CETTE FIGURE DE LA FRANCE
Après la cérémonie d'inauguration, ladélégation visite le fort français Saint-Frédéric et le fort anglais Amherst. Les vestiges de ce dernier seraient encore très importants, si, il y a quelques années, les colons n'en avaient détruit les murs, afin de se servir des pierres pour construire leurs habitations.
Lavisiteterminée,noustraversonsde nouveau la baie de Butnaga, et, vers quatre heures de l'après-midi, nous quittons Port-Henry, laissant derrière nous les nombreux amis de la France qui avaient assisté à la cérémonie.
De Port-Henry à Plattsburg, où la délégation s'arrête une heure, le train longe constamment le lac Champlain, qui s'élargit de plus en plus. Par le temps très clair, les îles nombreuses qui parsèment le lac se distinguent parfaitement. A droite, le lac étend sa nappe bleue; à gauche, les collines, couvertes de sapins, s'étagent les unes sur les autres. Le spectacle est féerique.
A cinq heures dix, le train arrive en gare de Plattsburg, et la délégation n'est pas peu surprise de voir une foule énorme massée en face de la gare. Les habitants de cette ville, à moitié française, venaient saluer la délégation. Des automobiles nous conduisent au champ de manœuvres, où la revue des troupes de la garnison a lieu en l'honneur de la délégation.
M. Victor Boire, faisant fonctions de maire, prononce une allocution en français.
M. l'ambassadeur Jusserand, M. Etienne Lamy , le général Lebon et le comteCh. de Chambrun parlent du haut d'une tribune à la foule de langue française devant le front des troupes.
En sa qualitéd'ancien membre du Conseil supérieur de la guerre, le général Lebon s'adressant au colonel Cowles, lui adressa les paroles suivantes :
Représentant l'armée dans la Délégation française venue pour célébrer le troisième centenaire de Champlain, je veux vous exprimer, au nom de tous mes collègues de la délégation, combien nous sommes heureux qu'il nous soit donné de saluer, avant de quitter le sol des Etats-Unis, l'Armée fédérale représentée par le beau régiment que nous avons sous les yeux.
Jevous prie, Monsieur le Maire, de vouloir bien direàM. le Colonel commandant le régiment, la bien sincère admiration que nous éprouvons tous pour ces belles troupes frontières dont la tenue sous les armes est impeccable, et dont tous les mouvements sont exécutés avec une précision et un ensemble parfaits.
Les liens séculaires qui unissent l'Armée française et l'Armée des Etats-Unis, depuis les jours glorieux où elles ont combattu côte à côte sur les champs de bataille, ont perpétué dans l'Armée française les sentiments les plus chaleureux de confraternité, dont je suis heureux de transmettre aujourd'hui l'expression à l'Armée fédérale.
Puis, au nom du président du Conseil, M. Ch. de Chambrun remercie en ces termes la population de l'accueil fait à la délégation :
It is my good fortune to find myself among you today and to be able hère at Plattsburg, before this large audience, to express the grateful thanks of the french délégation for your kindly greetings. It will be my pride to hâve spoken thèse words in présence of an american régiment under arms. Gentlemen, as we ail know, the french and american armies are old time acquaintances.
This one time acquaintance which found its origin on battlefields in the same struggle for freedom, has developped into a distinct friendship between two great nations. It has become enrouted in the hearts of men. Stronger than ail contingencies, it is novv the glorious inheritance held in common by american and frenchmen, which they dérive from the best pages of their history.
We bail this friendship for which we are justly proud. We bail on the outcome of a fight for indépendance the origin of our two Republics. So long as our démo-
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cratie institutions last they will find an initial cause for gratitude towards one another.
May time ever strenghthen thèse ties, increase this friendship perpetuate the work of our forefathers ! As you see. Gentlemen, we hâve come hère for that purpose, and to honour upon your shores one of our great countrymen who helped to make them known, who was the first to voice out the many fold expectations the worid could find in your continent and the endowments it held in reserve for humanity.
Je suis heureux de l'occasion qui m'est offerte et à laquelle j'étais loin de m'attendre, d'adresser aux citoyens de Plattsburg rassemblés en si grand nombre les remerciements émus de la Délégation française ; je suis fier aussi de les exprimer en présence d'un régi ment américain sous les armes. Nous savons tous. Messieurs, queles armées de France et des Etats-Unis sont de vieilles connaissances.
Leur camaraderie sur les champs de bataille de l'Indépendance s'est transformée en une amitié durableentre les deux Nations. Cette amitié a pris racinedans le cœur des hommes. Plus forte que les contingences, elle constitue l'apanage commun que les Américains et les Français ont recueilli dans des jours singulièrement heureux de leur histoire.
Nous saluons avec respect leur amitié dont nous sommes si justement fiers. Nous saluons dans le résultat d'une lutte pour la Liberté l'origine de nos deux Républiques. Tant que dureront nos Institutions démocratiques, elles trouveront dans cette noble cause initiale un sujet de gratitude réciproque.
Puisse le temps fortifier ces liens, les resserrer encore davantage, continuer l'œuvre de nos Pères! C'est dans cette pensée, Messieurs, que nous sommes venus à vous. Nous sommes venus honorer sur vos rivagesla mémoire d'un illustre compatriote qui a si largement contribué à les faire connaître, qui a été le premierà prévoir l'avenir de ce continent, à annoncer le glorieux héritage dont il doterait un jour l'humanité.
Au moment de quitter les Etats-Unis, à la fin de cette merveilleuse journée du 3 mai 1912, la délégation envoya letélégramme de remerciement suivant au président Taft :
Président Taft. Washington.
La Délégation française, à la suite de l'inauguration du monument
Champlain et au moment oii elle quitte le sol des Etals-Unis, exprime
auprésidcnt de la grande République sœur l'hommagede sa gratitudeet
de son respect.
Hanotaux.