaisir de remercier la population de Montréal qui s'est rendue en si grand nombre pour entendre les délégués de la Belgique.

" Je dois vous annoncer que toutes les recettes de ce soir vont à un fonds commun que nous appellerons " le fonds de la Belgique. ".

" Nous remercions tous ceux qui ont bien voulu nous aider à faire de cette fête ce qu'elle a été. Nous regretterons de n'avoir pas été informés plus longtemps d'avance de votre venue, Messieurs les Délégués. En si peu de temps, vous voyez ce que nous avons pu faire; mais, Messieurs, je vous certifie que si nous avions appris votre visite huit ou dix jours d'avance vous auriez vu toutes les maisons de Montréal pavoisées de pavillons belges, et je suis certain que tout le monde à Montréal s'appellerait des belges. (Rires et acclamations.)

" Mesdames et Messieurs, avant de nous quitter je vous demanderais de crier ensemble trois hourras pour la Belgique. ".

(Trois hourras enthousiastes sont lancés.)

Et l'immense assemblée se disperse pendant que l'orchestre entonne les hymnes de la Belgique, de la France, de l'Angleterre, de la Russie et enfin l'hymne national Canadien.

Au salon de réception de la Société Saint-Jean- Baptiste, un certain nombre de citoyens éminents viennent saluer les Délégués, qui se dirigent ensuite vers leur hôtel.

D'autres témoignaagres de ssntupathie

En outre de la sympathie exprimée par tous les citoyens, nous avons vu la presse de toute la ville, en des

articles spéciaux saluer les éminents représentants de la Belgique, et proclamer bien haut l'héroïsme de leur patrie.

En outre de cela, le premier ministre du Canada, Sir R. L. Borden, faisait parvenir à M. Fortier, la lettre suivante :

" Ottawa, Ont., le 23 septembre 1914.

" Monsieur,

"Je regrette beaucoup que mes devoirs publics ne me permettent pas d'assister à la réception des délégués belges, au Monument National, jeudi le 24 de ce mois.

" Veuillez bien faire part aux délégués belges de l'assurance que mes collègues et moi ont la plus profonde sympathie pour le peuple belge dans la grande épreuve qu'il traverse. Exprimez aussi notre grande admiration de son courage et de sa valeur dans la résistance à l'envahisseur et la défense de son pays.

" Votre tout dévoué,

" R. L. Borden. " Le Président de la

Chambre de Commerce,

Montréal, Que.

De son côté le Principal de l^Université McGill, écrivait au président de la Chambre :

" Le 23 septembre 1914.

"Le principal de l'Université McGill, a l'honneur d'accuser réception de l'invitation qui lui a été faite par

le Comité de réception chargé de recevoir la Délégation belge, d'assister à la grande soirée, qui aura lieu le 24 septembre.

" L'Université McGill se joint aux Universités du monde civilisé tout entier dans leur attitude de sympathie et de chagrin, à l'occasion des outrages diaboliques qui ont été perpétrés en Belgique, et elle serait heureuse de s'associer à la Chambre de Commerce dans les compliments qu'elle adressera aux représentants du roi Albert.

" Malheureusement, le Dr Peterson doit partir ce soir pour Québec, où il doit assister à une réunion du Comité de l'Instruction, et ne reviendra que samedi. Il va toutefois s'efforcer de trouver un moyen de se faire remplacer par un des doyens de l'Université. ".

M. Gustave Franco, président de la Chambre de Commerce belge, retenu à Saint- Jean (N. B.), par une session du Congrès ouvrier, adressait la dépêche suivante :

" Regrette de ne pas être capable d'assister à la soirée ce soir, pour exprimer mes meilleurs souhaits à la Délégation belge. ".

Le départ de la Mission belge

La Mission belge nous quitta le vendredi matin, à 8.45 heures, pour Chicago, via le Pacifique Canadien.

A la gare, plusieurs citoyens s'étaient rendus pour saluer une dernière fois les Délégués belges.

Et avant de monter dans le train, M. Henri Carton de Wiart n'a pu retenir son sentiment de satisfaction et à ceux qui l'entouraient il déclara : " Nous avons été si profondément impressionnés, par la sympathie, que nous avons trouvée au Canada à l'égard de la Belgique, que notre affection pour votre pays n'est surpassée que par l'affection que nous avons pour notre propre patrie.

" Cette guerre va rapprocher le peuple canadien et le peuple belge plus que tout ce qui aurait pu arriver. Nous n'oublierons pas de dire à nos compatriotes que ce sont des vrais coeurs britanniques qui battent dans les poitrines des Canadiens. ".

Et quand le train s'ébranla, les assistants poussèrent de vigoureux hourras pour la Belgique.

T^SJ^

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