‹ La mission de Sainte Catherine de Sienne [microform]Chapitre 15 sur 24 · Raymond de Capoue, I" partie, ch. m, p · texte numérisé non relu

Raymond de Capoue, I" partie, ch. m, p

42. L'Eglise et le couvent de Camporegio à l'époque de Sainte Catherine de Sienne (Note historique).

Pour comprendre la vie de sainte Catherine de Sienne, il faut avoir présent à l'esprit, non seulement l'histoire et la topographie de la ville de Sienne, mais encore et surtout celles du couvent de Saint-Dominique dont la sainte est déjà justement appelée la fille par les contemporains.

Le couvent fondé en 1226, avait pris un très grand développement spirituel et matériel sous le Bienheureux Ambroise Sansedoni (f 1287). Au temps de sainte Catherine de Sienne, il était l'un des principaux foyers de vie mystique et intellectuelle; un Studium général y florissait avec un bon nombre d'étudiants et d'excellents Lecteurs qui, pour la plupart, avaient fréquenté les plus célèbres universités d'Europe (Cf. Laurent M.-H., 0. P. : I necrologi di San Domenico in Camporegio (Fontes Vitœ S. Catharinœ Senensis Historici, XX), Firenze, 1937 : Introduction, passim.) Le Bienheureux Raymond de Capoue fut lui aussi appelé à Sienne pour enseigner au Studium tout en exerçant la charge de confesseur attitré de sainte Catherine.

Le couvent et l'église, situés sur la petite esplanade de la colline qui domine Fontebranda, et qu'on appelle Camporegio ou Camporeggi, devaient nécessairement attirer l'attention de Catherine dont ils surplombaient la demeure toute proche. Sa maison était située si près de l'église des Prêcheurs, comme l'attestent les plus anciens documents et une tradition ininterrompue, que Catherine, surprise par le premier signe qui annonçait l'office choral, pouvait facilement y arriver à temps.

La famille de Catherine subit, comme beaucoup d'autres familles siennoises, l'influence des dominicains. Jacques Benincasa choisit la crypte de leur église pdur lieu de sépulture (Cf. P. M. : Il sepolcro di Jacopo Benincasa în S. Domenico; in la Diana, t. III (1928, pp. 152-154).

La petite Catherine fut bien vite l'une des plus assidues de la vaste nef en style cistercien, qui toutefois de son temps n'était pas encore en communication avec l'imposant transept, dont la construction au-dessus des pilastres massifs et des voûtes de la crypte avait été commencée après 1307. La réunion de la nef avec le transept (appelé aussi «l'église nouvelle») eut lieu après la canonisation de sainte Catherine et en son honneur. Alors apparut l'arc triomphal audacieux qui jette dans l'admiration tous les visiteurs de l'église Saint-Dominique. (Cf. Centt t., 0, P. : I Domenicani in Cam.poregio, in 5. Caterina da Siena Patrona d'Italia, anno IX (1942, janvier, mars.)

43. La question des confesseurs de Catherine, nous l'avons déjà o'bseiTé (Cf. notes 5 et 6) est une de celles — avec la date de sa naissance (note 1) et celle de sa prise d'habit, — qu'on a embrouillée comme à plaisir. Laissant ici de côté toute polémique, essayons d'y voir un peu clair. Nous le pouvons d'autant plus facilement que la publication du Processo Castellano par le R. P. Laurent nous fournit quelques dates nouvelles et précises grâce à quoi une chioriologie, sinon rigoureuse, du moins satisfaisante, peut être maintenant établie, qui s'accorde avec des faits certains que l'on connaissait déjà d'ailleurs.

Dans sa déposition au Procès Castellano (appelé improprement Procès de Venise), Thomas Antoine de Sienne (Caffarini) énumère parmi les confesseurs de Catherine Thomas dalla Fonte (mort le 22 août 1390); le vénérable Père Bartolomeo Mantucci de Senis (mort- le 4 août 1415); le Père

Bartolomeo Dominici de Sienne, professeur de Théologie (mort le 3 juillet 1415), et enfin Raymond de Capoue qui fut élu général de l'Ordre peu après la mort de Catherine (p. 32). Celui-ci, parlant de Thomas délia Fonte, dit qu'il fut le premier confesseur de Catherine. La chronique de Santa Maria Novella, qui est de basse époque, mais utilise des sources anciennes, déclare pour sa part que le premier confesseur de Catherine, en 1352, fut Angelo Adamari; celui-là même qui, en 1374, au Chapitre Général de Florence, prendra la défense de Catherine.

En 1352, Catherine avait cinq ans environ, et il est certain que Adamari, à cette date, était à Sienne. Il est donc vraisemblable qu'il a été le premier à la confesser. La chronique insiste précisément sur le fait que Catherine était toute petite : essendo fanciullina, et sur son tout jeune âge : ddprimi anni. A cet âge-là, on peut déjà se confesser, mais on n'a pas encore besoin d'un directeur spirituel. Combien de temps Adamari est-il resté à Sienne, et a-t-il confessé Catherine, nous n'en savons rien. Mais nous savons qu'un autre dominicain, Bartolomeo Mantucci de Sienne, était directeur du Tiers-Ordre ou des Mantellate à l'époque où Catherine prit l'habit et qu'il fut aussi un de ses confesseurs. Quand est-ce que Catherine prit l'habit ? Peu de temps, dit Raymond, après la moit de sa sœur Bonaventura, arrivée en 1362, d'après le nécrologe dominicain; donc vers 1363. A cette date Catherine avait seize ans. On peut penser que Bartolomeo Mantucci a pris la succession d'Adamari comme confesseur de Catherine, quand Adamari a quitté Sienne, à partir de 1352. Dans cette hypothèse, qui semble plausible, comment Raymond peut-il dire que Thomas délia Fonte, qui avait succédé à Bartolomeo Mantucci, a été le premier confesseur de Catherine s'il n'a été que le troisième ? On peut, sans ' parti pris, résoudre cette difficvdté. En effet, Raymond qui avait été ncmm.é confesseur de Catherine et son directeur spirituel par le Maître Général, le fut à titre officiel et non occasionnel. C'est probablement à ce titre qu'il a parlé de Thomas délia Fonte, lequel, en effet, non seulement confessa, mais dirigea longtemps Catherine, jusqu'à la nomination de Raymond. Dans ce sens, il aurait été le premier directeur officiel de Catherine et son confesseur habituel. Les autres n'auraient été que ses confesseurs occb'

sionnels. Ce qui nous porte à le croire, c'est qu'au temps où Tliomas délia Fonte confessait et dirigeait Catherine, un autre Père, indiqué par Cafifarini parmi les confesseurs de Catherine, Bartolomeo Dominici, Maître en Théologie, qui avait été, nous dit-il lui-même, dans sa dépoôilion au Processo Castellano (p. 285), compagnon de noviciat de Thomas délia Fonte, la confessait éventuellement, durant les absences de celui-ci. C'est Raymond lui-même qui nous fournit ce détail dans la Legenda Major (paragr. 202). Mais quand Thomas délia Fonte a-t-il pris sa charge officielle de confesseur et directeur attitré de Catherine ?

Bartolomeo Dominici va nous aider à le préciser. Il a connu Catherine, nous dit-il, en 1368, alors qu'ells portait déjà depuis plusieurs années l'habit des Sœurs de la Pénitence de Saint-Dominique (p. 284-25 sqq.). Cette donnée concorde de tous points avec celle de Raymond nous disant que Catherine a pris l'habit peu après la mort de Bonaventura, donc peu après 1362.

Quel âge avait alors Thomas délia Fonte ? Nous savons qu'il est né en 1337, dix ans avant Catherine; qu'il fut nourri et pour ainsi dire élevé dans la maison Benincasa. En 1363, à la prise d'habit de Catherine, il avait vingt-six ans environ. Mais Bartolomeo Dominici nous dit qu'il est entré tard au Noviciat, après sa vingtième année, alors que lui Bartolomeo Dominici est entré, en même temps que lui, mais à l'âge de treize ans. Thomas délia Fonte avait donc été novice au plus tôt en 1357. Admettons qu'après son noviciat il ait fait des études îhéologiques régulières, bien qu'il n'y eût guère de dispositions, paraît-il, il aurait pu commencer son ministère vers 1363, Comme en 1363, d'après Bartolomeo, il était déjà confesseur de Catherine, c'est entre ces deux dates qu'il avait été affecté à cette délicate fonction.' Car on parlait déjà beaucoup de Catherine à ce moment-là. Thomas dalla Fonte, nous dit-on, n'était pas un grand théologien, m.ais c'était un excellent religieux et d'un bon jugement. C'est pour cela sans doute qu'il a été choisi, et aussi parce qu'il connaissait Catherine et sa famille depuis toujours, puisqu'il y avait été nourri dans son enfance. Dans tout cela il y a beaucoup de vraisemblance, et on ne voit aucune contradiction. Catherine a eu d'ailleurs beaucoup d'autres confesseurs occasionnels, s'il faut

en cToire tous ceux qui se sont vantés de l'avoir été. Raymond les qualifie d'indiscrets, et il a raison. Ce sont ceux-là surtout qui ont nui, à un moment donné, à la réputation de Catherine, en parlant beaucoup trop de ce qu'ils savaient et plus encore de ce qu'ils ne savaient pas. C'est à cause d'eux principalement que Catherine a été convoquée au Chapitre Général de 1374, et c'est pour mettre fin à leur bavardage que le Général a nommé et que le Chapitre a approuvé la nomination de Raymond en qualité de confesseur et directeur de Catherine.

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