‹ La mission du comte de Saint-VallierChapitre 158 sur 161 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

zettes officieuses, ne sera pas moins clairvoyant que lui. Gomme lui, il fera la part du mensonge et la part de la sincérité ; comme lui, il saura discerner ce qu'il y a de factice dans les menaces et dans les assurances de bon vouloir et ce qu'il y a de sincère; il ne se laissera pas plus intimider par les unes qu'enguirlander par les autres et, s'il constate que « l'âge d'or » continue, il ne se dissimule ni les causes de sa continuation ni l'intérêt qu'a le chancelier à le continuer, tout en nous empêchant d'y prendre trop de confiance. En résumé, il ne pensera pas autrement que Saint-Vallier, et en attendant que nous puissions le démontrer par le récit de sa mission, nous en citerons pour finir une preuve .

Au mois de juin 1882, le colonel de Sesmaisons, attaché militaire de l'ambassade de France à Berlin, assistait aux manœuvres de printemps de l'armée allemande

que, cette année-là, présidait l'empereur Guillaume I". Or, au même moment, comme pour faire écho à cette manifestation de la puissance germanique, le prince de Bismarck prononçait au Reichstag un discours quasi belliqueux. Il y parlait des armées russe et française " qui avaient leurs baïonnettes dirigées sur l'Allemagne )' et laissait entendre qu'une coalition était à craindre contre l'empire. Dans ce langage, dans sa coïncidence avec les manœuvres militaires, notre attaché discernait une manœuvre d'un autre ordre, pour faire peser sur l'Europe des alarmes qui la rendraient plus docile aux directions de la pohtique du chancelier. Par les ordres de Bismarck, les journaux revenaient à l'hypothèse d'une lutte contre la France et la Russie coalisées et disaient avec arrogance « que l'Allemagne avait assez de soldats pour supporter cet effort sans infériorité numérique » .

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