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confirmé de vive voix par lé cèfèbrèM; Dubois^ son ancien compagnon, et successeur des mêmes missionnaires, dont il avait partagé les travaux pendant les trente années qu'il passa dans les Indes. Et ce glorieux témoignage, il détendait sans restriction à tous les anciens Jésuites qu'il avait connus datis ces contrées lointaines et dont il ne parlait qu'avec l'enthousiasme de l'admiration. A noire arrivée à Pondichéry, nous trouvâmes partout les mêmes sentiments gravés dans tous les cœurs.
Nous avouerons cependant qu'un seul de ces anéiens missionnaires jésuites nous sembla faire ombré dans le brillant tableau que nous offraient les souvenirs de tous les autres, c'était le P. Mnnentî. En lui accordant une haute capacité, un caractère plein d'énergie et une étonnante puissance d'action, plusieurs personnes lui reprochaient une fierté, un entêtement et une indépendance, qui faisaient un pénible contraste avec les éminentes vertus qu'on admirait dans tous ses confrères. Nous avons eu la curiosité de rechercher les causes d'une telle réputation et la source de ces reproches, et nous croyons pouvoir présenter ici quelques obseiTôtions propres à expliquer, sinon à justifier complètement sa conduite.
Vers l'époque où la Compagnie de Jésus était supprimée en Europe, le P. Manenti gouvernait une mission de huit à dix mille néophytes dans l'intérieur des terres. Poussé à bout par les vexations du prince-idolâtre dont dépendait cette chrétienté, et qui en avait juré la ruine, il conçut un projet dont l'exécution demandait autant de^prudence que de courage. Il se mit en rapport avec les magistrats anglais de Madras, qui, charmés
de la confiance du missionnaire et désireux de s'attacher les Indiens catholiques, reçurent ses propositions avec un joyeux empressement. Us lui offrirent pour sa colonie des terres fertiles et exemptes de contributions, lui assurèrent leur protection et lui fournirent les moyens d'accomplir l'émigration de ses néophytes. Après avoir pris tous les arrangements nécessaires, le P. Manenti convoqua les principaux chefs de ses chrétiens, leur proposa ses vues et concerta avec eux tous les moyens d'exécution. Les préparatifs se firent avec précaution et dans le plus grand secret, pour ne pas éveiller les soupçons des idolâtres, et, au jour marqué, toute la chrétienté quitta l'ingrate contrée qui lui refusait la paix et la liberté, et se mit en marche, sous la conduite de son nouveau Moïse, à la recherche de sa terre promise. Le voyage fut heureux, les Anglais se montrèrent fidèles à leurs promesses, et la nouvelle colonie viv-ait paisible et contente dans l'abondance et la prospérité, lorsque arrivèrent les missionnaires français destinés à succéder aux Jésuites de Pondichéry.
Bientôt le P. Manenti fut sommé de céder son poste de Kitchéri (c'était le nom de sa chrétienté) ; et sur son refus, les nouveaux missionnaires vinrent s'installer auprès de son église, le déclarèrent schismatique et défendirent aux fidèles d'assister à sa messe. Le Père, blessé de cette conduite, crut devoir conserver l'administration de sa chrétienté, qu'il gouverna encore longtemps et jusqu'à sa mort, sous la dépendance de Mgr l'évéque de San-Thomé. Nous ne craignons pas de rappeler ici cet exemple de conflit malheureux entre des hommes dont nous ne pouvons soupçonner les intentions, et dont nous
âimoDft à reconïurftire le zèle et les Vertus. Noué broyons que ces mésintelligences dôlverit s^attribuei^ beaucoup moins aux passions des personnes qu^à des malèntenduâ presque iné\itableft ; ou plutôt à une position fauése et mal dessinée ; et si une chose peut nous surprehdi^e, c*est que ces inconvénients niaient pas été plus nombreux et plus graves.
Les missionnaires qui avaient fondé et cultivaient hi mission du Carnatè, dépendaient, il est vrai, pour leur gouvernement domestique et religieux, du supérieur général établi à Pondichéry ; mais dans ce qui regardait la juridiction ecclésiastique, ils étaient tous, lé supérieur comme les missionnaires, soumis à l'autorité de Tévêque de San-Thomé. Après la destruction de la Compagnie de Jésus en France, le gouvernement français envoya à Pondichéry des missionnaires avec le titre de successeurs des Jésuites, et sur ses instances le Saint-Siège leur confirma ce titre et leur accorda des pouvoirs. Mais sans nous arrêter à discuter ces pouvoirs, dont la nature, l'étendue et les limites ne nous semblent pas clairement définies par les divers brefs pontificaux qui furent successivement adressés au supérieur des nouveaux missionnaires, il nous suffit ici de constater uii fait certain et incontestable : c*èst*que ces brefs ne changèrent rien à la position des èvêques de Pinde, ni à l'autorité, ni à la juridiction qtfils exerçaient dans leurs vastes diocèses. L'évéque de San-Thomé conservait donc sur la cln-étienté de Kitchéry toute l'autorité et toute la juridiction qu'il avait possédées jusqu'alors; le P. Mauenti, dégagé de toute dépendance à l'égard de Pondichéry, où il n^avait plus de supérieur depuis la suppression de
la Compagnie de Jésus, pouvait donô s'en tenir à la dépendance immédiate de San-Tliomé et continuer à desservir sa chrétienté sous la juridiction de son évêque. Nous louons, nous admirons, la vertu des autres Pères qui, sacrifiant toutes les susceptibilités humaines ati bien de leurs néophytes, s'associèrent aux nouveaux missionnaires comme à des frères, et assurèrent ainsi à leurs missions des ouvriers capables de continuer Pœuvre de Dieu. Mais nous n'irons pas jusqu'à condamner le P. Manenti, dont la conduite pouvait puiser des raisons et des motifs légitimes dans les circonstances et dans la position exceptionnelle où il se trouvait.
Le plus jeune des missionnaires jésuites qui se réunirent à Pondichéry, après la suppression de la Compagnie, était le P. Xavier d'Andréa, qui, comme nous l'avons vu dans la lettre du P. Lichetta, passa successivement de la mission du Carnate à celle du Maïssour et de là à celle du Maduré, d'où il se rendit enfin à Pondichéry pour se réunir à ses frères. C'est aussi celui qui survécut à tous les autres. Il eut la consolation d'apprendre le rétablissement delà Compagnie de Jésus par Pie YII en 1814; aussitôt il écrivit à Rome pour demander la grâce d'être agrégé de nouveau à la Compagnie renaissante, reçut la nouvelle de son admission, célébra ce jour de fête et de joie avec tous les missionnaires qui se trouvaient à Pondichéry, et chanta avec le vieillard Siméon son Nunc dimittis. Plus heureux que tous ses confrères des Indes, il assistait à la réaUsation des vœux que tous avaient conçus, et des espérances que tous avaient nourries dans leurs cœurs; il voyait renaître cette Compagnie qu'il n'avait cessé de nommer sa mère ; assuré de mourir dans
son sein, il pouvait désormais mourir content. Incapable par son âge et ses infirmités de prendre part aux fatigues et aux combats de la Compagnie militante sur la terre, il ne tarda pas à s'unir aux joies de la Compagnie triomphante dans le ciel.