‹ La Mission Champlain aux États-Unis et au Canada, avril-mai 1912Chapitre 28 sur 66 · LA MISSION CHAMP LA IN · texte numérisé non relu

LA MISSION CHAMP LA IN

Voilà donc, de différents côtés et loin de la capitale, des centres d'activité qui puisent leurs ressources dans le pays même, et qui tendent à s'organiser suivant les conditions régionales. Certainement leurs revendications rencontrent des obstacles; il y a des courants qu'on ne remonte pas en un jour. Mais n'est-il pas intéressant d'assister à cette revanche des faits, qui donne un démenti à la centralisation; à cette réaction des énergies naturelles contre des habitudes invétérées qui pouvaient sembler inexorables ?

C'est surtout dans l'industrie que ces mouvements se dessinent. Mais la France n'en reste pasmoinsunecontréeprincipalementagricole, nourricière de ses habitants. Elle diffère en cela des grandes contrées industrielles qui l'avoisinent. Que diredoncdecettegrande France rurale, de paysans ou de villageois, de petitsoumoyenspropriétaires, restés, quoi qu'on en dise, attachés au sol par une longue accoutumance ? C'est ici surtout que l'observation doit se faire analytique, minutieuse, se plier aux variétés locales. Le paysan n'est pas un être facile à connaître. Quand la littérature a daigné s'occuper de lui, elleen apallié ouexagéré les défauts ; elle Va idéalisé en bien ou en mal. Il mérite d'être observé en ce moment, car il change aussi; sa mentalité n'est pas insensible aux modificationsqui se produisent dans le commerce et les relations des hommes. Croyez bien qu'ilest assez avisé pour tenir compte des nouveaux marchés qui s'offrent à ses produits. Quant il eut fini par se convaincre que la science agricole n'était pas une vaine invention des gens des villes, il s'est mis à améliorer ses cultures, à raisonner les amendements, à se pourvoir de machines américaines.

Il lui était plus difficile de surmonter sa répugnance invétérée pour l'action commune. Son individualisme ombrageux a cédé pourtant sur plus d'un point. Il a suffi qu'une loi plus libérale, promulguée en 1884, eût rendu plus facile l'exercice du droit d'association, pour qu'on vît éclore de toutes parts une multitude de syndicats et de coopératives agricoles. La demande croissante du lait et de la viande pour les besoins des villes a été un stimulant. C'est ainsi qu'il s'est formé, dans le Poitou et les Charentes, une association de laiteries coopératives qui, l'an dernier, ne groupait pas moins de 70.000 familles de cultivateurs.

Vousaurez peut-être tiré vous-mêmeuneconclusionde ces brèves

Comte Charles de CHAMBRUN

remarques que j'ai essayé à dessein de choisir un peu partout. C'est le conseil de visiter la France, la France entière, sans restrictions. Où que vous portiez vos observations, les sujets ne vous manqueront pas. L'historien, le sociologue, le géographe n'y perdront pas leur peine. La France actuelle est un champ d'observation qui mérite de tenter non seulement la curiosité de ses propres enfants, mais celle des étrangers qui voient dans l'étude intime et réciproque des peuples une des applications les plus dignes de leur intelligence et un des moyens d'établir plus de justice et plus de sympathie entre les hommes.

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