CHAPITRE XIV
trouve dans cette attitude de l'Allemagne un point d'appui qui lui permet de méconnaître les décisions de l'Europe. Gortschakoff a eu beau se flatter, en traversant la capitale allemande, de s'être réconcilié avec Bismarck, il n'en reste pas moins que les dissentiments s'accentuent et font dire que la prétendue réconciliation des deux chanceliers n'a été qu'une comédie.
Au mois de février 1881, dans un discours au Reichstag, Bismarck, parlant comme si ces dissentiments n'existaient pas, a déclaré que la paix européenne est assurée pour longtemps; mais c€tte déclaration a suscité dans le parlement des démentis et des résistances; alors, changeant brusquement son fusil d'épaule, il fait publier dans la Gazette de L'Allemagne du Nord des articles dénonçant « les visées secrètes de la Russie et les intrigues de ses agents en Posnanie et en Silésie prussienne ". Le journal officieux va même
plus loin. Dans l'exposé des projets qu'il attribue à mots couverts au gouvernement russe, il associe Gambetta dont, par toute l'Europe, on prévoit en ce moment l'arrivée au pouvoir ; il le présente comme l'un des instruments d'une politique hostile à l'Allemagne. D'autres journaux mettent en doute ces prévisions alarmantes et même les raillent; mais le coup est porté. Les inquiétudes dont le chancelier a besoin pour réduire les oppositions qu'il rencontre dans son Parlement se répandent dans tout l'Empire et y rendent plus actives les défiances qu'on y nourrit contre la Russie- Toutes ces intrigues battent leur plein au commencement de 1881 ; elles se traduisent à Berlin- par des agitations parlementaires qui ont des échos dans la presse de tous les pays.
Nous avons marqué précédemment que le comte de Saint-Yallier ne se laissait plus tromper par ces apparences d'une animo-