CHAPITRE XIX
Malgré ces symptômes, Sesmaisons ne croyait pas à la guerre « au moins pour le moment » . Si l'armée allemande était prête comme toujours, rien ne faisait supposer qu'on fût à la veille d'un conflit. Mais il constatait qu'un effort était fait de nouveau pour isoler la France des autres nations européennes dans les questions auxquelles elle était intéressée :
" Ce résultat, ajoutait-il, inquiétant pour nous et affirmé par plus d'une circonstance, paraît répondre aux désirs de l'Allemagne, qui s'occupe d'ailleurs d'en obtenir également un semblable contre la Russie. »
En transmettant au ministre des affaires étrangères une copie du rapport que l' attaché militaire de l'ambassade avait envoyé au ministre de la guerre, et en le recommandant à son attention, le baron de Gourcel y joignait le commentaire suivant :
« Peut-être contient-il des conclusions un peu pessimistes. Les symptômes qu'il relate n'en méritent pas moins d'être pris par nous en sérieuse considération. Ils contribuent à donner à la politique allemande, alors qu'elle annonce peut-être avec sincérité les tendances les plus pacifiques, l'apparence de ne travailler qu'à la prolongation d'une trêve. H est difficile €n tout cas pour les autres peuples de se rallier sans hésitation à la théorie favorite des publicistes de l'Allemagne contemporaine, d'après laquelle son armée, ce formidable engin de destruction et de conquête installé au centre de l'Europe, serait essentiellement vouée à une œuvre de conservation et de paix, »
Le comte de Saint-Vallier n'eût pas mieux dit et, en tenant ce langage, le baron de Courcel prouvait, dès le début de sa mission, qu'il était digne de lui succéder et qu'ils étaient d'accord pour recon-