‹ La Mission Champlain aux États-Unis et au Canada, avril-mai 1912Chapitre 9 sur 66 · CHEZ NOS AMIS DES ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

CHEZ NOS AMIS DES ETATS-UNIS

La France toucha à New- York le 26 avril vers 2 hçures, après six jours de mer. Reçue par le Comité France-Amérique de New-York, le Comité Champlain et de nombreux amis, la délégation a assisté le même soir à la représentation des Fourberies de Scapin donnée en français par les étudiants et étudiantes de la ville deNew-York. Dès le lendemain, le Comité France-Amérique de New-York et le « French Institute » réunissaient à déjeuner un grand nombre de personnalités américaines, qui souhaitaient la bienvenue à la délégation.

iM. Paul Fuller, président provisoire du Comité de New-York, M. Mac Dougall Hawkes, Chairman of the Board of Trustées of the Muséum of French Art, French Institute in the United States,M.Gaynor, maire de la ville de New-York, se faisaient les porte-parole de leurs concitoyens.

M . Hawkes, notamment, profitait du passage de la délégation pour

inaugurer une exposition du Musée d'Art, représentant le Paris monumental à travers les âges, que M. Cormon ouvrait par quelques mots de félicitations et de remerciements. Du speach de M. Hawkes, nous détachons les phrases suivantes particulièrement caractéristiques :

In the very beginnings, France takes an important share in the colonization of the northern part of our Continent; later, the war of American Independence is marked by the part played by French sailors and soldiers, and this part is too well known and appreciated by our citizens to call for comment; thèse are what might be termed the heroic aspects of our international relations ; they end with the adoption of the United States Constitution and extend from the middle of the i6 th to the close of the i8ih century.

The igth century witnesses an increasing and unparalled économie prosperity which has marked our National History-and with itarise an entirely différent order of international relations, but the common sympathy continued to exist, though in modified forms ; America addresses herself to France as the traditional originator of philosophical and scientific conceptions and the exponent of an artistic culture, which appeals strongly to the young and vigorous nation rapidly advancing through its Anglo-Saxon intensity of purpose; the year 1870 modifies, however, our relations.

The misfortunes of France, resulting from her heartrending struggles connected with the war of 1870, now dim fora while her position among the great civilizing forces of the world ; dazzled by Teutonic military superiority, cultured minds in our country unconsciously overlook the noble principles which France had placed among the axioms of modem civilization ; our Universities particularly, that great educating force, endeavor to follow German lines ofthought exclusively and modeltheirwork on German programs, forgettingihat our National point of view fiows normally from Economie rather than Military success.

The French language itself, that once universal and ail powerfue médium for the exchange of ideas through the civilized world, is treated as a language more dead than living; its delicacy and grâce of expression are considered subjects unworthy of popular attention and are relegated to the dry dissertations of abstruse philology.

Gradually, however, our normal national point of view turns our thoughts 10 considérations tending to unité again in doser intellectual relationship, two sister Republics; a renewed attention to the beauties of the very language which had been despised, mark our awakening from this indifférence.

M. l'Ambassadeur Jusserand remercia officiellement au nom du Gouvernement français ; MiM.Hanotaux, LouisBarthou et d'Estournelles de Constant au nom de la Mission.

M. Louis Barthou fit ressortir particulièrement la physionomie de la délégation représentative de la France actuelle, sous tous ses aspects, avec toutes ses opinions et ses classes sociales, unie étroitement malgré les divergences des pensées individuelles.

M. Louis BARTHOU

Planche 2

M. Hanotaux improvisa une brève réponse que nous reconstituons à peu près en ces termes :

Notre délégation, Messieurs, s'est embarquée alors qu'une émotion indicible étreignait le monde entier après la catastrophe du Titanic. Il nous a paru que cette catastrophe, en vous mettant en deuil, avait sonné une de ces heures où le coeur triste a plus besoin de sentir près de lui des amis. Dans ce désastre, l'intelligence humaine a été frappée dans un de ses plus magnifiques efforts et de celte douleur commune doit sortir pour nous tous la volonté de substituer par une persévérance obstinée à la défaite d'un jour la victoire de demain.

Tous les étrangers, qui arrivent à New-York, sont frappés de stupeur par l'immensité de votre port et de votre belle cité.

J'ai admiré, Messieurs, vos maisons, le mouvement de votre ville, cette circulation trépidante et pourtant ordonnée. Tout cela m'a profondément frappé. Mais une chose plus modeste m'a davantage peut-être impressionné. A côté de vos immenses gratte-ciels, j'ai remarqué quelques maisons plus petites, plus anciennes, voisinant avec leurs colossales sœurs. Ces petites maisons sont vos aînées. Elles constituent vos souvenirs : ce sont les demeures des hommes qui ont autrefois construit la cité de New- York. Conservez ces souvenirs — votre nid originaire — qui rappellent tantôt la Hollande, tantôt l'Angleterre, et qui me convainquent que vous vous rattachez à la vieille Europe, que vous y tenez par toutes vos fibres.

Le voyage que nous accomplissons. Messieurs, c'est un voyage symbolique. En venant vers vous, nous disons à nos compatriotes : venez vers nous; entre le peuple américain et nous des sentiments communs existent, et chez ce peu pie nous pourrons recueillir de grands enseignements. Nous sommes donc partis, vous le voyez, pour nous instruire en vous connaissant mieux et à la manière dont vous nous recevez, notre premier sentiment envers vous doit être la gratitude. .le vous adresse notre salut le plus cordial, le plus reconnaissant, le plus fraternel.

Et maintenant, Messieurs, permettez-moi de formuler un vœu. Nos deux civilisations sont liées l'une à l'autre; mais entre les hommes de nos deux pays, il n'y a pas de liens assez étroits. Pour resserrer ces liens, nous avons fondé le Comité France-Amérique; venez, vous y trouverez l'accueil le plus cordial , des amis vous y entoureront et vous ferontconnaitre dans ses détails cet te vie ordonnée et laborieuse qui peut nous faire quelque honneur auprès de vous et qui n'est pas celle que certains préjugés nous attribuent. Si ce vœu se réalise, notre voyage aura eu quelque utilité.

Pour nous, nous n'oublierons jamais la grande leçon de liberté que vous nous avez donnée par la fondation de votre démocratie. C'est cette liberté américaine que je salue d'un dernier mot.

Nous ne pouvons penser décrire ici tout ce que nous avons vu et raconté, ce que nous avons fait ou dit chez nos amis de New- York : réception de la délégation, accompagnée de M. le Consul général Lanel, par M. le maire Gaynor à l'Hôtel de Ville; visite de l'Université Columbia,avec M. Nicholas M. Butler, président de l'Université ; visite du Musée de la Galerie d'Artde l'ancien sénateur Clark ; inaugu-

ration du Musée Rodin ; grande réception par la Société illustre des « Cincinnati » chez M. Ch. B. Alexander; grande fête à bord de la Fr^«ce; visite de l'Hôpital français; tout cela laissa à la délégation à peine le temps d'aller à Philadelphie voir la Maison de l'Indépendance américaine et y recevoir l'hospitalité de M. l'Ambassadeur Charlemagne Tower.

Nous pûmes cependant fonder définitivement le Comité France- Amérique de New- York, en formation depuis un certain temps déjà et ainsi assurer un travail pratique comme suite au voyage de la Mission Champlain.

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