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bien que nous sommes contraints de la traverser avec nos chevaux, à la nage ; ils se tirent fort bien d’affaire. Cet incident nous met un peu en retard, mais quelques bons temps de galop nous font arriver, au coucher du soleil, à un village, sur la Tsikuané, et mon guide me conseille d’y passer la nuit. Matthias, le maître d’école, nous fait bon accueil ; mais notre apparition inattendue lui cause cependant un grand émoi. Nous le rassurons en lui donnant l’assurance que nous n’avons besoin que d’une nuit de repos et du plus frugal des repas. Salomon donne l’idée de faire du léhala, mélange excellent de farine de millet et de lait. Le clair de lune est charmant, et tandis que mes frères indigènes causent entre eux, après la prière du soir, je m’assieds dehors en pensant aux bergers de Bethléem et aux anges qui leur apparurent.
La soirée était fraîche, mon frère mossouto m’avait prêté une couverture rouge, toute neuve, dans laquelle je m’enveloppe ; et tandis que la lune éclairait cet éclatant accoutrement, je me disais en riant : « Ne vaux-tu pas autant qu’un cardinal ? »
Mais bientôt mes pensées s’élevèrent vers d’autres
distinctions que celles de l’autorité ecclésiastique. Le beau ciel me rappelait la majesté et l’éternité de Dieu et l’honneur par excellence qui est attaché à son service. Mon frère mossouto m’avait abandonné la principale chambre de sa demeure qui est toute neuve et très-propre; j’avais juste assez de place pour m’étendre, et je ne tardai pas à goûter le sommeil réparateur qui couronne toujours une journée de fatigue.
25 Décembre. — Délicieuse matinée! Mon cœur est rempli d’actions de grâces envers Celui qui s’est fait homme par amour pour l’humanité, et je sors pour admirer ses œuvres. Un sentier me conduit jusqu’au bord d’un torrent; Salomon me fait encore du léhala pour le déjeûner et, lorsque le repas est terminé, nous nous rassemblons dans l’enceinte de l’une des huttes afin de rendre grâces au Seigneur. J’invite les gens des environs, ils viennent au nombre de vingtcinq; l’un des anciens, prie et indique les cantiques ; je parle sur le message des anges aux bergers de Béthléem. Pendant le service, un fort nageur, Philippe, qui arrive de Léribé, nous dit que la rivière est très-grosse, mais qu’il vient pour nous aider à la
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passer. Je suis bien touché de cette attention. Nous remontons à cheval, continuons notre voyage et atteignons la Tlotsé. Mon guide est à cheval, il entre dans l’eau et je le suis de près. La Tlotsé est beaucoup plus large que la Putiatsana. Pendant ce passage de rivière, je sentais profondément le contraste entre ma vie présente, en Afrique, et ma vie passée dans l’armée, et je bénissais le Seigneur de ce qn’il me faisait trouver tant de joie dans son service. Il était midi lorsque j’arrivai en vue des montagnes et de la station de Léribé, et il me semblait que la belle église de pierres, que la maison et le jardin missionnaires abrités par la montagne, me souhaitaient la bienvenue. Ils font une profonde impression sur le voyageur du désert et parlent éloquemment de l’œuvre accomplie dans cette partie du Lessouto par les efforts de M. et Mme Coillard. Ceux-ci me font le plus cordial accueil. Le souhait accompli est une chose douce à Pâme (Prov. xm, 19). Le mien avait été entièrement exaucé par le Seigneur; j’avais visité toutes les stations missionnaires et j’arrivais, fatigué de mon long voyage et de mes nombreuses prédications, mais heureux de la perspective de pouvoir me reposer,
pendant quelques jours, dans ce paisible lieu. Je ne me doutais pas alors que cette réunion dût être le point de départ d’une longue et croissante intimité, mais je sentais bien nettement que j’étais auprès d’amis qui se faisaient un plaisir de me combler d’attentions.
26 Décembre. — Réunion matinale pour les gens de la station. M. Coillard me présente à eux, et je médite ces précieuses paroles : Par qui vous ave\ reçu la grâce! Toute grâce est un don de Christ !
J’étais de retour à la maison, lorsque mes lettres d’Angleterre arrivèrent, apportées par un messager spécial du magistrat. Après m’être délecté des nouvelles que j’avais reçues de ma femme et de mes amis, je passe la soirée à prier avec mon frère et sa chère femme. Avant de nous rencontrer, nous avions déjà prié les uns pour les autres, c’était donc une grande douceur que de le faire réunis et de pouvoir célébrer ensemble, le dimanche suivant, la Cène du Seigneur. La chapelle, ce jour-là, était presque pleine et je rendis témoignage à l’amour et à la grâce de Dieu. Le cher M. Coillard, comme tous ses frères de la mission, a bien sujet de bénir le
Seigneur pour toutes les grâces répandues sur ses travaux. Il commençait à fonder la station, en 1865, lorsqu’il en fut chassé par les Boers. Contraint d’aller à Natal, il y demeura pendant quelque temps avec les missionnaires américains; puis, à la fin de la guerre, il retourna à Léribé et il était au milieu de la construction de la belle église de pierres qui fait maintenant l’ornement de la station, lorsque éclata la guerre entre la France et l’Allemagne. Il aurait dû forcément interrompre les travaux si ses amis de Natal ne lui étaient pas venus en aide. L’église put donc être achevée. L’intérieur et l’extérieur sont d’un goût excellent et d’une simplicité charmante.
L’école du dimanche offrait l’après-midi un joli coup d’œil ; l’église était remplie de groupes de jeunes garçons et de jeunes filles, et des femmes païennes, assises au pied de femmes chrétiennes, écoutaient l’instruction qu’elles leur donnaient. Les jeunes gens étaient instruits par des hommes ; tous apprenaient la même leçon, tirée de la parole de Dieu. Aussitôt après, on célébra la Cène.
Le lundi suivant, l’Église se réunit de nouveau et j’appelai l’attention des auditeurs sur cette décla-
ration : « Heureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » Qu’il est grand, le prix de la parole écrite par Dieu lui-même ! Quelle paix et quelle puissance nous sont dès à présent données, lorsque nous l’acceptons et en faisons un constant usage !
Le mercredi, je vais avec M. Coillard faire visite au major Bell et à Molapo, l’un des fils de Moshesh. Je remercie 1-e major de l’obligeance qu’il a eue de m’envoyer mes lettres. Près du village de Molapo, M. Coillard me montre la maison que lui et sa femme ont habitée pendant quatre ans, avant d’aller à Léribé. Je bénis le Seigneur de leur avoir donné la patience et la foi nécessaires pour supporter un séjour prolongé dans un pareil lieu et au milieu de pareilles scènes. Mais l’amour de Christ ne communique-t-il pas à ses serviteurs une incomparable énergie ?
La plus remarquable des années de ma vie était arrivée à son terme ; il était donc bien naturel que j’eusse le désir de faire une revue rétrospective du passé, et de demander le secours de la grâce pour l’avenir. Ma journée se passa donc à m’examiner
LÉRIBÉ.
moi-même et à prier. La vieille année s’éteignit, et la nouvelle s’ouvrit pendant que nous priions silencieusement, mon cher frère, sa femme et moi, dans la communion de milliers de chrétiens répandus sur toute la surface du monde.
ier Janvier 1875. — Vous ne save% ce qui arrivera demain. Quel triste état que celui de l’homme qui a la prétention d’être intelligent, éclairé, et qui ne pense pas à adresser à Dieu cette prière, au commencement d’une nouvelle année : « Que ta bonté et ta vérité me gardent continuellement ! »
Pendant toute cette journée et la journée suivante, nous nous sommes joints aux indigènes pour demander au Seigneur de bénir la nouvelle année et de préparer la semaine de prières. Qui ne sait que de nombreux chrétiens, répandus sur la terre entière, ont coutume de consacrer, d’une manière particulière à la prière la première semaine de janvier ? Mes prières de l’année dernière avaient été si merveilleusement exaucées, que je ne pouvais vraiment perdre sur les routes cette semaine bénie, quel que fût pourtant mon désir d’arriver à Pieter-Maritzburg avant le départ pour l’Angleterre des troupes qui y
étaient cantonnées, et que j’avais commandées à Singapore. Je restai donc à Léribé.
Je prêchai avec grande joie, le dimanche, sur le sujet désigné pour la méditation du premier jour — Jésus Prophète , Pontife et Roi. — Pendant toute la semaine, soir et matin, il y eut des réunions dans la chapelle, et elles furent très-suivies. Le mercredi, jour de prières pour les enfants, on invita tous les jeunes gens, et tandis qu’on priait en leur faveur, l’Esprit du Seigneur descendit sur eux, et il y en eut sept qui, ce même matin, furent amenés à sentir leur état de péché et à se confier en Christ, mort pour leurs offenses et ressuscité pour leur justification. Nous nous réunissions au lever du soleil, et nous ne nous séparions guère avant midi.
Le jeudi, en parlant des moyens par lesquels le Seigneur fait pénétrer la liberté religieuse dans un pays, j’avais cité l'exemple de l’épreuve des jeunes Hébreux dans la fournaise de Babylone, et j’avais fait cette remarque, que la liberté est toujours amenée par les souffrances des enfants de Dieu. Les chrétiens indigènes étaient très-émus. L'un d’eux, Nathanaël, se leva, et dit qu’ils avaient dans
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leur pays une idole, le veau d’or de la polygamie, et que tous ceux qui ne voulaient pas lui rendre hommage étaient plongés dans une fournaise trèsardente. Les chefs ont le droit d’exiger de leurs sujets qu’ils cultivent leurs champs. Les chrétiens consentent à labourer ceux du chef et de sa première femme, mais ils se refusent à travailler ceux des vingt et quelques femmes qu’il possède quelquefois en outre ; aussi, sont-ils persécutés. Ils prièrent avec beaucoup de ferveur pour obtenir la force de ne jamais rendre hommage à cette idole ou à’ aucune autre, et à souffrir plutôt jusqu’à la mort.
Ce fut pour moi une mémorable semaine ; je pus étudier de près la petite Église de la localité, faire ample connaissance avec son fidèle pasteur, et m’instruire, mieux que par le passé, des coutumes et des idées de la tribu.
Nathanaël, Salomon, Pétrose, Moïse, Mamousa, Damaris, Rahab, Félicitas, Maretha et d’autres, sont des noms qui restent gravés dans mon souvenir. Chacun a son histoire. Mamousa et Rahab ont été les femmes de Molapo ; elles prient avec ferveur pour la conversion de ce chef apostat. Damaris est
une femme zoulou, qui a été conduite à Christ pendant qu’elle était au Lessouto. Elle faisait des efforts surhumains pour prier en sessouto, lorsqu’un jour, à sa grande joie, le missionnaire lui dit que Dieu comprenait le zoulou tout aussi bien que le sessouto. Aussitôt, sa langue fut déliée, et elle se mit à prier et à louer Dieu d’une manière non interrompue. Elle était déjà avancée en âge lorsqu’elle se convertit, et, comme toutes les vieilles femmes cafres, elle avait été mise de côté pour manger,* boire, dormir et mourir.
Une nouvelle vie physique surgit avec la vie spirituelle. Elle se leva, prit sa pioche, et s’en alla travailler aux champs. Aujourd’hui, elle aime à raconter comment elle trompe les gens, en marchant et en courant comme une jeune fille ! Le pouvoir extraordinaire que l’âme exerce sur le corps est, d’ailleurs, un fait assurément bien connu, et que confirme chaque jour la conversion des païens, qui passent des ténèbres de la superstition et de la barbarie à la lumière éclatante des vérités éternelles.
Le visage du petit Maretha est radieux entre tous
LÉRIBÉ.
ceux que j’ai vus. C’était pendant qu’il écoutait un sermon sur la résurrection du Seigneur Jésus, que la réalité de ce grand fait pénétra dans son âme. Le lendemain matin, il alla frapper à la porte de Damaris ; le soleil n’était pas encore levé à l’horizon : « Qui est là ? lui fut-il répondu. — Maretha ! — Que veux-tu ? — Le Seigneur Jésus est ressuscité ; Damaris, laisse-moi entrer. » Elle ouvrit la porte, et son petit visiteur lui fit raconter tout ce qu’elle savait de la vie bénie de Jésus, lorsqu’il était sur la terre. Je n’ai jamais vu de figure plus radieuse que celle de ce petit noir. Il n’a guère que huit ans, mais il a les manières, l’attitude et l’expression d’un chrétien qui depuis longtemps a marché dans l'humilité devant Dieu.
Nathanaël était un des guerriers favoris de Moshesh, un brave et un chef par droit de naissance. Il aurait pu devenir l’un des conducteurs de sa tribu, mais il a préféré aux honneurs de ce monde l’opprobre de Christ, qui l’abaisse aux yeux de ses compatriotes païens. Vieux soldat moi-même et ayant passé par des circonstances identiques aux siennes, mon cœur s’est senti fortement attiré vers le sien. Nous
avons eu ensemble des conversations fort intéressantes. Il me demanda, un jour, si j’avais appris quelques mots de sessouto. « Morèna Jesu! » lui dis-je. Le Seigneur Jésus. Il me répondit par le mot topollo , rédemption, et il m’en expliqua le sens en ces termes : « En temps de guerre, c’est une coutume au Lessouto, lorsqu’un homme veut se rendre, qu’il jette ses deux bras en l’air comme pour figurer les cornes d’un bœuf. Il a alors la vie sauve, mais il est redevable de la somme équivalente au prix d’un bœuf, (c’est-à-dire du topollo, rançon ou rédemption). — Nous étions esclaves, me dit-il, saisis par le péché et prêts à périr, mais le Seigneur Jésus parut, il étendit ses mains sur la croix et fut notre topollo. » Il ajouta encore : « L’homme a été fait prisonnier, et il n’aurait pu se libérer si le bœuf n’avait pas été payé. »
Le second dimanche de janvier, j’allai avec mon frère le missionnaire, prêcher au village de Molapo. Pauvre homme ! Pendant longtemps il a fait profession de christianisme, mais il a été entraîné de nouveau au paganisme par la polygamie. Je l’avertis avec fidélité, mais avec douceur, car j’ai une profonde
compassion pour tous ceux qui sont dans sa situation. Il avait Pair malheureux et il l’est bien certainement, car plus d'une fois il lui a été dit solennellement qu’il combattait contre Dieu. Il se trouva qu’une fois, à l’occasion d’une réunion d’étude de la Parole de Dieu, convoquée par M. Coillard, Molapo, sans aucune raison plausible, défendit aux indigènes d’y mettre les pieds et leur commanda, en revanche, de venir chez lui prendre part à l’une des ignobles danses coutumières chez les païens. Ils obéirent, cela va sans dire ; la cour se remplit de monde et les danses commencèrent. Au même moment, un orage éclata subitement et la foudre tombant sur l’assemblée tua quatre personnes. Molapo fut fort effrayé, mais l’impression s’effaça promptement. Pour moi, je suis convaincu que cet événement n’a pas été simplement le fait d’une coïncidence.
C’est sous le gouvernement d’un pareil chef que M. Coillard, aidé de sa compagne dévouée, a prêché fidèlement l’Évangile. Les encouragements ne leur ont pas manqué, et le Seigneur leur a manifesté sa présence ; les païens ont écouté et plusieurs ont reçu l’Évàngile. Cent membres de l’Église et cin-
quante catéchumènes sont le fruit de son labeur ; il a pu, en outre, ouvrir des annexes où se trouvent des évangélistes et des écoles. L’Évangile a donc jeté de profondes racines dans cette portion du Lessouto ; 150 enfants reçoivent l’instruction dans les écoles qui sont l’espoir de cet endroit, pour l’évangélisation du pays. Ce sont d’heureux jours que ceux que j’ai passés sous le toit de M. et Mme Coillard, jouissant d’une véritable communion fraternelle. C’est chez eux aussi qu’a été rédigée une grande partie de ce journal. Nous déjeûnions souvent dans un pavillon situé au milieu du jardin, en pleine vue des montagnes; ils me faisaient alors nombre de récits sur leurs vingt années de labeur dans le champ missionnaire. Que Dieu est admirable en moyens d’action lorsqu’il veut se préparer un instrument! M. Coillard me raconta qu’un jour, se promenant avec sa femme, il aperçut un païen qui se tenait immobile à l’entrée du jardin ; il le montra à Mme Coillard, laquelle, après l’avoir considéré attentivement pendant quelques instants, dit à son mari : « Je crois que cet homme deviendra un missionnaire. — Quoi, ce païen ? — Oui. — Eh bien ! Si tu en es persuadée, pourquoi ne vas-
tu pas lui parler ? » Elle s’approcha du noir et, ouvrant son Nouveau-Testament, elle lui lut ces paroles : « Que servirait-il à un homme de gagner "tout le monde s’il perdait son âme. ?» Le païen s’assit, trèsému et ne pouvant proférer une parole. Mme Coillard lui demanda ce qui l’avait touché à ce point, et il lui apprit alors qu’il avait été pendant quelque temps au service d’un Boer, lequel avait essayé de convertir ses domestiques indigènes et leur lisait continuellement ce verset. Il l’avait quitté parce qu’il ne voulait pas devenir chrétien, et voilà que, de retour dans sa tribu, il se trouva à la prédication d’un missionnaire de passage qui avait pris pour texte ces mêmes paroles. « Aujourd’hui ajouta-t-il , j’arrive ici pour chercher du travail afin de pouvoir m’acheter des vêtements, et ce sont les mêmes paroles qui frappent encore mon oreille. Je comprends maintenant que ce sont les paroles de Dieu ; je ne .lutterai plus contre lui, je me donnerai à lui, je travaillerai pour toi et tu m’instruiras. »
Il resta pendant deux ou trois ans av^c M. et Mme Coillard, fut instruit, baptisé sous le nom de Jérémie et, depuis lors, il est devenu un fidèle mis-
sionnaire au sein de la tribu. Je quitte maintenant Léribé et j’en emporte le souvenir le plus lumineux.
1 5 Janvier. — Dans la matinée, l’Église s’est réunie et nous avons participé ensemble à la Cène du Seigneur. Qu’il est simple et touchant ce sacrement ! Qu’il est triste que les hommes l'aient entouré de si grossières superstitions que des milliers de créatures soient par là privées de célébrer le souvenir de l’acte suprême de l’amour divin !
Ce matin, en rompant ensemble le pain et en buvant à la même coupe, nous avons tous senti que nous n’étions qu’un, en notre bien-aimé Sauveur, qui a livré son corps, répandu son sang pour nc^us et que, par notre union avec Lui, nous nous trouvions unis les uns aux autres par un lien que ni le temps, ni l’espace, ne peuvent détruire ou rompre.
Au moment de partir, un gros orage remonta la vallée, et, tandis qu’il passait au-dessus de nos têtes, nous nous remîmes une dernière fois en prière, dans la salle d’école. Il m’était très-pénible de devoir décidément dire adieu à ma bonne hôtesse ; son mari et Nathanaël voulurent, eux, m’accompagner pendant une partie du chemin. Tout en chevauchant, je dis à
LÉRIBÉ.
ce dernier : « Nathanaël, lorsque des chrétiens sont sur le point de se séparer, leur désir ^devrait être de chercher à se fortifier dans leur très-sainte foi ; laissemoi te rappeler que le secret de la force est dans l’union avee Jésus-Christ. »
Puis, nous avons continué à nous entretenir de l’inébranlable assurance du chrétien. Chemin faisant, nous nous étions rapprochés d’un point fort élevé d’où l’on découvre toute la plaine ; nous mettons pied à terre, et, en face de cette vue spendide, nous nous recommandons au Seigneur et le prions aussi de répandre toutes ses grâces sur l’Église du Lessouto. Après nous être embrassés, nous nous sommes dit adieu. Ce rocher me rappelle une prière que j’affectionne tout particulièrement : « Lorsque ' mon cœur se pâme, conduis-moi sur ce rocher qui est trop élevé pour moi. » Je montrai à mes chers frères cet emblème de la force, de la puissance et du salut, et mes dernières paroles furent inspirées par ce précieux enseignement contenu dans cette portion du Livre de vie. Puissions-nous nous en souvenir en tout temps et surtout à l’heure de l’épreuve !
Il faisait nuit lorsque j’arrivai à Boutabouta, l’en-
droit où Moshesh est né. Un négociant, M. Bell, m’invita à venir chez lui, et j’y passai la soirée en famille. Au Uver de la lune, Salomon m’amena les chevaux et j’a ’ai coucher un peu au-delà, chez un évangéliste.
16 Janvier . — A cheval avant l’aube. M. Coillard nous avait prêté deux vigoureuses bêtes, qui nous emportèrent rapidement. Nous fîmes halte à un grand village où hommes, femmes et enfants s’assemblèrent pour entendre la prédication de la Parole de Dieu. L’entrée des montagnes du Drakensberg est fort grandiose, et des milliers de vautours ont bâti leurs nids dans leurs gorges profondes. Les magnifiques rochers rouges dont se compose cette chaîne, sont touchés de blanc comme par le pinceau d’un artiste, et ce ne fut qu’en m’approchant que je constatai que cet effet n’était produit que par les excréments des oiseaux de proie.
Nous nous reposons au pied des rochers audessus desquels tourbillonnent de jeunes vautours qui réclament à grands cris leur pâture. Un ruisseau murmure harmonieusement à nos pieds, l’herbe est verte et moelleuse, et notre halte me paraît délicieuse.
WITSIESHOEK.
Un peu plus loin, Salomon et mon guide se mettent à chercher des champignons, ce qui nous retarde d’une demi-heure. Pendant ce temps, la nuit vient, et je me vois contraint de la passer à la belle étoile, à voyager en pleine montagne. Nous traversons dans l’obscurité profonde un marécage, et des éclairs répétés illuminent dans le lointain la maison missionnaire de Witsieshoek. Cependant notre voyage s’effectue sans encombre et je suis heureux de pouvoir trouver un abri sous le toit hospitalier de M. Maeder, le fils du missionnaire de Siloé.
Que le Seigneur nous préserve d’être à la recherche des vanités de cette vie, lorsque nous arriverons au terme de notre carrière terrestre !
1 7 Janvier , dimanche — Cette mission, bien qu’elle appartienne à l’Église réformée hollandaise, est en réalité l’enfant de l’Église française.
Non-seulement le missionnaire est fils de cette Église, mais le chef Mopéli est frère de Moshesh et tous ses gens sont des Bassoutos. Ce fut pendant la guerre des Boers que Mopéli demanda à venir ici avec son peuple. L’Église française continua tant qu’elle le put à veiller sur les chrétiens, mais il vint
un moment où Witsieshoek, qui n’était pas dans le Lessouto, mais dans l’État-libre, passa tout entier entre les mains de l’Église réformée hollandaise. Mopéli vint avec un grand nombre d’indigènes assister au service du matin. Notre culte fut célébré au milieu des montagnes, et vraiment il n’est donné à aucun pasteur européen de prêcher dans une aussi splendide cathédrale.
Le lendemain, un homme vint me dire : « Je voudrais luire comme le soleil dans le royaume de mon Père !
Mopéli est polygame ; c'est ce qui l’empêche d’embrasser le christianisme. Quant aux apparences, il est fort distingué, et, après avoir causé avec lui, il me semblait pouvoir me représenter ce qu’avait été, diton,. son frère Moshesh. Après le culte du matin, je parlai aux enfants dans la maison, encore inachevée, de M. Maeder ; nous avions été nous y réfugier pendant une averse. J’étais traduit par le fils ainé de Mopéli, qui a reçu une bonne éducation, à la ville du Cap. Il ne fait pas profession de christianisme. « Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les fils des chefs africains trou-
WITSIESHOEK
vent autant de difficulté à se convertir que nos jeunes gens riches, en Europe.
18 Janvier. — Causerie avec un petit troupeau de chrétiens et avec un vieux soldat de mon régiment domestique de M. Maeder. Un commandant, magistrat hollandais, me fait visite.
19 Janvier. — Je me mets en route avec M. Maeder, pour Natal. Après m’avoir fait passer un gué, il me quitte et a l’obligeance de me laisser son domestique. Je suis heureux de penser que les tracas de M. Maeder, au sujet de ses constructions, ont cessé, et qu’il se trouve maintenant confortablement installé au milieu de ces belles montagnes, où lui et son troupeau exercent, à l’endroit de leurs frères voyageurs, une si bienfaisante hospitalité. En me séparant de M. Maeder, j’ai dit aussi en quelque sorte adieu aux missionnaires français. Quelle immense influence ils ont exercée sur ce peuple des Bassoutos, qu’ils ont éclairé et civilisé ! Tout ce que je pourrais en dire n’approcherait pas de la réalité !
Dans T État-libre, les stations de Smithfield et de Béthulie, composées de membres convertis de la
tribu des Bassoutos, ont une très-grande importance, tandis que, plus loin, de l’autre côté du Drakensberg, vers lequel je me dirige maintenant, les stations de Matatièle et de Paballong, sous la direction de MM. Preen et Christmann, sont des foyers nouveaux de civilisation chrétienne, au centre de la population nombreuse et croissante du Nomans land. Ces stations sont habitées par des Bassoutos qui, pour diverses raisons, ont émigré dans cette portion du pays. La communauté chrétienne de Matatièle est de deux cents membres, et celle de Paballong d’une centaine d’adultes. Chaque station a son école ; trois annexes ont été fondées ; l’œuvre est donc aussi prospère dans ce district qu’elle l’est ailleurs. Ma course, le long de la dernière crête du Drakensberg, fut charmante ; l’air délicieux de la montagne me fit grand bien, et les échappées sur la vue de la vallée de Natal, qui s’étendait à mes pieds, me promettaient des heures de promenade à cheval, dans un site pittoresque et varié. Avant de commencer ma descente, je congédiai le domestique et les chevaux de M. Coillard; ils m’avaient été d’un grand secours, et j’eus de la