‹ La mission du maduréChapitre 8 sur 12 · NOTICE SUR LE P. J.-B. BOUTTAM · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE P. J.-B. BOUTTAM

La vie de ce saint missionnaire du Maduré fut écrite peu de temps après sa mort par ses parents, qui se servirent des lettres qu*ils avaient reçues de lui, ou qu'ils obtinrent des missionnaires du Maduré, ses confrères. Elle a été imprimée en italien à Lorette. L'objet de cet ouvrage ne nous permet pas d*en rapporter tous les détails, quoique très-édiflants ; nous nous contenterons dé

recueiliii* ici les particutarités qui se rattachent de plus près à Phistoire de la mission.

J.-Bapt. Bouttari naquit en 1707 à Osimo, dans la Marche d'Ancône, de parents aussi distingués par leur piété que par leur noblesse. Nous passerons sous silence les faveurs spéciales dont le Seigneur combla ses premières années, les vertus dont il mit le germe dans son cœur et qu'il développa rapidement par les bienfiEdts d'une éducation chrétienne , et enfin les prodiges par lesquels il sembla plus d'une fois arracher à une mort presque certaine cette vie qu'il avait destinée à sa plus grande gloire. Il fit ses études au collège de Macerata, se sentit appelé à la Compagnie de Jésus, triompha des longues résistances de son père, et entra au noviciat de Rome en 1727. Après avoir fini son cours de philosophie, il fut appliqué à la régence pendant quelques années, revint à Rome et suivit le cours des études théologiques. Pour donner d'un seul trait une idée de sa vie et de ses vertus, il sufit de dire qu'il retraça celles de Louis de Gonzague , qu'il avait choisi dès ses tendres années pour son protecteur et son modèle. Il l'imita avec tant de fidélité, qu'en contemplant la copie on croit souvent avoir sous les yeux l'original lui-même; c'est ce qui nous a frappé dans la lecture de la vie du P. J.-R. Routtari jusqu'à l'âge de trente ans, c'est-à-dire jusqu'à l'année 1737. Il était alors à la deuxième année de sa thélogie, et avait enfin obtenu l'objet de ses plus ardents désirs, la grâce de se dévouer aux missions des Indes, et la faveur de s'y préparer en receviant le sacerdoce.

De toutes les lettres qu'il écrivit dans cçtte circonstance, et qui révèlent les ardeuis de son zèle et de son

amour pour Dieu, nous nous bornerons à celle qu'il adressait à son frère Laurent Bouttari :

« Mon bien cher frère,

» Me voici au terme après lecpiel je soupire depuis longtemps; il ne me reste que peu d'heures avant mon départ. Ainsi, adieu Osimo ! adieu, maison paternelle ! adieu, parents! C'est pour l'amour de Dieu que j'abandonne tout, que je m'arrache à tout ; je le fais avec joie, parce qu'en quittant tout, je retrouve tout et possède tout en Dieu ; Deus meus et omniç. I Quelle douce consolation je goûte dans cette séparation des connaissances, des amis, des parents ! Détaché de tout, je chercherai Dieu plus purement, je le trouverai plus facilement, je m'unirai à lui plus intimement et plus fortement. Ne vous inquiétez pas des souffrances et des croix qui abondent dans les pays où je vais ; rien ne peut m'effrayer, parce que je compte sur la grâce de Dieu. Comme l'heure du départ me presse, je vous dis à la hâte ce qui est l'essentiel : D'abord, pardonnez-moi, mon bien cher frère (et ceci s'adresse en commun à vous et à M"**» Cécile), pardonnez-moi tous les désagréments et les peines que je vous ai causés ; ils sont grands et nombreux ; mais qu'y faire? Au passé, pas d'autre remède que le repentir. Puis mille et mille remerclments pour les présents si précieux que vous m'avez envoyés; je prierai Dieu de vous en

récompenser par des biens spirituels. Je vais partir

adieu ! dites à Cécile de ne pas s'affliger de mon départ, mais de s'unir plutôt à moi pour remercier Dieu de l'insigne miséricorde dont il use envers moi. Saluez-la, adieu! adieu! adieu! Celui d'enti-e nous qui arrivera le

premier au ciel y attendra ses compagnons. A reiyoir! au paradis... Superabundo gauâio, je ne me possède plus de joie !»

Le P. Bouttari, s'étant embarqué à Gènes, arriva, le 7 ' 31 décembre 1 7^7 à Lisbonne, ayee cioq Pères allemands qui se destinaient aux mêmes missions. La reine Marie-Anne d* Autriche, sœur de Charles VI ^ ëpoose de Jean V, leur donna les preuves de la tendre affection qu'elle portait à tous les Pères qui se dévouaient au satot des Indiens ; elle voulut visiter elle-même leurs cellules, les combla de bontés et de présents; et le P. Bouttari écrivait des Indes :

«t La Irès-fidèle reine de Portugal est véritablement la mère de nos Pères missionnaires ; elle leur écrit ellemême, travaille de ses mains des chasubles et autres ornements d'autels qu'elle leur envoie, elle demande sans cesse de leurs nouvelles^ et veut connaître tous leurs besoins. » Cette reine, pieuse et zélée, ne se tassait de parier des missionnaires ; et quelque temps avant sa mort, vers Pan 1 754, elle prononça ces paroles, que les événements n'ont que trop réalisées : « Malheur aux missions après ma mort !»

Après avoir subi un nouvel examen de théologie, le P. Bouttari se disposa au voyage des Indes avec vingtcinq autres missionnaires de la compagnie de Jésus. Ils allèrent d'abord baiser la main au roi Jean Y, à la reine et aux princes. C'était là une cérémonie de rigueur, dont ne pouvait se dispenser aucun missionnaire.

Le lendemain, jour de l'embarquement, eut lieu la cérémonie touchante qui se pratiquait dans ces occasions. Au sou de la cloche, les vingt-six missionnaires se rendi-

rent à Péglke du collégô 8fflBt-Àôtoitiey oà les aiieodaiaiit tous les Pères et Frères de cette iMmd)reu6e communauf. té, ftvec ceux des éx autres maisans que la Compagnie possédait à Lisbonne, et une foule de personnes de qua^ lité, parents^ amiâ et bienfedteurs des cmssionnaires. A cette réunion imposante se joignaîeBt kt élèyesdu cet* lége, au nombre de plus de mille» Les missionnaires étaient rangés au milieu de l'église^ devant Faute! dç 'Saint-François-Xa^ier; ôiPuq d'eâ^e.eox prononça un discours analogue à la ciroonstaoce^ Il n'avait pas besoip de grands frais d'éloquence pour exciter un atteedrisfiement général, et proToqoer les larmee et les ^nglols; oe qui lui était bien plus diffleile^ c'était de mattriser sa propre* émotion ûan% un moment » solennel, et en pré^ sence de tant d'objets qui s'unissaient pour litrer assaut à sa setisibilité. Il termina son discours par une prière pathétique au grand Apôtre dés IndéS) auquel H recom^ mandait tous les missionnaires) lea^pare&l» et les mm qu'ils quittaient, le toyage qu- ils entreprenaient, et les Indiens qu'ils alMent chercher à travers les dangers de l'océto.

Après cette prière on sentit de l'église, et la procession s'organisa : les élèves, rangés sur deut files et conduits par leurs professeurs, ouvraieât la marche; puis tenaient les séculiers et les Pères de la Compagnie, marchant pareillement en procesi^on; enfin paraissaient au nnUeu des deux files les missionnaires^ distingtiés par le cruciût qu'ils portaient mv là poitrine. Une foule immense se pressait partout sur leur passage jusqu'aux bords du Ta^. Là se termina la procession; là se firent les adieux aux parents et aux généreux MenlBâteurs^ au milieu des larmes et des sanglots. Les t^us ardents néanmoins ne

s'arrêtèrent poiht à la rive ; pendant que les missioimai-» res montaient sur la chaloupe qui leur était destinée, uoe multitude d'autres barques reçurent ceux qui Toulaient ayoir la consolation de les accompagner jusqu^à leur vaisseau, et le fleuve se couvrit d'une flotte de ces légères embarcations. Au moment où elles abordaient le navire, on eût dit une forteresse prise d'assaut par ces assiégeants qui, de toutes parts, escaladaient ses bords. En un instant le pont fut envahi par une foiild d'amis dévoués qui, en silence, les yeux mouillés, le <MBur gros, couraient'çà et là, visitaient les cabines et les couches des partants, et se pressaient instinctivement autour d'eux; attentifs à recueillir une dernière parole, un dernier regard, un dernier signe de l'amitié. Ënâû, au signal donné, les derniers adieux se renouvelèrent, les chaloupes reprirent leur population flottante ; et pendant que les vents emportaient les joyeux missionnaires ,* ceux qu'ils abandonnaient regagnèrent tristement le port. Ainsi le départ des missionnaires était, pour ainsi dire, une fête publique commune à toute la ville, fête attendrissante qui popularisait le zèle et nationalisait i'œuvre des missions, à laquelle elle intéressait tous les cœurs!

La capitane qui reçut les missionnaires était un énorme bâtiment; les soldats, officiers et autres passagers joints à ^équipage s'élevaient au nombre de mille. Dès le second jour de la navigation, les missionnaires commencèrent, au miUeu de cette ville flottante, les exercices réguliers d'une retraite spirituelle; le capitaine, qui était remarquable par sa piété non moins que par sa haute naissance, se prêta très-volontiers à leurs désirs. Le vaisseau se transforma en égUse; tous les jours la saii^te messe s'y célébrait pour tous les passagers; un sermon

et une instruction occupaient deux heures de la journée, et le soir on chantait publiquement le rosaire et les litanies de la sainte Vierge. Après cinq mois d^une heureuse navigation, ils arrivèrent à Goa, où ils furent accueillis avec la joie, la charité et les cérémonies accoii^ tumées, soit par les habitants xle la ville, soit par leurs confrères du collège. Les missionnaires s'empressèrent d'aller se prosterner devant le tombeau de saint François- Xavier, qu'ils baignèrent de leurs larmes, en demandant un peu de ce zèle ardent qui avait embrasé le cœur dé cet apôtre pour le sadutdes Indiens.

Le P. Bouttari s'arrêta quelques mois à Goa, subit son troisième examen de théologie, et prit les points pour son examen de Universâ, Quatre mois plus tard, il était arrivé à Calicut auprès du P. Provincial , Louis de Vas^ concellos, et subissait avec honneur son dernier examen. Depuis cet instant tous ses vœux se tournèrent vers la mission du Maduré, et il demanda cette faveur avec tant d'instance, qu'à la fin de septembre 1739 il eut la permission de revêtir l'habit des Sanniassi et de partir pour Aour, où se trouvait le P. Ch. Bertholdi, vieillard de quatre-vingts ans, dont la moitié avait été consacrée au service de cette mission. Quelques mois après son arrivée, son vénérable compagnon tomba malade et alla recevoir la couronne immortelle, comme nous avons lieu de l'espérer. Resté seul, il fut lui-même attaqué d'une fièvre causée par les fatigues et les inquiétudes. ^

Il ne s'était pas encore bien rétabli quand il fut appelé auprès du P. Jean-Bapt. Bigaglia, supérieur de la mission, qu'il trouva pareillement malade. Il passa avec lui les fêtes de Pâques, oubUant sa propre maladie pour soi-^ gner son supérieur et administrer les chrétiens qui

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