CHAPITRE V
atteint et l'assassin se laissa arrêter sans opposer aucune résistance.
Bien que cette tentative de meurtre n'eût pas abouti, elle produisit par toute l'Allemagne une émotion considérable que le gouvernement interpréta comme la preuve que le pays, qui aimait et respectait son vieux souverain, demandait des lois de répression. Un projet qui livrait à la police la liberté de la presse, la liberté d'association et la liberté de réunion fut déposé au Reichstag. Contrairement à l'attente du chancelier, ce projet eut pour effet immédiat de provoquer une réaction violente.
Dans la pensée de la partie la plus éclairée de la nation, c'était par des réformes et non par des lois d'exception qu'après avoir châtié inexorablement un forfait abominable, il fallait en conjurer le retour. Mais le 2 juin, avant qu'un débat se fût ouvert au Reichstag sur ce point, l'empereur était l'objet d un second attentat et celui-là plus
grave que le premier. L'auteur, un certain docteur Nobilin^j, homme de condition assez relevée, avait tenté de tuer le souveraiu à l'aide d'un fusil de chasse. L'attentat n'avait réussi qu'à moitié; aucune des blessures n'était mortelle, mais elles étaient assez nombreuses pour occasionner une perte de sang, qui n'était pas sans danger, étant donné l'âge de la victime. Après les avoir examinées, les médecins déclarèrent que l'état de V empereur ne s'améliorerait que s'il se condamnait à un repos absolu. Lui-même comprenait qu'il n'était pas en état de s'occuper des choses du gouvernement. Sa famille le pressait d'ailleurs de renoncer provisoirement à l'exercice du pouvoir et de confier la régence au piince impérial. Ce n'est pas sans regret ni sans appréhension qu'il se décida à nommer son fils régent de l'empire pendant la durée de sa maladie, regret d'autant plus vif qu'il savait le kronprinz