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au lieu de faire caractéristique. Sous prétexte de coloris et de luminisrne. on a fait l'impressionnisme, cette névrose de la main et de l'œil et, au nom de l'originalité, on s'est mis à faire de la peinture de cabanon en mélangeant la hideur à l'étrange.
Nos expositions, les triennales et les autres, sont les flagrants manifestes d'une déchéance honteuse, il faut l'avouer courageusement, puisque c'est l'évidence C'est d'ailleurs l'inévitable résultat qui devait frapper l'art moderne en général dans la racine même de sa vitalité. L'absence d'idéalité dans une œuvre est une tare. Là où il n'y a pas d'idéalité, il n'y a qu'imperfection ou bêtise, et voilà pourquoi un tableau de genre, fleurs, bibelots ou paysage ne sera jamais susceptiblefd'art
véritable.
Idéalité et Art sont une même chose.
Or on a séparé l'Idéal de l'Art. Que dis-je, on l'en a expulsé ! Comme l'idéalisme, philosophiquement, est l'équilibre
dans les idées ou la recherche permanente de la perfectibilité psychique, l'idéalisme, esthétiquement, c'est la sublimation, la spiritualisation de l'Art.
L'idée, au sens métaphysique et oc- &elf(J*e ** culte, c'est la force, la. force universelle vu^ j et divine qui meut les mondes, et son Sj**^ mouvement est le rythme suprême d'où émane l'action harmonieuse de la Vie.
Où pas de pensée, pas de vie, pas de création. Le monde moderne occidental a perdu conscience de cette prodigieuse ,
puissance de l'Idéal, et l'Art, fatalement, ^/"^J. a subi cette obscuration. Cette ignorance una^U'iî£-*>H* des forces créatrices de la pensée a du reste obscurci et matérialisé tout l'entendement moderne. Le matérialisme ne sait pas comment une idée, une pensée, vibrent et comment ces vibrations frappent la conscience de l'individu.
Et cependant, ces vibrations, quoiqu'invisibles pour la plupart des hommes, peuvent exercer une influence merveilleuse sur la mentalité des êtres et, ainsi,
Lùà^l aider à leur évolution. Devant les œuvres
44^ de génie, la conscience humaine reçoit
des vibrations mentales, spirituelles, qui
sont générées par la puissance de l'idée
• Ljl émise- Plus l'œuvre sera élevée1 pure.
ftliPtff*] sublime, plus l'être intérieur, au contact
^ t L' de vibrations idéales émanées, s'élèvera,
ià*-6- se purifiera, se sublimisera. L'artiste
sans idéal, c'est-à-dire l'artiste qui ne sait
pas que toute forme doit être la résultante
dune idée et que toute idée doit avoir sa
$UU\, | forme, l'artiste, enfin, qui ne sait pas que
la Beauté est la lumineuse conception de
[ l'équilibre dans les formes, celui-là n'aura
aucune influence sur les âmes, parce que
ses œuvres, en vérité, seront sans pensée,
c'est-à-dire sans Vie.
L'idée, c'est l'émotion de l'esprit comme l'émotion est le reflet de l'àme.
Mais les émotions doivent ^\\^ frpvmo-
nisé^s. Elles ne doivent pas être pour l'ar-
y0,{ju*r jtiste, par exemple, cette vibration ner-
IOvUmA* ! veuse, physique, instinctive, produite par
*** Ile tempérament inférieur. Ces émotions
LA MISSION DE LART l3
Ji/cu^hbi
là ne sont pas une garantie suffisante] culUa*',(w pour affirmer la supériorité émotionnelle!?^ d-cuxJLet impulsive. ' À*î >
J'ai vu des imbéciles émus jusqu'aux larmes devant des niaiseries et rester insensibles devant des œuvres ou des eV**^w^ spectacles sublimes. J'ai vu des artistes ^JuZ s'extasier devant les pjerrettes d'un Wil- ? iff , jette ou devant un porc plus ou moins :Um*x bien peint, et plaisanter les formidables conceptions de Michel- Ange!. <*»• ,
On le voit, l'émotion, pour être légi- *-'oéir"i) time, doit venir de haut et doit toujours être purement idéale. ,
Ce ne sera pas cette émotion grossière c>c^, u*vSé ou morbide, dont se réclament les écoles 9^*h^4 naturaliste, impressionniste et amor- '
phiste, qui doit dominer l'artiste dans l'élaboraion de son œuvre. Ce sont précisément ces écoles qui ravagent l'art contemporain, et dont on ne compte plus les victimes, contre lesquelles l'Idéalisme esthétique réagit. C'est contre cet art décerébré, discordant, déformateur et
I „i.V Ï4 LA MISSION DE LART
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•ojÀ e szA*^ anarchique, où l'élémentaire matérialité prédomine et où la dignité essentielle de l'Art se trouve barbarement abolie, que l'esthétique idéaliste s'impose et s'affirme.
En face de cet art sans idéal, où l'éclectisme dissimule mal sa coupable complaisance à la médiocrité des tendances aussi disparates que stériles, où la seule et vaine fantaisie remplace la science de l'art, la tendance idéaliste dresse les principes de la sélection et delà synthèse, résumés dans cette base de la perfection esthétique :
La Beauté spirituelle ; La Beauté plastique; La Beauté technique.
Et ils argumenteront en vain contre cette vérité, tous ceux qui n'ont pu pénétrer le mystère de l'art, tous ceux qui n'en devinent pas l'angélique mission et qui ignorent la sublime origine de la Beauté !
Nous mettons au défi quiconque essayerait de réfuter ou de nier la valeur des
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trois termes qui constituent, à nos yeux, l'unité conceptive de l'œuvre d'art, de démontrer une théorie d'art assez forte, assez complète, pour contenir, comme la nôtre, toutes les théories, une tendance assez puissante, assez parfaite pour résumer, comme la nôtre, tout ce que les autres ont de meilleur.
Nous n'hésitons pas à le déclarer, celui qui comprendra la portée exacte dejiotre proposition sera convaincu qu'elle formule véritablement l'absolu d'art, et qu'il n'en est pas d'autres capables de faire évoluer dans une plus claire voie la personnalité de l'artiste.
La Beauté spirituelle sous-entend l'élévation conceptive du sujet, celui-ci pouvant par lui-même être un moyen d'idéalité esthétique. Donc, concevoir de belles, de nobles, de grandes choses. Le choix supérieur du sujet, afin de ne point se minusculiser aux seules préoccupations du métier, qui ne doit jamais 'être le but, mais le moyen. C'est l'Idée dans l'œuvre.
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La Beauté plastiquesous-entend la recherche de la perfection des formes. Le choix des formes: les plus belles, les plus pures, les plus parfaites, les plus expressives. Rejeter le plus possible de l'œuvre ce qui n'est pas fait pour concourir à l'harmonisation des lignes et n'accepter rien qui soit difforme et laid. La laideur n'est possible, en esthétique, que sous forme synthétisée ou symbolisée. Elle apparaît comme un accident de la nature, laquelle ne peut être transposée dans l'œuvre que dans ses plus beaux aspects, quand elle sort du typiquepom entrer dans l'individuel.
La Beauté technique sous-entend l'épuration du métier au point qu'il ne prédomine pas dans l'œuvre au détriment de l'expression. Le peintre doit faire de son pinceau un outil merveilleux, afin de savoir mieux réaliser sa conception; la technie, étant le moyen, doit être mise au service des deux termes précédents pour aboutir à la Perfection. Toute œuvre de métier ne réalisant aucun idéal est une
œuvre inférieure, une œuvre morte. Le procédé importe peu; seule la qualité technique et personnelle de son application s'impose.
On a assez étourdiment reproché aux idéalistes d'être « exclusivistes » et de vouloir imposer certains sujets aux artistes. Nous avons protesté chaque fois, comme il convenait de le faire, en affirmant que la sélection est légitime et conforme aux lois mystérieuses de la nature.
1J Esthétique idéaliste n'impose aucun sujet; elle laisse toute liberté créatrice à l'artiste, mais en l'exhortant à œuvrer dans un plan de réalisation supérieur.
La hiérarchie de l'art a pour base la Q#ac(-. hiérarchie des êtres. Toute véritable évolution est une victoire sur le tempérament et sur l'instinct. L'artiste qui n'est pas maître des puissances fatales de son individualité inférieure pour s'en servir consciemment ne connaîtra jamais le génie de la Perfection, l'âme même de l'Art!
La différence qui existe entre la ten-
dance idéaliste et les écoles ordinaires, c'est qu'elle est basée sur une vérité puisée clans le Mystère splendidede la Vie et aux sources des plus purs chefs-d'œuvre, et qu'elle adapte les glorieux exemples du Passé aux évolutives impulsions de l'Avenir, afin de maintenir l'Art dans les hautes sphères de l'idéalité humaine, d'où il ne saurait descendre sans déchoir. L'Idéalisme doit être la beauté dans la science et la science dans la beauté.
/ Je sais que la plupart pensent ridicule- (ment que l'idéalisme, en art, n'est qu'une qi\Ajâh j /vaine bouffée de vapeurs pâles venant voi- [ps^JiMf fier la vision de l'artiste et lui faisant voir ûj.iÂ- Ua Nature à travers la buée des rêvasseries juj, <£*\ixr spédantes où viennent se figer les images ^^^pT^Vde la vie, et que l'artiste idéaliste dédai- ^ tL&T* ?£ne l'éternelle et fécondante Nature. Nous vf*T avons dit souvent combien cette supposi-
tion est fausse et combien au contraire l'idéalisme exige une étude double de la
(Nature, cherchant à la pénétrer? non seulement dans ses seuls aspects objectifs.
LA MISSION DE L ART ig
(mais aussi dans la mystérieuse essence de sa signification synthétique.
L'œuvre d'art où ne vibre pas l'harmo-l nieuse combinaison de tous les éléments! yA^7^*" qui constituent la vie et l'idéal, ne sera qu'une œuvre primaire. Ce qui fera toujours l'infériorité du paysage c'est qu'il ne saurait traduire que des impressions <- Or la poésiede la Nature a d'autres mystè- £TjZ,o.y ^ res que ceux que nous montrent, invaria- uyn<rah et an blement les paysagistes iiaturalistes. trop bornés dans leurs représentations champêtres, réduites au seul jeu de la lumière physique, d'où est sorti le puéril impressionnisme moderne, si justement critiqué par Puvis de Chavannes : « Les impressionnistes sont les poètes de l'Ephémère. Remarquez que leur idéal repose sur une contradiction intime et ne peut être atteint absolument; ils prétendent fixer l'instant passager, l'aspect fugitif des choses. Or, les choses, en leur aspect superficiel, sont si mouvantes qu'un effet na pas le temps de naître, il n'est déjà plus. »
Pourquoi certains critiques s'entendent- / ils à merveille pour reprocher un prétendu « exclusivisme « a la tendance idéaliste, laquelle proteste, à juste titre, contre le navrant pullulement des paysages et des accessoires? « Il y a autant d'idéals qiïily a d'artistes », s'écrient-ils, avec une logique que leur envierait, certes, M. Prud'homme.
Evidemment, tous les artistes ont leur idéal. L'un mettra son idéal à peindre un panier de marrons cuits, l'autre mettra le sien à peindre consciencieusement des petits cochons, tandis que tel autre élèvera son âme d'homme et d'artiste vers un idéal de beauté. Donc, tous les artistes, i réalistes ou naturalistes, ne sont autres que des idéalistes, eux aussi ! A ce compte là, dès l'instant qu'un peintre couvre un bout de toile de quelques tubes de couleurs ou qu'un sculpteur donne quelques coups de pouce dans un morceau de glaise, ils ont le droit de se déclarer idéalistes.
Voilà un argument contre lequel nul ne
peut tenter une controverse. Pour beau- ' coup de braves gens, il est indiscutable qu'un François Coppée est aussi poète qu'un Beaudelaire !
Mais peu de gens se doutent que la nature elle même est, en principe et en fait, très exclusiviste. Partout, dans les degrés de la vie végétale, animale ou humaine, il existe une hiérarchie sélective. Voyez, par exemple, comme l'abeille est exclusive dans le choix des fleurs qu'elle butine. Le lui reprocherez-vous, ô panthéistes-éclectiques? Non, parce que vous savez qu'elle recherche une substance rare et précieuse que toutes les fleurs ne possèdent pas à un même degré. Eh bien, l'idéaliste est un peu l'abeille qui, selon les lois de la Nature, choisit ceci et rejette cela.
Puvis de Chavannes, qui parle toujours le haut langage des grands maîtres, n'a pas dit en vain : « La Nature contient tout, maïs d'une manière confuse. Il faut élaguer en elle tout ce qui est contingence, accident, tout ce