CAN A
âme retrouve bientôt sa confiance au Seigneur, et c'est le remède par excellence contre la mélancolie. La pluie a fait déborder le Calédon, de sorte que nous sommes obligés de le faire passer à nos chevaux à la nage; nos personnes traversent en bateau. Nous rencontrons un négociant qui nous invite à entrer chez lui ; nous nous trouvons ainsi garantis contre un gros orage.
Après avoir partagé son repas et lui avoir parlé de Christ qui est le pain de vie , je me remets en route. Il y a sur le chemin un poste de police anglaise ; je m’y arrête et j’y trouve un de mes anciens soldats. Les officiers sont très-aimables et m’autorisent à parler aux hommes. C’est une des plus vives jouissances de mon voyage que cette prédication à des policemen anglais , dans ce baraquement africain, et elle me dédommage amplement de la course que je suis obligé de faire, dans la pluie, pour gagner Cana que j’atteins à la nuit tombante. J’y trouve une ancienne amie en Mm3 Kohler et un nouvel ami en son mari. Leur première maison n’était pas encore complètement terminée, mais le toit était monté et l’on apprend à s’estimer heureux,
en Afrique, lorsqu’on a un bon toit au-dessus de sa tête et une natte sous les pieds.
24 Décembre . — Cana est une nouvelle station, et M. fCohler a dû y faire, avant son mariage, une année d’expérience dans une complète solitude, au milieu d’une population païenne. Ce temps a été fort sérieux et pénible, mais il a contribué à lui faire mieux apprécier plus tard la digne compagne que Dieu lui a fait trouver. La matinée était belle, M. Kohler a fait le culte dans une sorte de hangar recouvert de roseaux. Plus tard, il y a eu une autre réunion dans laquelle . j’ai parlé de Christ aux païens et à un petit nombre de croyants ; il y avait de trente à quarante personnes. Quelle différence avec les grandes assemblées de Morija ou de Thaba-Bossiou ! Mais « qui est-ce qui méprise le temps des petits commencements ) » Celui qui croit en Dieu et qui a été enseigné de lui ne sera-t-il pas aussi empressé à annoncer sa grâce à deux ou trois Bassoutos qu’à la congrégation la plus considérable de l’une de nos Églises d’Europe? N’est-ce pas un honneur que d’être appelé à lui rendre le plus humble des services ?
Après le service, un païen s’approcha de moi pour
me tendre un piège ; il me dit : « J’ai très-faim, j’ai besoin de nourriture. » A peine avait-il commencé à parler, que j’eus le pressentiment qu’il voulait m’éprouver d’une façon quelconque.
« N’as-tu pas mangé avant de partir? lui dis-je.
— Non. — Dans mon pays, quand on part pour la journée, on emporte ou on achète de quoi manger. Tu n’as rien emporté? — Non. — Je ne puis rien demander au missionnaire, car c’est à toi à fournir à tes besoins et non à lui de te nourrir. — J’ai bien faim. — Tu n’as pas d’amis dans le voisinage ?
— Non. — Personne de ton peuple ne veut-il te donner à manger? — Non. » Pour le coup, je savais qu’il mentait, car parmi les indigènes le droit à la nourriture et à l’hospitalité est acquis à chacun.
— « Eh bien ! continuai-je , la Parole de Dieu ordonne que ceux qui annoncent l’Évangile vivent de l’Évangile; je m’en vais te lire cela. Cela veut dire que tu dois donner de la nourriture à ton missionnaire au lieu de lui demander l’aumône. Je ne puis rien te donner moi-même, car je n’ai rien et je ne puis rien demander pour toi. »
L’homme éclata de rire et les assistants en firent
autant. « J’avais seulement dit cela pour voir ce que tu ferais, dit-il. — Et moi, je t’ai répondu selon la Parole de Dieu. — Oui, je le sais. » Puis il ajouta : « Comment un homme aussi jeune que toi peut-il connaître la Parole de Dieu? — Parce que je la lis. — Pourrais-je apprendre à la lire aussi?» Je lui répondis affirmativement et, après l’avoir pressé de ne point mépriser le salut de Christ, nous nous séparâmes.
J’aurais bien volontiers passé quelques jours de plus avec M. et Mme Kohler, mais j’avais promis à M. et Mme Coillard d’être avec eux le jour de Noël, à Léribé ; mon devoir était de continuer ma route. Je dis adieu à mon frère et à sa jeune femme, le cœur rempli de sympathie pour l’œuvre de miséricorde qu’ils accomplissent parmi les païens.
Visite à une vieille Hottentote que son grand âge confine dans sa demeure. Dès que je lui adresse la parole, elle entonne un cantique de louange, tandis que les larmes inondent son visage. Je la quitte après avoir reçu sa bénédiction. En moins d’une heure, j’atteins la Putiatsana, petite rivière que les pluies de la journée d’hier et de la nuit ont fait déborder, si