CHAPITRE X
gères, s'empressaient d'aller le voir, et le bruit ne tardait pas à se répandre qu'il était venu à Vienne pour signer avec le gouvernement austro -hongrois un traité d'alliance caractérisé par cette formule : « Offensive et défensive, avec garantie réciproque de l'état territorial actuel des deux empires. »
La nouvelle était vraie ; elle annonçait l'exécution d'un projet qui hantait depuis longtemps la cervelle du chancelier d'Allemagne. 11 s'en était déjà préoccupé au lendemain du traité de Prague. Mais le comte de Beust, qui dirigeait alors les affaires de la monarchie dualiste, n'admettait pas que son pays pût s'allier avec la nation qui venait de le dépouiller de sa puissance séculaire en Allemagne. Il resta sourd aux insinuations de Bismarck.
La guerre de 1870 et le conflit russoturc créèrent des circonstances plus favorables aux desseins du chancelier allemand.
150 MISSION DU C^E pE SAINT-VALLIER
Le comte de Beust avait disparu ; son successeur, Jules Andrassy, semblait plus disposé à ouvrir l'oreille à des propositions d'alliance et le Congrès de Berlin, où il siégeait, fournit à Bismarck l'occasion qu'il cherchait, de reprendre l'entretien qui, jusque-là, avait été à peine ébauché. Il se poursuivit durant les loisirs que laissaient aux deux diplomates les séances du Congrès. C'est là que furent jetées les bases de l'accord. L'appui que donna Bismarck à Andrassy lorsque celui-ci revendiqua pour l'Autriche l'administration de la Bosnie- Herzégovine facilita la négociation. Le chancelier d'Allemagne tenait d'autant plus à la voir aboutir qu'il ne se dissimulait pas que son attitude dans le Congrès aurait pour conséquence de refroidir les relations de l'Allemagne avec la Russie. C'était tout au moins un risque à prévoir; il le prévoyait et cherchait à en conjurer par avance les effets, en se donnant