CHAPITRE V
hostile aux mesures exceptionnelles de rigueur, dont lui-même, en reprenant connaissance après l'attentat, avait violemment affirmé la nécessité.
Si de telles mesures ne pouvaient suffire à désarmer l'anarchie, elles eussent été justifiées en cette circonstance par le langage de Nobiling :
« Oui, j'ai voulu tuerl'empereur, avouaitil dans son premier interrogatoire, et je regrette qu'il ne soit pas mort. J'avais cependant tout fait pour que les blessures fussent mortelles. Mais si j'ai manqué mon coup, un autre réussira. J'ai laissé derrière moi cinquante compagnons prêts à recommencer; ils ont juré de marcher comme moi, si comme moi ils sont désignés par le ' sort pour en finir non seulement avec Guillaume I", mais encore avec ses successeurs, et ce qui se passe en Allemagne se passera dans tous les pays; nous ne voulons plus d'empereurs ni de rois. »
76 MISSION DU C^p DE S AINT-V ALLIER
Ce langage menaçant porté par les journaux à la connaissance de leurs lecteurs terrorisait ceux-ci. Il était évident qu'on se trouA ait en présence d'un complot dont les auteurs répandus à cette heure par toute l'Europe ne reculeraient devant aucun moyen pour réaliser leurs projets criminels. On rappelait qu'à Saint-Pétersbourg, quelques semaines plus tôt, le tsar Alexandre II avait failli périr sous le plomb d'un assassin. .
Ce souvenir de date si récente, rapproché des deux tentatives de meurtre dont Berlin venait d'être le théâtre, ne prouvait que trop combien était grand le péril qui menaçait les souverains de tous les États. Eux-mêmes s'en rendaient compte. Le 18 juin, l'ambassadeur de France étant allé à Dresde pour porter au roi et à la reine de Saxe, à l'occasion du vingtcinquième anniversaire de leur mariage, les félicitations du maréchal de Mac-