VIE DU VEN. P. JEAN DE BRITTO
■ISSIONNAIRB BT MARTYR DU MADURB.
§ /. Naissance, éducation et vocation du P. Jean de Britto.
Les lettres précédentes nous ont présenté quelques traits des vertus et des travaux du P. Jean de Britto , destiné par la divine Providence à glorifier la mission du Maduré par son héroïque martyre , après l'avoir fécondée par ses sueurs. Nous venons compléter le tableau de cette vie admirable. En résumant en peu de mots ce qu*elle renferme d'édifiant, nous nous arrêterons surtout aux circonstances qui ont rapport à l'histoire du Missionnaire, afin de suivre le fil des événements de la mission, et de suppléer en quelque sorte au défaut des lettres annuelles, que les malheurs des guerres, excitées durant cette époque entre le Portugal et la Hollande ; empêchèrent d'arriver en Europe.
Jean de Britto naquit à Lisbonne., Tan 1647 , de parents non moins distingués par leur piété que par leur haute
— 406 ~ noblesse et les faveurs du roi , Dom Jean IV. Héritier de leurs vertus , il honora leur sang par celte véritable grandeur que donne la sainteté, et qui ajoute aux prérogatives de la naissance une splendeur plus glorieuse et plus durable. Le Ciel s'était plu h réunir dans cette ame privilégiée des trésors de grâces , qui ne tardèrent pas à présager tout ce que le Missionnaire du Maduré devait réaliser de grand pour la gloire de Dieu et l'honneur de la religion. Son père , sauveur de Britto-Péreïra , étant mort au Brésil , qu'il gouvernait en qualité de vice-roi , il dut sa première éducation aux soins de sa mère» Béatrix Péreïra, qui s'efforça de développer dans ce jeune cœur les germes précieux que la grâce y avait déposés.
Jean IV avait eu trois fils. La mort avait enlevé Dom Théodose , Tainé » qui donnait les plus belles espérances ; le second r Dom Alphonse, avait été attaqué^ dès la plus tendre enfance , d'une paralysie , dont sa santé et son esprit ressentirent toujours les tristes effets. Tous les suffrages et les sympathies des peuples se portaient donc sur le troisième fils, Dom Pèdre, qui justifia leur attente par la sagesse de son gouvernement pendant sa régence , et par la gloire de son règne. Ce jeune prince entra dans sa huitième année en 1656 ; selon la coutume de la cour , on lui forma un cortège de jeunes seigneurs, qui, eu prenant part à son éducation , devaient en aider le développement par la force de l'exemple et de l'émulation. Choisi à F âge de neuf ans pour partager cet honneur , Jean de Britto fit bientôt admirer ses brillantes qualités , ses rapides progrès dans les lettres et surtout sa vertu précoce. Chéri de Dom Pèdre, il faisait les délices de la cour, et était le modèle de l'illustre académie à laquelle on l'avait confié , sous la direction de la Compagnie de Jésus. Partout it se faisait aimer par des manières gracieuses et affables ,. et
par un «ir de grandeur et de noblesse, qui cependant nV vait rien de fier et de rebutant. Ces nobles qualités étaient relevées par une modestie angélique et une invincible patience à supporter les défauts et les petites espiègleries de ses joyeux camarades : il poussait si loin cette vertu , que dès lors tous rappelaient le martyr,
La joie que tant de vertus inspiraient à Donna Beatrix Péreïra fut souvent troublée p«ir la crainte de perdre un fils si cher. Il avait reçu en naissant une complexion faible et délicate, sa vie semblait ne se soutenir que par une assistance spéciale de Dieu , et Tan 1659 il fut réduit à une telle extrémité, que les médecins perdirent tout espoir de le sauver. La mère éplorée, s*untssant à h piété de son fils , eut recours à la protection de saint François Xavier, pour lequel il professait déjà une tendre dévotion ; elle lui voua cet enfant bien-aimé et promit que , s'il guérissait , il porterait pendant une année l'habit de la Compagnie de Jésus en l'honneur de son libérateur. Dieu , qui destinait Jean de Britto à être un digne successeur de TApôtre des Indes , ne tarda pas à lui rendre la santé ; et l'on yit le jeune page , fidèle à sa promesse , se glorifier des livrées de la pauvreté religieuse au milieu des pompes du monde. Au reste cet habit, qui contrastait singulièrement avec son âge et les dissipations de la cour , se trouvait en parfaite harmonie avec sa piété et sa modeste gravité.
Le roi et les princes du Portugal avaient coutume d'honorer de leur présence la solennité des quarante heures , qui se célébrait avec pompe dans l'église de la maison professe des Jésuites ; et de porter le baldaquin à la procession du saint Sacrement qui avait lieu dans cette circonstance. Cette année , le jeune de Britto se fit une joie d'accompagner leurs Altesses dans son nouveau costume ; et arrivé à 1 église , il se glissa à la sacristie pour y rece-
voir un manteau et un cierge «t se confondre dan9 les rangs des notices qui assistaient à cette cérémonie. Le temps fixé par le vœu étant expiré» il se dépouilla de Fbabit de la Compagnie de Jésus , mais non de Taffection qu'il lui avait vouée, ni du désir qu'il arait conçu dW consacrer à Dieu une vie qu'il reconnaissait deYoir à la puissante intercession de TÂpôtre des Indes. Il ne pensa plus dès-lors qu'à imiter ses vertus et à marcher sur ses traces à la conquête des âmes.
11 s'en ouvrit au R- P. Michel Vinoco , Provincial du Portugal , qui Taccueillit avec bonté et lui donna des espérances. Il écrivit aussitôt à sa mère pour lui déclarer sa résolution et solliciter son consentement , et il en reçut la réponse suivante , digne de la haute vertu et de la sage piété de Donna B. Péreira : « Je consentirai avec joie à vos désirs , mon cher enfant ; mais avant de faire une semblable démarche , examinez sérieusement votre vocation. Voyez si la délicatesse de votre complexion et la faiblesse de votre santé pourront résister à la fatigue des études sérieuses et à la rigueur de l'observance religieuse , qui dans la Compagnie de Jésus , vous le savez , n'admet d'exception ni de privilège pour personne. J'éprouverais une douleur inconsolable , si je vous voyais sortir de cette Compagnie pour rentrer dans le monde. r> Le jeune de Britto remercia sa mère et la rassura en disant que Dieu , qui lui inspirait un si ardent désir , lui donneiail la force de l'accomplir Jusqu'au bout.
Les grâces dont le roi de Portugal avait favorisé Jean de Britto , et l'emploi qu'il occupait à la cour de Dom Pèdre , ne lui permettaient pas de se retirer sans lagrément du souverain ; il convenait donc de solliciter cette nouvelle faveur auprès de sa Majesté. Le monarque eut d'abord de la peine à y consentir. Cependant il ne put ré-
sister aux pressantes sollicitations de ce cœur génèrent , qui lui demandait celte grâce , comme un des plus sigrialés bienfaits qu'il pût lui accorder , et le disciple fidèle à le voix de son Dieu quitta aussitôt une cour déjà édifiée de ses premières rertus et encore plus du nouveau sacrifice qu'il Taisait en renonçant à tant de flatteuses espérances.
Il,se rendit au noviciat des Jésuites de Lisbonne , où il excella bientôt dans toutes les vertus. Les âmes plus favorisées de la grâce ont aussi une obligation plus pressante d accroître leurs mérites, et de répondre aux dons singuliers qu'elles ont reçus du Ciel ; c'est ce que comprit le jeune novice. Sa ferveur cependant ne donna dans aucun de ces écueils qui sont redoutables pour une piété peu affermie ou peu éclairée : Il sut se garantir des excès et des singularités. Il se proposa constamment de prendre l'esprit de Tétat qu'il avait embrassé , et de se rendre capable par une vertu solide d'en accomplir un jour les obligations. Rien ne semblait lui coûter dans les pratiques les plus simples et les plus obscures. Quand Tobéissance ne le retenait pas dans les exercices de la Communauté , on était sûr de le trouver appliqué aux emplois les plus humiliants.
L'infant Dom Pèdre, qui conservait toujours une tendre affection pour lui, étant venu le visiter, on rencontra le novice, après bien des recherches, auprès d'un domestique malade, auquel depuis quelques jours il avait demandé de donner ses soins. Le jeune prince, touché d'une telle humilité, ne put s'empêcher de l'en féliciter. « Je suis charmé, lui dit-il, de vous voir au service de ce nouveau maître ; vous y gagnerez plus de solides récompenses que vous n'en trouveriez auprès de moi. » Ces paroles révè-
lent toute la piété du prince et Tesprit ]âe Coi qui régnait à sa cour.
L'humilité et la patience du Frère de Britto éclatèrent surtout dans la visite des hôpitaux. Une des épreuves qu'on assigne aux novices de la Compagnie de Jésus est d*y aller servir les malades et de s'y dévouer pendant quinze jours aux emplois les plus vils et les plus dégoûtants. Le généreux novice y fut envoyé avec les autres, et eut en partage un vieillard d'une hum.eur difficile et d'un caractère emporté. Malgré tout l'enipre^seraent de son inépuisable charité, il ne reçut de son malade que des paroles amères, des outrages et souvent même des coups. Ces traitements indignes, loin de vaincre sa patience ou de ralentir son zèle, ne firent que redoubler ses attentions bienfaisantes et ses caresses. Enfin le vieillard , confus et contrit de sa conduite, appela le supérieur des novices, lui confessa, les larmes aux yeux, les incroyables duretés qu'il avait fait essuyer au saint novice, et ajouta qu'un si parfait modèle de patience avait touché son cœur, et qu'il voulait désormais l'imiter par la résignation à la volonté divine. 11 tint parole : depuis ce moment, il édifia par sa douceur dans les ennuis et les souffrances de sa maladie, fit ne cessa de publier qu'il devait ce merveilleux changeipent aux exemples du Frère de Britto.
Si notre objet était d'offrir un modèle aux jeunes religieux dans les diverses carrières que leur vocation ouvre successivement devant eux, nous pourrions nous étendre sur les vertus du F. de Britto : sur la vivacité de sa foi, rexactitijde de son obéissance , les industries de son humilité, l'ardeur de sa charité ; et les premières années de sa vie religieuse nous fourniraient sur tous C3S sujets des traits pleins d'intérêt et d'édification. Après avoir été la règ^e vivante des novices, il devint le modèle des étudiants,
d* abord dans le collège d'Evora, où il consacra deux années à l'étude des belles-lettres , puis dans l'université de Coïmbre, où il fit son cours de philosophie et de théologie. Cette nouvelle carrière ne fit que mettre dans un plus grand jour les rares talents que le Ciel lui avait départis, et que lui seul paraissait ^ignorer ; on admira la pénétration, la solidité et la justesse de son esprit, et ses succès révélèrent l'habileté d'un maître plutôt que les progrès d'un disciple.
La culture de ^l'esprit ne suspendit point dans le P. de Britto le zèle de perfectionner son cœur. La pratique des vertus religieuses accompagnait et sanctifiait l'application qu'il donnait aux sciences. Toujours humble au milieu des applaudissements les plus flatteurs^ il paraissait indif^ férent à tous les éloges, et ne les recevait que conmie des témoignages « de l'indulgente charité qu'on voulait bien avoir pour les faible» essais d'un commençant.» Ces* dans ces termes qu*il répondait à une lettre de sa mère, qui le félicitait sur l'honneur qu'il s'était fait dans une thèse publique. L'étude ne lui fit jamais interrompre ou diminuer les temps consacrés à la prière et aux autres exercices spiri^ tuels. Son recueillement n'en souffrit pas davantage ; il retrouvait toujours sans peine à son orat<Mre la facilité de s'entretenir avec Dieu, parce que partout ailleirs'il avait soin de conserver sa présence et d'entretenir le feu; de son amour.
Rappelé à Lisbonne pour j enseigner tes lettres humaines, il y déployâtes qualités qui en avaient fait jusqu'à* lors un disciple accompli. La jeunesse qui lui avait été confiée ressentit tous les avantages d*étre formée par un tel maître, et l'on vit dans son zèle à cultiver ces jeunes plantes te prélude de soa futur apostolat. 11 soupirait après l'heureux jour où il lui serait donné de travailler dan« les régions que le grand François Xavier a\ait arrosées de
ses sueurs et de ses larmes. Ces désirs ardents» qui s'exhalaient tous les jours devant le Seigneur dans la ferveur de ses oraisons, éclatèrent surtout dans le paoégyricpie qu'il prononça à la gloire de son saint protecteur en présence des Pères du collège de Lisbonne. Dieu touché de ses prières ne tarda pas à lui offrir l'occasion de réaliser sesyœux.
Le P. Balthasar da Costa arrivait de la côte Malabare dans le dessein de recruter de nouveaux ouvriers : la moisson était trop abondante aux Indes pour le petit nombre de ceux qui s épuisaient à la recueillir ; le missionnaire du Maduré venait faire appel au zèle de ses jennes frères ; il racontait ses travaux, ses succès et ses espérances; il enflammait tous les cœurs d'une impatiente ardenr. Celui du Fr. de Britto n'avait pas besoin d*être excité; il fut des premiers à solliciter le grâce de se dévouer à la conversion de ses chers Indiens, et malgré le délicatesse de sa santé si peu proportionnée aux fatigues d'une telle mission» ses désirs, ses instances et la confiance qu'inspirait sa vertu triomphèrent de cet obstacle. La présence du P. da Costa ne contribua pas peu à ce triomphe; car lui aus^i était parti pour les Indes malgré Tavis des médecins, qui le jugeaient incapable de supporter même les premières fatigues de la traversée.
Pénétré de reconnaissance et de joie, le futur missionnaire ne pensa plus qu'à se disposer à sa bienheureuse carrière par la réception des saints Ordres. La ferveur de sa dévotion, les transports de son zèle, les ardeurs de son amour, tous les sentiments qui enivrèrent son ame dans cette circonstance sont au-dessus de nos expressions, il sera plus facile au lecteur de les concevoir qu'à nous de les peindre. Après avoir célébré sa première messe à l'âge da 38 ans, il attendait secrètement le moment de s'embar-
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quer. Mais les approches du départ divulguèrent le secret. Dès qu'on en fut informé à Lisbonne, tout sembla conspirer à faire échouer sa noble entreprise. Prières, plaintes, reproches, larmes, conseils: tout fut mis en œuvre delà part de sa famille pour arrêter Texécution du projet. Béatrix surtout n'omit rien de ce que la tendresse maternelle pouvait lui suggérer de plus efficace pour retenir ce cher fils. Elle avait d'ailleurs les motifs les plus justes, soutenus par Tautorité la plus puissante. Son fils aîné venait de mourir au service du roi, et la cour était comme engagée à conserver à cette mère affligée la plus douce consolation qui lui restât sur la terre.
Le Nonce lui-même n'hésita pas à interposer son autorité : il fit appeler le nouveau niissionnaire dans le dessein bien f(H*raé de défendre les droits et de satisfaire aux vœux de sa mère. Il eut avec lui un long entretien ; mais il en sortit tellement frappé des raisons du P. de Britto et de je ne sais quoi de surnaturel qui animait tous ses traits et ses paroles, qu'il craignit de s'opposer à la volonté divine manifestée avec tant d'évidence. H s'avoua vaincu, adora les jugements impénétrables de Dieu, à qui seul il appartient de disposer en maître de ses^ créatures et porta à la mère l'annonce du sacrifice que le Ciel demandait à son cœur. La vertu dte cette femme forte triompha de toutes les répugnances de là nature, elte donna son consentement et rendit à Dieu un fils qull avait miraculeusement arraché à la mort pour en faire un instrument de ses miséricordes dans les Indes.
Afin d'éviter les nouveaux obstacles qui pouvaient venir encore l'arrêter, le P*. de Britto s'échappa secrètement, alla se cacher dans le vaisseau destiné au transport des missionnaires et î attendit le jour de l'embarquement. 11 se déroba ainsi à la. solennité des adieux publics, qui, àToccasionda
départ des missionnaires, attire ordinairelnetit ratientioa et excite les sympathies de toute la ville de Lisbonne. Il ne reparut au milieu de ses frères que lorsque les ancres furent levées et que le vaisseau mit les voiles au vent» Rare* ment on avait vu une expédition de missionnaires aussi remarquable par le nombre et par le mérite de ceux qui la composaient. Le P. Balthasar da Costa était à la tête de la troupe destinée aux Indes, et le P. Prosperinforcetta, pro* cureur de la province de Chine, conduisait une compagnie d'ouvriers choisis qui allaient perpétuer les succès de la chrétienté dans ce vaste empire.
Les commencements de la navigation furent heureux : le temps était beau , le vent favorable ; déjà Ton approchait de la ligne et Ton se flattait de la passer promptement, lorsque tout-à-coup les craintes succédèrent à Tespérance. Un calme opmiâtre suspendit la marche du navire , il resta longtemps comme cloué dans cette crueUe position. Impuissant pour avancer , il semblait épuiser tous ses efforts à se tourmenter ; comme un malade qui se roule sur son lit de douleur , il se balançait péniblement dans l'agitation monotone d un roulis qui fatiguait extrêmement réquipage. A ces ennuis se joignirent les chaleurs excessives , qui en peu de temps augmentèrent le mauvais air que certains défauts de précaution avaient déjà répandu dans le vaisseau» corrompirent Teau et les vivres et produisirent des maladies conl^euses. Le plus grand nombre des passagers furent attaqués et réduits bientôt à l'extrémité; plus de quatre-vingt reçurent les derniers sacrements , et le bâtiment ne fut plus qu'un hôpital ♦ où l'on ne voyait que malades et mourants. Du nombre des victimes, fut le P. Balt. da Costa qui couronna par une mort précieuse les trente années qu'il avait con-^ sacrées à la mission du Maduré. Si , au moment d allA-
jouir de sa récompense, il lui restait un regret pour ses chers néophytes , il n'eut pas de peine à se consoler ; le peu de jours qu'il avait passés avec le P. Jean de Britto lui avaient découvert tout ce que cette ame renfermait de vertu et d'héroïsme; il voyait en lui , non-seulement un héritier de son zèle et de ses travaux, mais un homme tout spécialement marqué du sceau de Dieu, pour être un instrument de sa puissance et de ses miséricordes, et en se rappelant qu'il avait contribué à gagner au Maduré un tel ouvrier, il mourait content.
L'ardent missionnaire se signala dans ces déplorables conjonctures, et commença à justifier Topinton et les espérances que son supériair avait conçues de lui. Son cœur compatissant ne pouvait manquer de ressentir les impressions d'une tristesse amère à la vue de tant de maux réunis, et de Tinutilité de tous les efforts qu'on faisait pour y remédier. Il se livra tout entier aux sollicitudes de la charité pour le soulagement spirituel et corporel des malades : rien ne lui coûta que de voir souffrir tant de malheureux sans pouvoir adoucir leurs peines. Les progrès rapides de la contagion avaient nM>ntré l'impuissance des moyens humains ; le P. de Britto comprit qu'il n'y avait plusd*espoir que dans les secours surnaturels et miracu-leux. Il proposa au capitaine de recourir à la puissante intercession de TApôtrede» Indes» dont le cœur devait s'in-> téresser vivement à la conservation de tant d'ouvriers destinés à continuer ses travaux apostoliques. On commença donc une neuvaine en l'honneur de saint François Xavier; en peu de jours une brise favorable vint arracher le vaisseau à l'influence terrible de la ligne et tous les malades recouvrèrent la santé. Les circonstances de cette délivrance ne laissèrent pas lien de douter de l'évidente protection du Ciel ; c'est ce que confirma le témoignage des
médecins pleinement instruits de la nature du mal et de la promptitude de la convalescence.
Un nouveau danger attendait les missionnaires au Gap de Bonne-Espérance : assaillis par ces tempêtes si fréquentes qui Tout fait nommer avec plus de vérité le Cap des Tourmentes, ils se virent plus d'une fois près du naufrage. Le succès de leur première neuvaine redou* bla leur courage; ils en commencèrent une seconde qui ne fut pas moins efficace. Le navire put continuer sa route au gré de leurs désirs. Us saluèrent en passant l'île de Madagascar, et arrivèrent à Goa. Ils furent reçus dans cette ville au milieu des congratulations et des embrassements, que les colons ont coutume de prodiguer à ceux que leur envoie la métropole, et en qui leur cœur semble retrouver un père, une mère^ un frère, en un mot,, la par trie. Après cet accueil si touchant, l'équipage se hâta d'at 1er acquitter ses vœux et offrir à Dieu ses actions de grâces auprès du tombeau de [saint François Xavier, dont il avait ressenti deux fois la puissante intercession.
Le P. de Brilto se joignit aux hommages et à la reconnaissance de tous ses, compagnons de voyage, mais un autre sentiment absorbait toutes les facultés de son ame. Près d'entrer dans la carrière de son aposlolat,^ il donna l'essor à l'ardeur du zèle dont il était enflammé. La passion de son cœur avait été de devenir le fidèle imitateur de saint François Xavier, et cette noble ambition, se ranima plus que jamais à la vue de son corps, consumé au service du prochain par dix ans d'immenses travaux, et que "Dieu glorifiait par l'incorruptibilité depuis plus d'un siècle. Mais il ne se fit point, du prodige qui le frappait, l'occupation d'un respect et d'une piété stériles; il y découvrit tout ce qui devait embraser ses désirs pour le salut des âmes, et tout ce qui pouvait lui assurer une efficace protection ponc
ce pénible ministère. Animé de ces nouTeaux motifs de zèle et de confiance» chaque jour ii se prosternait plusieurs fois au pied du saint tabernacle ; il y demandait, par la médiation de saint François Xavier, routes les Tcrtu» de Tapostolat, el soupirait après le bonheur de se sacrifier pour la gloire de Jésus-Christ.
Il demeura trois ans à Goa ; il employa les premiers mois de ce repos à compléter le cours de ses études théologiques, subit bient&t son exam^i général sur les matières contenues dans les trois parties de la Somme de saint Thomas > et étonna ses examinateurs par la profondeur el la solidité de son génie, non moins que par l'étendue de son érudition. Cependant cette étu(te n était pas Tobjet principal de ses pensées et de son application ; il était missionnaire , et pour s^ préparer à la carrière qu'il ambitionnait , il se faisait un Maduré dans sa cellule^ dormant sur la terre nue et ne mangeant que du riz » assaisonné de quelques herbes amères. 11 s'attacha surtout à l'élude des langues Indiennes • et il y fit des progrès si rapides, qu'au bout de quelques mois> il put se faire comprendre dans les instructions qu'il adressait an peuple : U commença dès-lors son apostolat, et s'employa à diverses missions dans les villes et les campagnes voisines, et partout il donna des preuves d'un zèle digne du ministère qu'il devait exercer chez les infidèles. U confessait assiduement, enseignait la doctrine chrétienne aux enfants, assistait les malades dans les hôpitaux et mendiait de porte en porte les secours destinés aux pauvres honteux.
A toutes ces saintes occui^tions, qui lui étaien/ presque journalières, il joignait des prédications fréquentes, et toujours suivies de fruits merveilleux. Portugais, Espagnols, Indiens » tous y accouraient et en sortaient pénétrés d'une vive douleur de leurs péchés. L'usure , la vengeance , le
dérèglement des mœurs furent les principaux ennemis que rbomme de Dieu se proposa d'attaquer et de détruire. Il y réussit à Tégard d'un très-grand nombre de pécheurs obstinés : les restitutions suivirent ses discours ; aux inimitiés héréditaires, succédèrent des réconciliations édifiantes et durables. Mais il eut beaucoup d*obstacles à vaincre de la part du libertinage. Le désordre était accrédité par Texemple et soutenu par Tautorité des plus riches habitants, et il était facilité par les rapports nécessaires qu'ils avaient avec les Indiens. Malgré le zèle apostolique des ouvriers évangéliques qui travaillaient à Goa, le vice s'y maintenait avec éclat et avec impunité.
Le P. de Britto vivement ému de l'état déplorable où il trouva la religion et les mœurs, crut devoir unir ses efforts à ceux des ministres zélés qui s'appliquaient à réprimer ces scandales. 11 eut recours à cette éloquence vive et pathétique qu'il avait reçue du Ciel. Non content d'attaquer publiquement les désordres, il alla visiter plusieurs de ceux qui étaient plus ouvertement plongés dans le vice , et il leur parla avec tant de force et d'onction , qu'il les détermina à rendre la liberté aux victimes de leur honteuse passion. L'enfer suscita contre son zèle bien des orages, dont il dut plus d'une fois subir la violence. Un jour qu'il rêvenait au collège , tout joyeux d'avoir sauvé deux jeunes personnes , il fut assailli par une troupe de libertins , qui le chargèrent de coups et le laissèrent à demi-mort sur la route. Le gouverneur informé de ces attentats, fit arrêter les auteurs , et se disposait à sévir contre eux selon toute la rigueur des lois. Le P. de Britto s'eslimant heureux d'avoir eu l'occasion de soufirir pour l'amour de Jésus - Christ, ne pensa qu'à témoigner sa reconnaissance envers l'auteur de toute grâce, par un acte admirable de générosité : il fit solliciter le pardon et la liberté des coupables; et dès qu'il
put marcher , il alla se jeter lui-même aux pieds du gouverneur , et il en obtint la grâce qui ayait été refusée aux premières instances de sa charité.
C'est par cet .exercice constant du zèk et de toutes les vertus que le jeune missionnaire préludait à son apostolat. Il voulut «l'y disposer encore plus efficacement devant Dieu., en se dévouant à s^ chère mission par un vœu spécial et irrévocable , qui lui fermât toutes les voies et lui ôtât même toute espérance de retour en Portugal. Ce n'est point par la générosité d'un premier sacrifice qu'un cœur docile à la grâce se croit assuré de sa constance ; une sage précaution Vengage à se conduire toujours comme s'il avait tout à craindre de lui-même , et il se plaît à soutenir sa fidélité en la fortifiant par de nouveaux liens qu'il ne puisse jamair rompre. Ainsi , comme nous l'avons vu dans le deuxième volume de cet ouvrage, le P. de' Nobili et plusieurs de ses compagnons s'engagèrent par un vœu perpétuel au genre de vie si austère que leur zèle leur avait inspiré pour le salut des Indiens. Animé par leur exemple, le P. de Britto voulut prévenir les dangers d'une inconstance dont sa vertu éprouvée semblait n'avoir rien à redouter. Non content de s'être engagé devant Dieu, il conjura les supérieurs de ratifier et de confirmer ses ^ints engagements. La mission du Maduré était l'objet de son ambition ; il y découvrait tout ce qui pouvait animer son zèle et contenter sa grande ame : des fatigues incroyables , une vie extrêmement dure et des persécutions continuelles , couronnées par d'innombrables conversions.
Un ordre du P. Provincial vint bientôt enflammer de plus en plus ses désirs , en encourageant ses espérances ; il prit congé de ses frères et de la ville de Goa , après avoir renouvelé son sacrifice sur le tombeau de saint François Xavier , et demandé à ce puissant protecteur toutes les dis-
posilions nécessaires au grand ouvrage qu'il allait entreprendre. Il était appelé à Ambalacate, Tille située au pied des montagnes d'Angamala, ainsi nommées parce qu'elles composent une longue chaiaequi représente la forme d'une scie. C'est le centre de la chrétienté de Saint-Thomas, dont nous avons parlé dans le premier volume (1) ; le collège ou séminaire d'Ambalacate pouvait être regardé comme la pépinière des missionnaires, non seulement parce qu'il formait «n grand nombre de prêtres indigènes , dits cattanares , destinés aux chrétientés de Saint-Thomas ; mais parce qu'on avait coutume d'y réunir les Pères nouvellement arrivés d'Europe , afin d*y attendre leur destination et de s'y préparer à l'apostolat, par h pratique de toutes les vertus qu'il exige et par l'étude des langues propres à chaque mission. Le P. de Britto, déjà suffisamment muni des connaissances et des vertus nécessaires , ne devait pas faire un long séjour au séminaire d'Ambalacate. Il n'y était venu que pour se disposer à la profession des quatre vœux, et il y consacra quatre semaines aux exercices de la retraite , selon la méthode de saint Ignace. Il en sortit embrasé d'un nouveau feu , que l'amour divin alluma dans son cœur , et qui éclata par les sentiments de la plus tendre piété , pendant qu'il prononça la formule de ses derniers engagements. La victinie était déjà préparée par une suite d'héroïques sacrifices ; elle s'offrit dans ce jour heureux avec une générosité qui ne pouvait être égalée que par la constance qu'elle montra dans son dernier sacrifice.
Le P. de Britto fit ses vœux solennels entre les mains du P. Biaise d'Azévédo, provincial du Malabare , au mois
(1> Voyez t. I, p. 176 et 257.
de marsderan 1680; il reçut sadeslinàtionpourk mission si cbère à son coeur, et se mit en ro^ pour le Maduré en compagine du P. André Fneire. Les lettres précédentes nous racontent ce voyage et nous offrent le tableau des httgues et des souffiranoes qu'il endura , et des succès qu'il obtint dans les premières années de se» apostolat. Nous lavons laissé au moment où , :si»taDt des prisons et des tortures^ il fut appelé à la cèie de la Pêcherie , par le P. Emmanuel Rodriguez , provincial du Malabare. C'est à ce point que nous reprendrons le fil de son histoire.
§ IL Le P* Jean de Britto repasse «n Europe en qualité de fttHsureur de la prommse»
Dès que le P. de Britto parut en présence du Père Provincial, cehii-^ci Taccueillit avec la tendresse que mécitait un martyr de Jésus-^Cliriât. Puis ilJui déclara que le P. Paëz, envoyé .comme procureur, étant mort au Cap de Bonne-Espérance, lui seul était capable de remplacer celui dont la province pleurait sijustement laperte ; que le crédit dont il. jouissait auprès du roi et ses liaisons Jnttmâs avec les seigneurs de la cour llaideraient eflicacement à rendre d!iniportants services à la Mission et à toute TEglise des Indes; qu'en conséquence il avait jeté. les yeux sur lui, et attendait ce témoignage de. son zèle et de son dévouement Là :pensée d'aller se >présenter à cette cour, où il avait passé ses jeunes années, et.oùi^devait rencontrer ses anciens amis, pouvait avoir des attraits pour un autre cœur; celui du mbsidnnaire n*y vit qu'un !sujet de douleur et d effroi. Cet homme inébranlable et insensible au milieu des tortures, fut terrassé par les perdes qui venaient de lui être adresaies. Stupéfait et sans pouvoir répondre autrement que par ses larmes et ses sanglots, il se
juta à genoux aux pieds de son supérieur, et, après quelques instants de silence, il le conjura de le dispenser d'un voyage pour lequel il sentait une répugnance insuroiontable. Son humilité industrieuse ne manqua pas de lui suggérer une foule de raisons qui lui semblaient péremptoi* res : la faiblesse de sa santé, 1 épuisement de ses forces, mais surtout le salut de tant d'ames , le vœu qu*il avait fait
de se consacrer à leur conversion jusqu'à la mort
Le Père Provincial le laissa donner un libre cours à sa douleur, et tâcha de le consoler et de le persuader; il lui parla avec la confidence de Tamitié, et répondit à chacun de ses ai^iments ; mais, voyant qu*il y perdait sa peine, il prit le ton de Tautorité^ et lui parla dans ces termes : « Mon Père , vous n*étes pas entré dans la Compagnie pour suivre votre jugement et faire votre volonté, mais pour obéir aux ordres de Dieu, qui vous sont manifestés par les supérieurs. Je connais le besoin que les chrétientés ont de missionnaires et celui que la province a d'un Procureur5 et, pour la plus grande gloire de Dieu, je juge convenable et je veux que vous soyez Procureur plutôt que missionnaire.» Le P. de Britto était avant tout enfant d'obéissance ; il courba la tête , et offrant à Dieu un sacrifice moins sanglant, mais plus sensible à son cœur que celui qu*il venait d'accomplir sous les coups des bourreaux, il accepta avec promptitude les dispositions de la divine Providence. Le Provincial, l'ayant de nouveau embrassé et arrosé des larmes de joie que lui arrachait la vue d'une si rare vertu , lui donna à la hâte ses instructions* et lui enjoignit de partir sur-le-champ pour Goa, afin de ne pas perdre l'occasion favorable. En effet, il arriva à Goa au commencement de janvier 1688, au moment 011 le vice-roi, Fr. de Tavora, s'embarquait pour Lisbonne ; il fut reçu avec joie par ce seigneur aussi bien
qiie par tout Téquipage ; tous se félicitaient de faire lu traversée avec un homme qu'ils vénéraient comme un saint et comme un martyr. Après un heureul voyage, dans le^ quel le serviteur de Dieu fit admirer constamment son hu"milité, sa charité et son zèle, il débarqua à Lisbonne vers la fin de Tannée 16S8, alla se présenter aux supérieurs^ et se mit à leur disposition^
Dès que la nouvelle de son arrivée fut connue, les per* sonnages les plus distingués s'empressèrent de venir le fé-^ liciter de son heureux retour. Une circonstance contribua beaucoup à augmenter cet empressement : la lettre qu'il avait écrite de sa prison du Marava, et dans laquelle il donnait à son Provincial tous les détails de ses soufirances, était parvenue à Lisbonne peu de temps avant loi, et avait été copiée et répandue dans toute la ville ; tous, grands et petits, voulaient voir celui qu'ils révéraient déjà comme un confesseur de la foi. 11 demanda une audience à Leurs Majestés portugaises , pour leur offrir les hommages de l'amour et de la vive reconnaissance de tous les missionnaires. Dom Pèdre raccueillit avec la tendresse qu'il conservait toujours pour Tamî de son enfance, et avec la vénération que^ lui inspirait la vue d'un homme dont l'héroïque vertu avait si glorieusement servi la religion et honoré sa patrie. Il voulut lui-même le conduire à l'appartement de la reine, qui le reçut avec des témoignages éclatants d'estime et d'affection. Persuadée de son crédit auprès de Dieu, et désireuse d'en ressentir plus efficacement les effets, elle voulut avoir la consolation d'assister h sa messe et de communier dç sa main. Le P. de Britto se rendit au palais, et satisfit à la confiance et à la piété de la reine.
Cependant donna Béatrix Péreïra sa mère, qui vivait encore, lui fit dire que ses infirmités ne lui permettant pas
d'aller le voir, die le conjurait de venir la consoler. Le Père lui adressa aosnlôt une lettre pleine de tendresse frliale, en attendant qu'il pût aller loi demander sa bénédiction et loi porter une coœolstion qu'elle méritait à lant de titres. Il se hâta d'écrire aa Père Général Tyrse Gonzalez pour lui rendre compte des affaires de sa province , et il le fit avec toute la clarté possible^ en le priant de le dispenser du voyage d'Italie» dont la longoeur retarderait de beaucoup son retour et priverait ses néophytes des secours qu*d espéraR leur porter; il cachait ainsi soos le voile du zèle les craintes, que lui inspirait sa profonde bmnilité, de se voir, à Rome, Tohjet des attention» et des louanges.
Quelque honoré qu'il fût à la cour et dans Lidsooae, rhmnble missionnaire n'en était pas moins détaché de tout ce qui aurait pu flatter tout autre cceur que le sien ; sa continuelle mortification répondaM à son ^ir pénitent. Il avait conservé son costume indœn, et le portait par-dessus sa sotttaM; mais sa vie tout apostolique relevait encore les dehors édifiants sous lesquels ae montrait Tapôtre. Il ne se nourrissait que de riz et de légumes ; il ne buvait point de vin, et couchait sur la dure ; qnekiueTois un ais , d'autres fois une peau d'ours , lui servaient de lit sur le plancher de sa chaml»re* Le nonce du Pape Tinvita un jour à sa table ; le respect Tobligea à déroger eu cette circonstance à la loi qu'il s'était Taite de ne prendre aucun repas hors du collège,, mais ce fut à conditioA qu'il ne s'écarterait en rien de son genre de vie austèxe et qu'on ne te contraindrait pas à toucher aux autres mets*
Après s'être acquitté des premiers devoirs de reconnaissance et de respect, le P. de Britto se mit à remplir l'obligation que lui rappelait sa charge de député du Malabare. Son objet principal était de s'associer des miasionnaires pour ces vastes régions; personne n'était plus
capaUe que lui d'apprécier les qualités de Tame et du corps nécessaires à ce ministère important. Il visita les deux célèbres académies de Ck>unlHre et d*Evora, où il espérait trouver facilement les ouvriers qui lui convenaient. Dès qu'il y parut, une foule d'étudiants zélés pour le salut des âmes se présenta et demanda les missions. Le récit qu'on leur avait fait des persécutions que le P. de Britto avait soutenues pour la foi, et des conversions admirables qu'il avait opérées parmi les Indiens, enflammait les cœurs de cette ardente jeunesse. Plusieurs le vinrent trouver les larmes aux yeux, et, prosternés à ses pieds, ils le conju* rèrent de ne pas leur refuser la grâce de partager son apostolat. Travaux, fatigues immenses, disette, persécutions continuelles, tout fut opposé à leurs instances, pour éprouver leur courage ; et ce tableau, loin de ralentir leur ardeur, ne fit que l'exciter davantage. Cependant le P. de Britto ne jugea pas à propos de se rendre aux désirs de tous ceux qui se présentaient ; il se contenta de choisir d'abord six d'entre eux, qui finissaient le cours de leurs études, et réunissaient les talents et les dispositions convenables ; il laissa aux autres le temps de mûrir leur vocation.
Mais il ne borna pas son choix aux six étudiants dont on vient de parler. Il s'associa encore plusieurs autres Pères dont les talents, déjà éprouvés et développés par l'expérience, pourraient être mis en œuvre aussitôt qu'ils seraient arrivés au Maduré. 11 y en avait parmi eux qui occupaient avec distinction les premières chaires des plus fameuses universités de Portugal. La présence du saint missionnaire et l'estime qu'ik avaient conçue pour lui firent sur leurs cœurs ta même impression quils avaient produite dans ceux des jeunes étudiants. Ils sollicitèrent i&stamment auprès des supérieurs la grâce de suivi*e le
P. de Bdtto ; et leurs demandes fureat accordées. Le regret de perdre en eux d*excellents maîtres dans les sciences divines et humaines, dut céder à la pensée du bien plus grand qu'ils pouvaient faire auprès d^ infidèles dans les Indes. La Mis^n du Maduré et la nature des difficultés qu'elle rencontrait ne demandaient pas seulement des hommes d'un tempérament rd>u8te et d'une vertu éprouvée ; il fallait encore des caractères bien trempés, une capacité peu ordinaire, et des connaissances assez étendues pour braver les colères, déjouer les artifices et confondre la fausse science des brames.
Heureux de se voir entouré de si dignes coopérateurs, le missionnaire profita du temps qui lui restait, pour les former à toutes les œuvres qu'ils allaient exercer ; sans leur laisser ignorer tout ce qu'il y avait de pénible dans le genre de vie qui les attendait aux Indes, il les animait par la vue des avantages précieux attachés à ce martyre lent et volontaire. En maître habile» il étudia d'avance les différents caractères de ses compagnons, afin de préparer les destinations que les supérieurs pourraient assigner à chacun d'eux. Chaque jour il leur adressait une instruction sur les principaux devoirs du missionnaire; trois fois par semaine il les conduisait aux hôpitaux pour servir les malades ; les autres jous il les envoyait aux diverses églises de Lisbonne pour y faire le catéchisme aux enfants. Pour les dimanches et les fêtes, outre les confessions auxquelles il consacrait toute la matinée avec ses compagnons, il les conduisait après midi dans quelques bourgades voisines pour y annoncer la parole de Dieu, Tous firent sous cet excellent maître l'apprentissage de lenr apostolat et ils se montrèrent dans la suite ses parfaits disciples et ses fidèles imitateurs*
Le zèle du P. de Britto fit encore d'autres conquêtes
qui ne lui causèrent pas moins de joie : il lui suscita des coopérateurs au milieu même de la jeunesse mondaine et dans les rangs les plus élevés de la société. On Tobligeait, partout où il se présentait, à donner des détails sur les contrées qu'il avait évangélisées, sur les mœurs de leurs habitants et sur la richesse de leurs productions ; ses récits pleins d'intérêt étaient accueillis avec bonheur et excitaient de plus en plus la curiosité. Il se dédommageait de la peine qu'il prenait de la satisfaire par le soin qu'il avait de faire admirer encore plus les richesses de la grâce que Dieu répandait continuellement sur ces peuples. Tout ce qu'il racontait alors des miséricordes divines sur les nouveaux chrétiens du Maduré ne se bornait pas à l'amusement d'une curiosité stérile. Il avait l'art de mêler à ses discours des réflexions propres à toucher les vieux chrétiens de l'Europe, étales rappeler aux devoirs de la piété, par l'exemple de celle qui régnait dans ces chrétientés naissantes ; et Tardeur qui l'animait pour la gloire de Dieu produisait souvent de merveilleux effets dans le eœur de ceux qui l'entendaient.
Un jour qu'il racontait dans une nombreuse société différents traits de la constance de ses néophytes ait milieu des persécutions , il vit l'inquiétude et le trouble se peindre sur la figure d'un jeune seigneur, qui Técoutait avec une attention extraordinaire* Il continue la ccmversation sans paraître remarquer la contenance embarrassée de son auditeur ; mais à peine rentré au ccdlége ^ il le voit arriver baigné de larmes et se jetant à ses pieds ; il le relève et lui demandé avec bonté le motif de sa visite et la cause de sa douleur, a Ah ! mon Père , s'écrie le jeune homme, d'une voix entrecoupée de sanglots ; vous voyez devant vous le plus lâche des chrétiens. Il y a trois années que la grâce me presse de rompre mes liens-.ua malheureux respect
humain me retient. Je crains les discours du monde, et je me persuade que je n aurai jamais la force d*y résister. J'ai abandonné tout exercice de religion ; je suis Tesclaye d'une foule de faux amis qui m'entraînent parleurs sollicitations et leurs exemples ; je n*ose me déclarer ouvertement contre desdérèglementsque je condamne en secret, et je semble même les approuver par mes indignes liaisons. La gêné* rosité des chrétiens de l'Inde me couvre de honte ; je veux sortir d*un esclavage qui coûte tant à ma conscience , et puisque le monde me perd , je quitte le monde en ce moment même, et je viens vous supplier de m*associer au nombre de ceux qui doivent vous suivre à ta conquête des âmes.»
Le P. de Britto bénit Dieu de la victoire que sa grâce venait de remporter dans ce jeune coeur ; il s'empressa de confirmer ses dispositions et de soutenir son courage. Cependant il ne crut pas à propos de consentir encore à sa séparation du monde ; il voulut qu'il s'éprouvât en y vivant avec une piété exemplaire , et il le confia pour la conduite de son ame à un directeur éclairé. Le généreux prosélyte persévéra dans sa ferveur , entra deux ans après dans la Compagnie de Jésus^ et consacra le reste de ses joui*s aux missions des Indes;
Il ne suffisait pas de procurer an Madnré de nouveaux ouvriers, il fallait surtout fournir à leur subsistance. Le défaut des ressources était la grande phié de cette mission et l'objet des gémissements continuels des missionnaires , comme on Ta vu dan* les lettres précédentes. La prévoyance paternelle du P. de Britto s'appliqua à remédier efficacement à cette disette , qui menaçait d'une ruine certaine cette mission florissante. Le roi daigna la prendre sous sa protection , et lui assigna des revenus dignes de sa libéralité. Rien ne semblait plus retenir le Procureur dut Maduré ; un renfort considérable de vaillants ouvriers était
à sa disposition ; la bienveiUaoce du roi , le zèle des ministres, qui n'osaient, disaient- ils, refuser aucune des demandes proposées par un saint , tout concourait à hâter Texpédition des affiures importantes dont il avait été chargé. De son côté le missionnaire était impatient de partir ; cet air de la cour semblait gêner sa respiration , en même temps qu'un vague pressentiment, excité par ses anciennes liaisons , lui faisait toujours craindre quelqu'empéchement à sa carrière apostolique* Bientôt il reconnut que ses craintes n'étaient que trop fondées.
L'aifection que Dom Pèdre M avait vouée depuis son enfance s'était fortiiiée par la haute idée, qu'il avait conçue de sa vertu et de sa sagesse ; il avait admiré sa prudence dans la négociation des afihires importantes qu'il avait traitées avec lui ; il ne pouvait se résoudre à peardre un honune qu'il jugeait lui être nécessaire , et désirait l'attacher [à sa cour, en qualité de précepteur de son fils, le prince du Brésil, qui régna ensuite sous le nom de Jean V. Il laissa d'abord entrevoir ses vues par des insinuations que le P. de Britto fît semblant de ne pas comprendre ; puis, rayant pris à part, il aborda franchement la question, et lui déclara ses projets et sa ferme volonté. Le Père remercia le roi de la bienveillance dont il voulait bien l'honorer ; mais il s'efforça de se soustraire à un fardeau qu'il croyait au-4essus de ses forces. Son humilité lui fournit sans peine les raisons les plus convaincantes, à son avis, pour prouver son incapacité ; puis, s'adressant à la piété et à la tendresse du prince, il le conjura, par tout ce jqu'il avait de plus cher, de ne pas mettre obstacle à son retour vers ses néojdiytes, de ne pas le condamner à mener, loin de sa Mission» une vie pkine d'amertume et de remords : comment , en effet, pourrait-il penser sans douleur à tant de milliers d'ames qui se perdraient , tan-^
^ 430 — dis que lui il resterait oisif et inutile à la cour? <( Mais, répondit le roi, en demeurant à la cour, vous pourrez envoyer aux Missions un plus grand nombre d'ouvriers travailler ainsi par les mains de tous, et rendre à Dieu et à la religion des services plus importants. — Non , Sire , reprit le missionnaire, non, je ne puis, en restant dans Toisiveté de la paix, envoyer les autres à la guerre. Eh l qui voudrait se rendre à mes invitations, quand mon exemple contredirait mes paroles ? J'en appelle à la conscience de Votre Majesté, elle ne peut sans scrupule fermer la porte du ciel à tant d'ames qui tombent en enfer. »
Cependant le P. de Britto, qui avait cru devoir résister de toutes ses forces aux premières propositions du roi, afin de conserver aux supérieurs toute liberté de disposer de sa personne, ne pouvait se dissimuler les avantages que sa présence à la cour pouvait procurer à TEglise des Indes. 11 n'osa pas prendre sur lui la responsabilité d'une afiaire où la gloire de Dieu se trouvait grandement intéressée, et il adressa au Père Général sur cette question une lettre qui se conserve aux archives du Jésus à Rome ; elle donne une nouvelle preuve de sa sagesse non moins que de son abandon à la conduite de ses supérieurs.
De son côté, le roi, dont la conscience délicate avait été inquiétée par les considérations du P. de Britto, craignit de décider la question par sa propre autorité. Il assembla donc quelques docteurs, leur exposa ses désirs et les raisons que le Père y avait opposées, les chargea d'examiner mûrement devant Dieu, s'il pouvait en sûreté de conscience retenir le missionnaire du Maduré pour lui confier les emplois qu'il lui destinait. La réponse des docteurs fut que la volonté de Dieu était trop clairement manifestée pour qu'il fût permis d'y résister. Le roi hésita encore quelque temps, et céda enfin aux instances réitérées du
Missionnaire. Dans le même teinps arrivèrenfde Rome les lettres du Père Général, qui le dispensaient de son voyage ditâlîe, et rengageaient à repartir pour les Indes» dès qu'il aurai! obtenu Tagrénfient de Sa Majesté.
Le P. de Britto dégagé de toutes les entraves qui Tar r^taient^ béait Dieu de cei heureux dénouement et no pensa plus qu'au Madnré. Impatient de revoir ses néophytes et les contrées qu'il avait arrosées de ses sueurs et de son sang« et où il avait laissé son cœur, il se rendit avec ses compagnons au palais du roi, pour le remercier de toules ses bontés, et lui offrir leurs hommages. De là il envoya ses compagnons à bord du vaisseau, et rentra au collège pour terminer quelques affaires. Le lendemain matin il se hâtait de les rejoindre, lorsqu en passant devant le palais du marquis de Marialva, il fut arrêté par cet intime ami, qui le pressa de se présenter encore une fois à leurs Majestés ; il résista longtemps à ses instances par la crainte de manquer les vaisseaux, et se rendit enfin sur Tassurance que lui donna le Marquis de le faire conduire s*il était nécessaire sur son brigan tin jusqu'à la flotte. Le roi et la reine lui réitérèrent les témoignages de leur affection et du regret que leur causait son départ , lui présentèrent la famille royale et le prièrent de donner à chacun ses conseils et sa bénédiction. Cependant le temps s'écoulait, et les courtisans, à Texemple et d'après l'intention de leur maître, inventaient mille moyens de distraire et retarder le missionnaire. Il s'aperçut trop tard du piège qu'on lui avait tendu, prit congé de la cour , courut au port, et se jeta précipitamment sur le brigantin qui l'attendait.
Mais déjà les ancres étaient levées, et la flotte royale, TOguant à pleine voiles, allait si vite qu'il était impossible à une petite chaloupe de l'atteindre. Efifrayé de ce
danger imprévu, le P. deBrittoeol recours à ^înt François Xavier, son refuge ordinaire; quelques instants après, le marquis d' Allégrette, surintendant du port, qui Tenait d'accompagner la flotte jusqu'i Teinbouchure d» port, et qui n'avait pas eu le temps de recevoir les ordres de la cour, détacha un bâtiment pour 'conduire le Père à lamirauté. Ce secours fut providentiel ; sans lui, non-seukment le brigantin ne pouvait rejoindre la flotte, mais les efforts qu'il faisait pour accélérer sa marche l'exposaient au risque de se briser contre les éoueils, La joie de l'arrivée du P. de Britto dissipa la douleur et .les craintes que son absence avait causées à ses compagnous. Il lesembrassa tous avec tendresse, rendit à Dieu ée vives actions de grâces, et se mit à l'instant au service de l'équipage. Une maladie se déclara panni les passagers et enleva plus de quarante d entre eut ; ce fut pour son ame généreuse une occasion d'exercer son «èle et sa charité , mais son corps ne p»t résister à Texcès de la fatigue, il tomba malade et fut bientôt réduit à la dernière extrémité, fiom Cbristof^e , qui l'assistait , ayant témoigné la crainte de le perdre , « j)assurez-vous , lui dit le serviteur de Dieu j réservez Yotre sollicitude pour mes confrères; quant à ma vie , il n'y a aucun danger , trop de catéchumènes attendent mon retour au Maduré. » L'événement vérifki ces paroles : le malade guérit en peu de temps , et deux de ses convpagnons furent du nombre des victimes.
Le P. de Britto sembla ne reprendre ses forces que pour les consacrer au soulagement des malades. La lettre suivante, qu^'il écrivit à Fernandez de Britto, son frère, nous donne une idée des peines qu'il endura dans celte traversée : « Je suis arrivé après une navigation de sept mois ; leurs majestés m'ont accablé de faveurs, parmi lesquelles la plus chère à mon cœur est la permission qu'elles m'ont
accordée de me rendre à ma mission. J'ai fait sur le vaisseau une grave maladie dont la divine bonté m*a délivré ; mais j*ai eu à regretter la perte de deux excellents Pères dont la vertu et les talents promettaient beaucoup. J'espère que le Seigneur me remettra une partie de mes dettes , en considération de ce que j'ai souffert dans ce voyage : la maladie, le frdd, les chaleurs, le calme plat, les vents contraires , la fatigue et Tépuisement : tout semblait vouloir m'aider à expier mes péchés. » Dieu récompensa 4ant de soufibrances et de dévouement par d'abondantes consolations intérieures et par les fruits de salut qui couronnèrent son zèle.
Le P. de Britto fut reçu à €roa avec Fempressement et les démonstrations d'allégresse qui étaient dus à son mérite. La crainte trop légitime qu*on avait eue de le perdre, augmentait la joie que son retour faisait éclater dans/les régions où il était déjà si cher. On y célébra son arrivée avec tout l'appareil de la fête la plus pompeuse. Les séminaristes du collège de Sainte-Foi vinrent au devant de lui au son des instruments, et pendant plusieurs jours ils cherchèrent à le délasser, par des concerts spirituels, des fatigues qu'il avait essuyées pendant son pénible voyage. C'était un trésor que les Indes retrouvaient et dont on connaissait tout le prix. Il était naturel qu'une jeunesse destinée à marcher un jour dans la carrière de l'apostolat témoignât tant de bonheur , en possédant celui dont elle devait faire son modèle. Toute la viUe prit part à la joie ; et le nouveau vice-roi Martinez Mascaregnas donna lui-même les témoi* gnages les plus touchants de son estime et de son affection.
Mais tant d'honneurs et d'applaudissements ne firent qu'augmenter dans le P. de Britto le désir de s'y dérober au plus vite. Il écrivit au P. Provincial du Malabare , lui
tendit compte de son yoyage et lui demanda la permission de repasser directement au Maduré. Le P. Provincial le remercia des immenses services qu'il venait de rendre à l'Eglise des Indes, le félicita de ses succès et le pria de venir le joindre sur la côte de la Pêcherie , afin de concerter avec les missionnaires les plus expérimentés ce qu'il y avait à régler pour le bien de la religion. Il obéit , et après avoir pris les arrangements nécessaires , il fut envoyé dans la mission avec la qualité de visiteur. La colonie française de Pondichéry avait rendu de signalés services aux diverses missions, qu'elle soutenait par sa protection et qu'elle aidait de ses libéralités ; les missionnaires avaient en particulier de grandes obligations à M. Martin , directeur général du commerce, dont le roi très-chrétien venait de récompenser les mérites en lui accordant des titres de noblesse. Le P. de Britto se fit un devoir d'aller offrir à tous les principaux habitants de cette illustre colonie les hommages de sa profonde estime et de sa vive reconnaissance , et il se les attacha si étroitement par l'amabilité de son caractère et le charme de ses vertus , qu'il s'en fit des amis intimes et des protecteurs dévoués pour la propagation de TEvangile. Les Jésuites français que la divine providence avait récemment conduits dans cette ville, et qui commençaient à s'y former un établissement , ne furent pas moins heureux de posséder un tel hôte ; il les édifia autant par la sainteté des ses conversations que par l'austérité de sa vie ; mats son impatiente charité ne lui permit pas de faire un long séjour à Pondichéry. #
§ ///. Travaux du P. J. de Britto après son retour dans la mission du Maduré.
11 serait difficile d'exprimer les transports de joie et les ardeurs de ^èle qui poussaient cet homme apostolique
vers Tancien théâtre de ses travaux et de ses souffrances. Il croyait entendre la voix de ses chers néophytes qui rappelaient et des païens qui soupiraient après leur libérateur ; et son cœur allait répétant avec l'Apôtre des gentils : a La charité de Jésus-€hrist me presse , chantas Chrisii urget nos.,.. y tU qui vivunt jam non sibi vivant^ sed ei ,qm pro ipsis mortuus est et resurrextt. id Cette divine charité centuplait ses forces : on le vit successivement dans les diverses chrétientés de la mission remplir les missionnaires d*une nouvelle ardeur, les réjouir par sa présence, et les enflammer par ses paroles et par son exemple. Mais qui pourrait dire la joie que son retour excita parmi les chrétiens qu'il avait enfantés à Jésus-Christ , et surtout dans le Marava dont il était Tapôtre! C'est là que son cœur le porta , dès qu'il eut rempli les devoirs les plus pressants de sa charge de visiteur ; ses soins étaient d'autant plus nécessaires à ces chrétientés » que depuis son départ elles avaient été presque abandonnées, car les missionnaires n'avaient pas osé rentrer dans ce royaume , de peur d'attirer de nouvelles persécutions contre les néophytes. Comme son zèle était réglé par la prudence , la même crainte l'empêcha de pénétrer dans ces contrées ; mais pour se mettre à la portée des Maravers , il se fixa dans les états du seigneur de Mouni , qui, bien que vassal du roi de Maduré , jouissait d'une autorité absolue. Le P. dé Britto lui rendit visite et en obtint une pleine autorisation de s'établir sur ses terres, d'y prêcher Tévangile et d'y construire des églises. Muni de cette patente , le Père fixa sa résidence sur les confins du Marava , afin qu'elle pût servir aux habitants des deux états. Le concours fut si grand et la grâce de Dieu si puissante , qu'en peu de mois il baptisa plus de 8,000 païens. L'église qu'il avait constiiiite se trouvant trop petite pour la foule , il installa son autel , sa chaire et
son confessionnal au milieu d'une vaste plaine , ayant le soleil pour voûte et rhorizon pour limites. Les témoins dont on reçut les dépositions juridiques , dans les procèsverbaux dressés par ordre de Tévêque de Mailapour, attestèrent que souvent les catéchistes étaient obligés de lui soutenir les bras , pendant qu'il conférait le saint baptême aux catéchumènes.
Gommé il était impossible que tous les Maravers vinssent à réglise de Mouni et y restassent le temps nécessaire pour s'instruire et se préparer au baptême, le Père fonda secrètement trois chapelles dans les bois du Marava, et y établit des catéchistes chargés d'instruire parfaitement les catéchumènes, et de les lui amener par troupes, tout disposés à recevoir le sacrement de la régénération. Luimême se rendait de temps en temps et en cachette à ces chapelles, pour consoler et encourager les chrétiens, et surtout pour attirer les païens à la foi. Dieu bénissait ses fatigues et secondait son zèle, en opérant une foule de guérisons prodigieuses, et en chassant les démons par la vertu du signe de la croix, de l'eau bénite et du saint baptême.
Excité par le bruit de ces merveilles, un prince du Marava, nommé Tériadéven , qui se mourait d'une maladie contre laquelle les médecins et leurs remèdes étaient impuissants, envoya une ambassade au serviteur de Dieu , le priant de venir le voir, et l'assurant qu'il voulait se faire son disciple et embrasser la nouvelle loi qu'il prêchait. Le Père, ne croyant pas devoir se rendre à la première invitation dans une province dont l'entrée lui avait été défendue sous peine de mort en i686, députa au prince un catéchiste très-savant et très-adroit, chargé de sonder les véritables dispositions du malade, et, s'il était sincère, de l'instruire et de le préparer au baptême. Le catéchiste
— 437 — • trouva le prince luttant avec la mort ; il tâcha de lui inspirer une grande confiance, et récita sur sa tête le Credo et un évangile. A l'instant même le malade se leva parfaitement guéri , sans qu*il lui restât la moindre trace de son infirmité. Frappé d'un miracle si étonnant et touché de la grâce de Dieu, Tériadéven résolut d'embrasser la religion de Jésus-Christ, et se mit de suite à en apprendre les mystères; puis il pressa de nouveau le missionnaire de se rendre auprès de lui.
Le P. de Britto hésita longtemps entre Tespéranee de faire dans ces provinces de glorieuses conquêtes à Jésus- Christ et la crainte d'y renouveler la persécution contre les chrétiens; ne voulant pas se décider par lui-même, il convoqua les catéchistes et quelques néophytes les plus versés dans la connaissance des mœurs et des lois du pays, et leur exposa ses raisons et ses doutes. Tous furent d'av:s de profiter d'une occasion ménagée par la divine Providence, et qui promettait à la religion un si puissant appui et une si heureuse influence sur les Idolâtres. Dès-lors le fervent missionnaire n'écouta plus que son zèle ; il partit à la hâte, et arriva au palais. Tériadéven le reçut comme un ange envoyé du ciel, et le conjura de l'admettre au nombre des enfants du vrai Dieu. Le Père l'examina, et le trouva parfaitement instruit de toutes les vérités de la religion ; les dispositions du cœur répondaient à la préparation de l'esprit, mais il restait un terrible obstacle. Le prince avait cinq femmes et plusieurs concubines, qui étaient ou princesses ou parentes des plus nobles familles du royaume. 11 fallait les répudier; mais alors, réduites à l'état le plus humiliant, dans l'impossibilité de passer à de secondes noces, et méprisées de tout le monde , elles ne manqueraient pas de se venger en soulevant une afireuse persécution contre la religion. Ces pensées déchiraient le cœur
du missionnaire ; cependant, comme il ne pouyait en conscience refuser la grâce du baptême à un prince qui la demandait avec tant d'ardeur , il crut devoir se reposer sur les soins de la Providence ; il répondit donc à Tériadéven que la loi de Jésus-Christ exigeait une grande *pureté de vie, et ne permettait qu'une seule femme.
Ces paroles ne firent qu'enflammer davantage les désirs du noble catéchumène : a Cet obstacle, réptiqua-t-il, sera bientôt levé et vous aurez lieu d*étre content de moi. » Le Père lui suggéra les ménagements propres à préparer et adoucir le coup terrible dont les épouses allaient être frappées. Rentré dans son palais, le prince les réunit : « Vous savez, leur dit-il, le prodige qui m'a rendu la vie, quand déjà j'étais mort pour vous et que vous vous disposiez à vous brûler vives sur mon cadavre ; mais le vrai Dieu ne m'a conservé cette vie que pour la lui consacrer en embrassant sa divine loi. Cette loi m'impose un douloureux sacrifice, car elle me défend d'avoir plus d'une épouse ; consolez- vous cependant, je conserverai toujours pour vous la même affection, je vous regarderai comme mes sœurs et pourvoirai avec libéralité à votre entretien.»
Le P« de Britto, ne pouvant douter de la volonté de Dieu, qui inspirait tant de courage au généreux catéchumène, s'arrêta quelques jours dans son palais, pour y célébrer la fête des rois mages, et lui conféra le saint baptême, ainsi qu'à deux cents païens qu'il avait préparés depuis son arrivée. Puis il se réfugia dans son église de Mouni, après avoir exhorté les néophytes à la persévérance, malgré toutes les persécutions. La tempête qu'il prévoyait ne tarda pas à éclater. Le discours de Tériadéven avait jeté ses femmes dans une profonde consternation; car rien ne pouvait remplacer pour elles le titre d'épouses, dont la privation les couvrait d'ignon^inie. La
plus jeune d*entr'elles fut la plus vivement blessée. Elle n'épargne d'abord ni larmes ni prières pour gagner son époux et lui faire changer de résolution ; mais voyant ses efiforts inutiles, elle se livre à une fureur qui ne garde plus de mesures. Résolue de venger cette injure sur le P. de Brittoet sur les chrétiens, elle s'adresse à son oncle Ranganâdadéven, roi de Marava, elle se jette à ses genoux, l'attendrit par ses larmes et ses cris lamentables ; d'une voix entrecoupée de sanglots, elle raconte son malheur, et implore une vengeance éclatante contre l'infâme magicien qui a ensorcelé Tériadéven.
En sortant du palais, elle court comme une furie chez le chef des brames, nommé Pompavanan, fameux par ses impostures et plus encore par sa haine contre les missionnaires et surtout contre le P. de Britto. Elle û'a pas de peine à le faire entrer dans ses projets; il a lui-même à venger son honneur et ses intérêts contre un homme qui lui enlève ses disciples et l'a réduit à une extrême pauvreté. Heureux de trouver une si belle occasion, il assemble tous les brames, délibère avec eux sur les moyens de perdre Tennemi commun et de détruire la religion chrétienne. Après avoir concerté leurs intrigues, ils se présentent à la cour en grande foule et avec des démonstrations extraordinaires de douleur, de rage et de menaces. Ils représentaient au roi toutes les populations embrassant la secte infâme des pranguis, les dieux méprisés, les temples abandonnés, les châtiments du Ciel prêts à pleuvoir sur le royaume . Il n'en fallait pas tant pour décider Ranganâdadéven, continuellement assiégé et pressé par les cris et les larmes de sa nièce. Il ordonne sur-le-champ de piller les maisons des chrétiens, de brûler leurs églises et de lui amener le prédicateur delà nouvelle loi. Cet ordre est aussitôt exécuté dans toute sa rigueur ; un grand nombre de familles
sont entièrement ruinées et obligées de chercher leur salut dans l'exil. Les soldats chargés de cette expédition se divisent en quatre bandes , dont trois sont dirigées vers les trois chapelles du P. de Britto avec ordre de les détruire et de faire prisonniers les catéchistes ; la quatrième se porte sur l'église de Mouni, résidence ordinaire du Père, quoi qu'elle soit située hors des états du prince Maravcr.
% IV. Souffrances et martyre du P. J. de Britto.
Dieu sembla avoir révélé à son serviteur le sort que ses ennemis lui préparaient ; car» après avoir célébré le 8 janvier la sainte Messe, pendant laquelle il communia un grand nombre de chrétiens, il engagea, contre sa coutume, tous les fidèles à se retirer chez eux, et, comme plusieurs ne se pressaient pas de partir, il réitéra plusieurs fois cet avis, et en des termes si forts, qu'ils inspirèrent quelque inquiétude. 11 resta seul avec un brame chrétien. Quelques heures après, on lui annonce qu'un corps de cavalerie vient Tarréter ; loin de fuir le danger, il s'avance au devant des soldats avec un visage rayonnant de paix et de joie. Aussitôt ces barbares se jettent sur lui , Tassomment de coups, et le chargent de chaînes ainsi que son catéchiste. Deux jeunes néophytes, dont le plus âgé n'a pas encore quatorze ans, touchés des cruautés et des opprobres dont on l'accable, et plus encore de la patience et de la joie qu'il montre au milieu de tant de souffrances» courent avec une ferveur inexprimable embrasser leur maître dans les fers, et protestent qu'ils ne l'abandonneront jamais. Les païens, ayant essayé en vain de les chasser, garrottent aussi ces deux innocentes victimes, et les joignent à leur Père.
Quatre soldats tenaient en laisse les quatre prisonniers^ et les faisaient courir derrière leurs chevaux. Bientôt les forces manquèrent au P. de Britto : épuisé par les travaux de Tapostolat et les austérités de la pénitence, il tombait à chaque pas, et ses bourreaux impitoyables le forçaient, à coups de rotin, à se relever et à courir. Il soutint plusieurs heures cette marche forcée ; pendant que ses pieds ensanglantés laissaient partout les traces de son passage» son ame suivait avec bonheur les traces de son divin Maître montant au Calvaire, et cette pensée adoucissait toutes ses souffrances. Arrivés à un gros bourg nommé Ânou* mandacouri; les soldats voulurent exposer leurs prisonniers aux insultes et aux outrages des idolâtres qui accouraient de toutes parts. A cette Qn, on les (it monter sur un tér^ espèce de char en forme de tour pyramidale, destiné à porter les idoles dans les processions. Us y restèrent toute la nuit et une partie du jour suivant De là ils continuèrent leur route jusqu*à Ramanadabouram » capitale du Marava, où ils arrivèrent le 11 janvier. Ils furent jetés dans un horrible cachot, qui s'ouvrit le lendemain aux catéchistes conduits par les trois autres détachements de soldats. Dès que le P. de Britto les vit entrer, il courut à eux, les embrassa, baisa dévotement leurs chaînes, et les remplit de ferveur et de courage par les paroles enflammées que lui dictait son cœur. Ils répondirent parfaitement à ses exhortations , et le consolèrent par la constance inébranlable et le courage intrépide qu'ils firent éclater au milieu des tourments. On admira surtout cet héroïsme dans les deux enfants, dont Tâge et la délicatesse faisaient un merveilleux contraste avec tant de fermeté.
Les brames, enflés de leurs premiers succès, redoublent d'efforts pour consommer leur triomphe ; ils fomentent la colère du roi, et le pressent de hâter la mort des confes- .
seurs de Jésus-Christ. De son côté, Tériadéven, pénétré de douleur à la Tue d'une telle barbarie, fait éclater hautement son indignation ; il déteste la perfidie des brames, représente à Ranganadadéven qu il y aurait injustice à condamner un Sanniassi sans avoir examiné sa cause, et propose de convoquer tous les brames pour disputer contre le docteur étranger. Le roi, transporté de colère, impose silence au noble néophyte , le charge de reproches et de menaces, et lui ordonne, sous peine d encourir sa haine, d'adorer le dieu Siven. « Seigneur, répond Tériadéven, vous me commandez une chose impossible : je suis devenu Tenfant du vrai Dieu, comment pourrais-je invoquer le démon ? Vous ê^s le maître de mon corps, mais vous n*avez nul pouvoir sur mon ame ; vous pouvez m'ôter cette vie du corps, mais mon ame est à Dieu seul. »
Ces paroles généreuses devaient m ettre le comble à la fureur du tyran, mais une juste crainte en modéra les transports. Ppur se consoler de cette humiliante défaite, il tourna ses efforts contre un courage plus facile à vaincre. Il avait à sa cour un jeune seigneur, nomme Pouvaroudéven , honoré de son amitié et comblé de ses bienfaits. Ce jeune homme avait reçu le baptême après avoir été guéri miraculeusement d'une maladie de neuf ans ; mais sa foi n'était pas inébranlable. Le roi lui intime, d'un ton menaçant, l'ordre que Tériadéven vient de mépriser; le timide courtisan n'ose braver la colère de celui dont il estime trop les faveurs , et fléchit le genou devant l'idole. Le Ciel ne tarde pas à punir son ingratitude et son apostasie : son ancienne maladie le reprend à l'instanl avec une telle violence, qu'il se voit en peu de temps réduit à l'extrémité. Alors sa foi se réveille et devient sa ressource ; il comprend les reproches d'une justice miséricordieuse, qui se fait entendre au fond de son coeur. I!
demande un crucifix, il le prends il le baise, il Tarrose de ses larmes, se prosterne à ses pieds, implore la clémence de son Sauveur, et déteste son crime ; il obtient pour la seconde fois sa guérison , et persévère jusqu'à la mort dans son repentir.
Ranganadadéven , confus et irrité plus que jamais , se trouvait dans un grand embarras. Il voulait se venger, mais sans courir les dangers d'une exécution sanglante ; car le nombre considérable des chrétiens qui peuplaient ses terres lui inspirait des craintes sérieuses. Les brames lui suggérèrent un moyen qu'il adopta d'autant plus volontiers qu'il devait en même temps prouver la supériorité de sa secte sur le christianisme : c'était la vertu des sortilèges. On recourut d'abord à un sacrifice dont l'idée seule fait trembler les païens; ils l'appellent Sattourouvé-sangaratn, c'est-à-dire, destruction totale de l'ennemi, parce qu'ils lui attribuent un pouvoir auquel personne ne peut résister. Trois jours furent employés aux cérémonies diaboliques, sans autre succès que de couvrir de confusion le roi et ses bramese Les magiciens cependant n'étaient pas au bout de leur science. Ils promirent de nouveaux sacrifices, entremêlées de nouvelles opérations magiques beaucoup plus efficaces que les premières ; leur vertu devait être si infaillible que nulle puissance, humaine ou divine, ne pouvait l'éluder. Le Père devait en mourir au bout dé cinq jours. Ils se mirent à l'œuvre avec tout le zèle que leur inspiraient leur rage et la crainte des châtiments. Le cinquième jour passe, sans que le serviteur de Dieu ait perdu un cheveu de sa tête. Les brames s'avouent vaincus ; mais ils en donnent toute la gloire aux sortilèges du docteur étranger , qu'ils proclament le plus puissant et par conséquent le plus dangereux magicien du monde.
Le roi est au désespoir de la scène humiliante qu'il vient
de donner à toute sa cour. 11 fait paraître devant lui le P. de Britto : <c Comment, lui dit-il, as4u la témérité de prêcher dans mes états une loi que j*ai prohibée sous peine de mort. — Cette loi, répondit le missionnaire, n*est pas la miennne , c est la loi du vrai Dieu 9 créateur du ciel et de la terre ; et quand lui m'ordonne de la prêcher , à qui dois-je obéir? à vos décrets ou à Tordre de Dieu , qui est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs? — «A ces mots, il est interrompu par un capitaine qui , en lui donnant uti rude soufflet f lui dit : a Quoil y a-t-il donc dans le Marava un roi et un seigneur plus grand que notre, monarque. y> Le Père, sans s'émouvoir, présente l'autre joue au capitaine, qui se dispose à l'accabler de coups. Mais le roi confus et déconcerté arrête d*un signe la colère de son officier , et aborde directement la question qui est le motif secret de cette entrevue. Honteux du peu de succès qu'avaient eu tous les moyens employés contre son prisonnier, il s'imagine que celui qui a su neutraliser la vertu des sacrifices et la puissance des démons peut à plus forte raison ôter toute efficacité aux armes matérielles, et dans la crainte de se déshonorer entièrement par de nouvelles tentatives inutiles, il demande au martyr si la balle d'un mousquet pourrait l'atteindre : « Oui , répond le confesseur intrépide , parce que la loi de Jésus-Christ détruit les sortilèges et ne les emploie jamais ; » et en prononçant ces paroles , il se découvre la poitrine , tout prêt à recevoir la mort. Le roi considérant le bréviaire que le P. de Britto portait sous le foras, lui demande si c'est par la vertu de ce livi'e qu'il détruit tous les maléfices : rassuré encore sur ce point par la réponse de son prisonnier , le tyran n'écoute plus que sa haine et porte contre lui la sentence de mort. Elle allait s'exécuter , lorsque Tériadéven , ne pou*vant plus contenir sa douleur et son indignation, se jette
tout à coup au milieu des soldats et leur délénd de bouger ; puis se tournant vers Ranganftdadéven, d'un air décidé et d*anton menaçant, illui déclare que s'il ose attenter à laVie de ceSanniassi, sa cruauté ne restera paslongtempsimpunie.
Cette démarche courageuse suspendît rexécutk)n et effraya le tyran, qui savaU bien ce ddnt était capable TériadéTen. Le caractère fougueux de ce prince, ses droits incontestables à la couronne, l'affection que lui témoi* gnaient le peuple et les grands du royaume, l'influence qu'il exerçait sur Tarmée, où il comptait plusieurs offi^ ciers chrétiens : c'étaient là des circonstances qui pouvaient favoriser une révolution, dont les suites faisaient trembler Ranganâdadéven. Il prit donc le parti de dissimuler et porta contre le P. de Britlo une sentence d'exil , en le faisant conduire jusqu'à la frontière par un détachement de soldats. Tériadéven et plusieurs seigneurs chrétiens l'accompagnèrÉnt pendant quelques temps ; mais il les pria de s'en retourner à la capitale pour travailler à la délivrance des catéchistes et des autres néophytes.
Cependant la sentence d'exil n'était qu'une feinte. Dans la réalité le tyran envoyait son prisonnier à Oureiardéven son frère, avec ordre de le faire mourir dans les tourments. Le P. de Britto arriva à Oureiour, le 31 janvier, dans un état qu'il est plus facile de se figurer que de décrire. Cette bourgade considérable située aux confins du Marava, sur le bord de la rivière Pambârou, était la résidence d'Oiireiardéven. Ce prince reçut le missionnaire avec beaucoup de respect et de bienveillance. Il était depuis longtemps couvert d'une lèpre horrible et souffrait d'atroces douleurs, auxquelles tous les médecins n'avaient pu porter aucun soulagement; instruit par k renommée des prodigieuses guérisons qu'avait opérées ee célèbre souami, il espérait par sôti moyen reeoUvite la santé, qui lui était plus chère
qup les ordres. iniques de son frère. Il lui a fait donc connaître son triste état, lui promet de le sauver et de le combler de richesses, s*il veut le guérir. Le Père lui répond que tout ce qu'il peut faire est de lui appliquer quelques remèdes, toais que la santé n*est pas à ses ordres ; qu'il n'appartient qa*à Dieu» seigneur du ciel et de la terre« de guérir suremeut les maladies du corps et de lame, et que c'est à lui qu'il. faut s'adresser avec foi. Le prince peu satisfait d'une telle réponse, a{Hrès avoir renouvelé ses promesses, y ajoute des menaces terribles çt lui montre l'ordre de Ranganâdadéven. « Vous vous trompez, réplique l'intrépide martyr ; vos menaces n'ont pas plus de force sur moi que vos promesses. Je méprise les biens de ce monde, et le plus ardent de mes désirs est de donner, non pas une vie, mais mille vies pour la foi de Jésus- Chri^. »
A cette réponse oourageuaîi le prince «eotre en fureur, lui commande d'invoquer sur-rle-ichamp l'idole, Siven, et sur son refus il donne l'ordre à un de ses gardes, nommé MouttoupouUei, de.lui traindieria »tète. L'^oflicier déclare qu'il est lui-même chrétien et joe veut ,pas souiller ses mains du sang d'un SanniassÂ* son maître; l'épouse du prince joint ses prières à celles de JtfouttoqpouUei pour cabner 5on mari. En eonséquenee le P. de Brilto est reconduit en prison. Un gouvierneur nommé MourougappapouUei, ii^rméde cette oirconstanoe, court che? Oureiardéven, lui jneproche sa lâcheté et son peu de sèle pour les idolas^lifti fiiil craindre le ressentiment du roi son frère, et oJ)iientia conmiissioB de diriger lui-même l'^éculion de la wnieûce de mprl. Ouoiqueiperôonne n'en.eût donné avis au flère» a-est à croire qu'JU en eut <|uelq|Lie irévélation ; car pendant «etfe nuiiE s enveloppa soigneusement tout le cwps ^'nne toile fine, afin, dit-il (ww ohrétiens, que
quand on fe dépouillerait pour lui trandier la tête, il ne fût pas dans un état immodeste. Pendant la même nuit, il délaya un peu de charbon et se servant d'une paille €rn guise de plume, il écrivit la lettre suivante au P. Laynea, supérieur de la mission .
Mon Père supérieur, P. &,
Le vingt-huit janvier j*ai été jugé et condamné à être fusillé en présence de Ranganâdadéven. Déjà j'étais sur le lieu du supplice et ^exécution commençait, lorsque le roi , craignant un.soulèvement^ ordonna de me s^arer des antnes confesseursi de Jésu&-Christ , mes chars enfants, pour me conduire à son frère Oureiardéven , à qui il envoyait Tordre secret de me faire mourir sans délai. Je suis arrivé ici le trente^un janvier, épuisé de forces, m^ais comblé de joie ; j'ai cémparn devant le prinee et soutenu un long interregatoine , après lequel on m'a ramené en prison» J'attends h nxort, et je l'attends avec impatience ; elle a toujours éié l'objet de mes vœux; elle est avjouri^ d'bui la plus précieuse récompense de mes travaux et de mes sacrifices* Tout le crime dont on m'accuse » est d enseigner la loi du vrai Dieu et d'enlever aux idoles leurs adorateurs* Qu'il est glorieux de souffrir et de mourir {)0ur un tel crime I c'esice qui me remplit de consolatiDii dans' les fers dont je suis chargé. Les soldatsme gardentà vue, je ne puis vous écrire plus au long. Adieu, mpn révérend Père supérieur! Adieu, mes Pères 1 je vousdemande à tous votre bénédiction et vos prières.
De la prison d'Oureiour , le 3 février 16d3.
Votre indigne serviteur et Frère eh Jésus-Christ,
Jean db Bkitto, de la Compagnie de Jésus.
Le lendemain HoarougappapouUei donna le signal de raiécuiion : Transporté de joie et fondant en larmes , le serviteur de Dieu se prosterna par terre pour remercier notre Seigneur de l'insigne bienfait qu*il daignait lui accorder. Le lieu destiné au supplice était une petite éminence près de la rivière Pambârou , à une portée de fusil de la bourgade qu^elle dominait ; la plaine était couverte d*une immense foule de païens, attirés par la curiosité ou par le désir de voir mourir Tennemi de leurs idoles. En arrivant sur cette éminence , le martyr de Jésus-Christ y trouva un poteau tout préparé et un soldat nommé Péroumal , fameux par sa bravoure et sa férocité. Le gouverneur MourougappapouUei prononça la sentence de mort en ces termes : « Considérant que ce gourou défend d'adorer nos dieux , et que la secte qu'il propage fait chaque jour de nouveaux progrès et envahit tout le pays, au nom du roi, je t'ordonne de lui trancher la tête. )» Le visage du confesseur de Jésus-Christ était rayonnant d'une joie et d'une paix célestes : les idolâtres saisis dëtonnement se demandaient si ce Sanniassi marchait à la mort ou à un festin. Il tombe à genoux au pied du poteau , demande aux soldats la permission de prier le Dieu qu'il adore, et demeure immobile pendant un quart d'heure, la face tourné vers l'orient et les yeux fixés au ciel. Quand il a terminé sa prière, il se lève, embrasse tendrement son bourreau et s'agenouille devant lui: « Maintenant, lui dit-il, je suis prêt, vous pouvez exécuter les ordres que vous avez reçus. » Le bourreau, en le dépouillant, aperçoit suspendue à son cou la bourse qui contient son reliquaire ; il ne doute point que là ne soient refifermées les poudres dont la vertu a ensorcelle tant de milliers de païens. A cette vue il recule saisi d'une terreur panique : d'un côté, il n'ose touchera la boîte magique, de peur d'être lui-même trans-
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ttfttùé eh tin autre homme; de l'autre , il craint d'affronter la puissance d*un homme protégé par la vertu de ce talisman. Pour se tirer d'embarras , il décharge un grand coup de cimeterre, qui coupe le cordon et fjait une large blessure. Lé martyr offre à Dieu les prémices de son sacrifice, et reçoit bientôt un second coup, qui lui tranche la tête. Comme elle tient encore et reste suspeiidue sur la poitrine, les soldats se hâtent de la séparer entièrement et de Téipigner du tronc , dans la crainte , disentils, que parla vertu de ses enchantements, le. souarai ne trouve moyen de les réunir. Quand ils se sont assurés qu'il est mort tout de bon et ne pense pas. même à se ressusciter , ils lui coupent les pieds et les mains", les attachent, ainsi que la tête, à h ceinture du buste , et suspen<ient le tout au sommet 4u poteau prépare; à cet eflfet.
Le corps du martyr resta dan» cet état exposé à la barbare curiosité des idolâtres , qui placèrent des gardes autour du poteau pour empêcher les chrétiens àe s'en approcher et ne se retirèrent qu'après l'avoir livré aux flammes- Cependant la haine et la vigilance des brames ne purent soustraire entièrement ce trésor à Tavide piété des néophytes. Us parvinrent à recueillir une partie considérable iie la tête et divers autres relique* , qu'ils remirent fidèlement an P. Laynez. La moitié de ce (ïépôt précieux fut confiée à la maison des Jésuites de Pondlehéry , l'autre fut envoyée au collège de Goar Le eianeterre qui avait servi à trancher la tête du vénéraMe martyr fut offert au roi Dom Pèdre II , qui le reçut avee des marques d*une profonde vénération.
Comme Donna Béatrix Pléreïra vivait encore , le roi lui députa un des grands de sa cour pour la féliciter de son bonheur, et lui recommanda de célébrer la mort glorieuse
(le son fils , non par le deuil et les larmes , mais par des fêtes splendideâ, auxquelles elle présiderait revêtue de ses habits les plus précieux et ornée de tous ses bijoux. La nature céda ses droits à la foi , et cette heureuse mère s'empressa de suivre l'invitation du monarque.
Deux néophytes nommés Gastourinayaken et Aroulappen , qui assistaient au supplice du P. de Britto , ne pouvant résister à leur émotion, coururent se prosterner aux pieds du martyr, proclamèrent, en présence des bourreaux et de la foule des idolâtres , qu'ils étaient chrétiens et demandèrent à partager le sort de leur Père dont ils professaient la religion. Ils furent conduits devant Oureiardéven , qui leur fit couper le nez et les oreilles et les renvoya ainsi mutilés. Ils s'en allèrent plus affligés de n'avoir pu obtenir le bonheur de donner leur vie pour Jésus- Christ , que du supplice humiliant qu'on leur avait infligé.
Le jour même où le Père fut exécuté à Oreiour , les chrétiens et les catéchistes prisonniers à Ramanadabouram furent mis en liberté , faveur qu'ils attribuèrent à Tintercession du bienheureux martyr, puisque, loin de se ralentir , la rage du persécuteur ne fit que s'enflammer davantage. Des ordres rigoureux furent publiés et mis en exécution dans tout le royaume ; les néophytes furent dépouillés de leurs biens, exilés et chassés de leurs castes comme des hommes infâmes. Mais ces cruautés leur inspirèrent un nouveau courage, et Ton vit encore se vérifier en cette occasion cette vérité si souvent démontrée , que le sang des martyrs est une semence de chrétiens : le P. Fr. Laynez, qui arriva dans le Marava quelques mois après la mort du P. J. de Britto, baptisa en peu de temps plus de quatorze mille gentils.
Nous ne nous arrêterons pas à l'exposé des vertus de
rillustre missionnaire ; ce que nous avons raconté jusqu a présent de sa vie en donne une idée plus complète que tout ce que nous pourrions y ajouter. Parmi les miracles sans nombre qui s'opérèrent par son intercession, nous nous contenterons dlndiquer quelques - uns de ceux qm' furent consignés, selon toutes les formes canoniques, dans les procès juridiques dressés par ordre de Monseigneur révéque de Méliapour. Ces faits étaient si bien constatés dans tout le pays, que le célèbre P. Beschi, dans un écrit publié en 1728, trente ans après la mort du P. de Britto, contre les ministres protestants qui commençaient à pénétrer dans le Tanjaour, ne craignit pas de présenter ces prodiges comme une preuve du catholicisme. C'est de cet ouvrage, dont nous avons un exemplaire sous les yeux, que nous extrayons ceux que nous rapportons; Tauteur cite exactement les noms des villages et des personnes; il invite ses lecteurs à vérifier les faits sur les lieux et auprès des témoins oculaires^ et il défie les païens et les protestants d*oser les révoquer en doute.
1"" Au moment où le P. de Britto consommait son sacrifice, il apparut au P. Jean da Costa, qui résidait à Talei, cinquante lieues au sud d'Oreiour, et le remplit d'une consolation si extraordinaire, que ce missionnaire ne put s'empêcher d'annoncer aux chrétiens le lieu, le jour , l'heure et les autres circonstances du martyre de son confrère ; et ces prédictions furent justifiées en tout point par les nouvelles qui arrivèrent quelques jours après.
2<^ Un chrétien , palier de caste , se trouvait abandonné des médecins,, sans mouvement , sans parole et sans pouls. Les parents , ayant perdu toute espérance de le sauver, voulurent le repwter à leur village , afin de Fensevelir dans le cimetière commun ; ils durent passer par Oreiour, et, ayant déposé le corps sur le lieu du martyre , ils prié-
renl le P. de BriUo de leur obtenir de Dieu ïa guérison qu'ils avaient inutilement cherchée dans 'les remèdes na» turels. Ils n'avaieut pas fini leur prière, que le malade se JciFa plein de joie et de santé, en criant qu'il était parfaitement guéri.
S"" En 1722, un enfant de neuf ans, fils de Lotii&-Antoine, était horriblement estropié depuis sa naissance ; ses jambes n'étaient que des os recouverts d'une peau dessé* chée> et restés dans les petites dimensions dfun enfant .d'un jour, sans avoir aucunement participé à la croissance ^t au développemet opéré dans le reste, du corps pendant ces neuf années. Le père de ce.malbeureiix enfant se rend à Oreiour pour remercier le P. de Bkitto , qui a sairvé sa Xemme d'une grave maladie,, et se souvient de son enfantv pour lequel il n'a pas encore eu le courage ni même la pensée de demander la guérison , tant elle lui semble impossible. Pendant qu'ail prie sur la terre arrosée du sang <lu martyr, il conçoit une confiance extraordinaire , et conjure son protecteur d'avoir pitié de son fils: A son ne^ tour, il trouve cet enfant dans la rue^ jouant et courant avec ceux de son âge ; il prend les informations; et reconnaît qu'à l'heure même où il a prié, les jambea de l'estropié se sont instantanément redressées ;< les os^ en s'allongeant, se sont recouverts de chairs ; eu un mot, la vie et la vigueur ont circulé dans tous les membres, sans laisser aucune trace de l'ancienne infirmités
Un pro<%e semblable avait eu lieu en 1720 en faveur d'un jeune chrétien nommé Jean, dont le bras droit était desséché, et d'une enfant de Vettavayel qui, outre l'ari*^ ,dité des deux jambes, était sourde et muette. La vie se rétablit subitement dans ces membres inanimés; et ladernière enfant se mit à parler à l'instant même sans au^ eu ne difficulté.
4* Une pauvre iiéq>hyte était dévorée toate vivante par une lèpre si horrible et si fétide, que ni les médecins ni ses parents n'osaient rapprocher : les ongles et les doigts des pieds et des mains étaient tombés en pourriture ; tout le corps annonçait une entière décomposition. Portée dans cet état au lien du martyre, elle fut subitement guérie ; les chairs et les ongles poussèrent instantanément , et elle put retourner à pieds dans son village.
5* Une petite enfant d'une famille chrétienne de Moulagatam était affligée depuis sa naissance d'une étrange infirmité : la place des yeux, des pupilles et des paupières était occupée par deux gros morceaux de chair blanche et <!artilagineuse, qui lui donnaient un air monstrueux. Les parents la recommandèrent au vénérable martyr , et le conjurèrent de rendre à l'enfant au moins l'usage d'un œil ; ils furent à l'instant exaucés selon la mesure de leur foi : l'œil gauche se dégagea du morceau de chair , et recouvra parfaitement la vue, tandis que l'œil droit resta dans son état primitif.
Tous ces prodiges et beaucoup d'autres semblables furent constatés dans les procès juridiques et confirmés par la déposition d'une foule de témoins et des personnes mêmes qui en avaient été l'objet.
Nous n'ajouterons qu'un seul fait, c'est la grâce accordée à un païen de Tottiam. Ce gentil, riche et puissant, étant dangereusement malade, fit appeler le catéchiste Gegani, pour lui demander des remèdes ; celui-ci se rendit à ses désirs, et profita de l'occasion pour lui parler du salut éternel et de la vraie religion. « Comment cette religion peut-elle être bonne et sainte, reprit le malade, quand notre roi, si plein de sagesse, a fait mourir ignominieusement*son prédicateur, et prohibé sévèrement cette doctrine dans ses étals. — Cette mort même, répliqua le
catéchiste, eât une preuve éclatante de la vérité et de la sainteté de notre religion,, puisque le docteur qui la prêchait fa estimée plus que sa propre vie. » Frappé de cet argument et touché des autres raisons que le catéchiste ajouta en déyeloppaiit les vérités de la loi chrétienne, le païen protesta que si, par les mérites et Tintercessioade ce. docteur. Dieu lui accordait la santé dans Tespace de vingt-quatre heures, il promeiteit. sincèrement de se convertir et de recevoir le baptême* Le matin» le catéchiste trouva son malade parfaitement guéri et dis|>osé à em-^ brasser le christianisme ; il Tinstruisât et le présenta au missiom[)aire« qui lui donna le saint baptême.
Terminons notre récit par la. lettre que ûom Joseph Pin^ teyro, évêque de MéUapour on San-Thomé,. adressait à Clément XII, le 13 janvier 1736.
Bienheureux Père, Pour obéir à Tordre de la sacrée Congrégation des Rîtes, j'ai dressé et j'envoie le procès-verbal des faits qui ont rapport au vénérable serviteur de Dieu, Jean de Britto, prêtre profès de la Compagnie de Jésus. Tous les mercredis (jour de la mort du vénérable missionnaire) il se fait sur le lieu de son martyre un immense concours de fidèles et de païens^ à cause des grâces extraordinaires et des miracles presque journaliers que le Très-Haut daigne opérer par l'intercession de son serviteur. Le rajah du pays frappé de ces prodiges a permis de construire une église sur le lieu consacré par le sang du martyr, et a libéralement fourni les matériaux nécessaires. L'église a été en effet érigée avec le titre et sous l'invocation de la très-sainte Vierge, et les fidèles espèrent y honorer le serviteur de Dieu, quand il aura plu à la divine miséricorde de déclarer son martyre par l'autorité du Saint Siège. Joseph Pinteyro, Evêque de Méliapour.
Pendant que ces choses se passaient au Maraira, où le P. de Britto prodiguait les témoignages de sa puissante protection et de son amour pour ses néophytes , sa cause était traitée activement à Rome, et avançait assez rapidement, malgré la sage lenteur du Saint-Siège dans des affaires d'une si haute importance. Déjà Benoit XIV avait donné en 1741, au sujet de Théroïcité des vertus du vénérable serviteur de Dieu^ un décret qui déclarait que les rites fiia/aiartf5 observés par le fervent missionnaire comme par tous ses confrères, ne mettaient aucun obstacle à sa béatification. Mais le malheur des temps et enfin la suppression totale de la Compagnie vinrent arrêter les progrès de cette cause , qui intéressait si vivement les missionnaires. Nous apprenons avec bonheur qu'elle est de nouveau présentée à la considération du Saint-Père, qui a daigné Taccueillir avec bienveillance et porter le décret sur Théroïcité des vertus. Bientôt « nous en avons la confiance, il nous sera permis d'honorer par un culte solennel, celui dont nous admirons les vertus; bientôt ses frères , qui travaillent dans le Maduré à recueillir l'héritage de ses sueurs et de son sang, pourront le proposer à la vénération publique de leurs néophytes et trouver dans sa protection une source d'encouragement et de succès , comme ils trouvent dans ses exemples un modèle accompli de la vie apostolique.
Cependant de peur de paraître anticiper sur le jugement apostolique , nous déclarons que nous soumettons humblement à sa décision tout ce que nous avons rapporté comme historien touchant la vie et la mort du vénérable Père Jean de Britto.