ARRIVÉE A PRETORIA
Maintenant nous sommes au moment de continuer notre route.
» Demandez que Dieu fasse luire la lumière de sa face sur notre voyage et que tout soit joie, paix et harmonie. Nous sentons que le Seigneur est avec nous; tous semblent comprendre que leur devoir est d’être prêts à aller où l’on voudra et à faire tout ce qu’on leur demandera. »
Quel contraste avec la réception faite à la Mission lors de sa première arrivée dans la capitale du Transvaal ! Vraiment, le brave Ascer et ses fidèles compagnons avaient bien sujet de concevoir pour l’avenir de grandes espérances. Ils avaient planté leurs tèntes tout près de la prison dans laquelle, un an auparavant, ils avaient été enfermés, mai? elle avait été si bien badigeonnée qu’elle était à peine reconnaissable. Non loin de là, campait un régiment anglais; c’était leur donner l’assurance qu’ils pouvaient poursuivre en paix leur but miséricordieux, sans avoir à craindre les autorités du Transvaal. Ascer voulait montrer à M. Coillard la place où il avait été enfermé naguère ; ils frappèrent à la porte de la prison, mais le gardien refusa, en grommelant,
de la leur ouvrir. La sympathie témoignée aux missionnaires français et à leurs aides, par les indigènes, , par sir Theophilus Shepstone et ses officiers, avait une signification évidente, il ne faut pas l’oublier. Dans leur pensée, elle était destinée à effacer le pénible souvenir des violences dont ils avaient été les objets, et à les encourager dans la poursuite d’une expédition, entreprise pour ouvrir à la lumière de l’Évangile et à la civilisation l’importante tribu vers laquelle ils se dirigeaient. L’administration anglaise témoigna aussi le plus grand intérêt à l’expédition.
Ainsi encouragés, ils gagnèrent le nord du Transvaal où ils devaient retremper encore leurs forces auprès de M. Hoffmeyr et de MM. Creux et Berthond, du canton de Vaud, avant d’affronter les dangers et les difficultés d’un voyage en wagon dans le pays des Banyaïs.
Celui avec qui ils se sont mis en route les guidera certainement et favorisera leur expédition pour l’achèvement du grand plan de bénédiction et de salut qu’il poursuit en faveur du peuple africain.
J'espère qu’avant même la publication de ce livre, nous recevrons la bonne nouvefie de l’arrivée de la
l’avenir .
Mission aux villes des Banyaïs et que l’œuvre de civilisation chrétienne, inaugurée il y a quarante ans par les pionniers français, dans la tribu de Moshesh, va s’étendre dans un nouveau champ.
Ce second pas égale presque le premier en importance, car la situation de la tribu des Banyaïs donne à l'établissement d’une Mission au milieu d’elle une grande sphère d’action.
Comme nous avons tout lieu d’attendre un rapide développement de l’œuvre accomplie sous le regard de Dieu par des évangélistes indigènes, nous pouvons espérer qu’elle aura pour champ d’activité toute cette contrée qui s’étend des chutes Mackenzie sur le Zambèze au pays occupé par les Matébélés et d’autres tribus encore chez lesquelles la Société des Missions de Londres poursuit avec tant de patience une œuvre analogue à celle de l’Église française. L’Église d’Écosse a établi une Mission chez les Makololos à deux journées des chutes Mackenzie, afin d’occuper le pays qui est au nord, et d’autre part de donner la main à Livingslonia , cette station missionnaire qui est comme un monument élevé par l’Écosse à la mémoire du grand explorateur, et dans le but de *
communiquer avec la mer. Ainsi protégée par les missionnaires anglais et écossais qui ont une profonde sympathie pour les missionnaires français et les évangélistes qu’ils ont formés, nous devons espérer pour cette seconde entreprise tout le succès qui a couronné la première. Elle se heurtera sans doute à des difficultés de dialectes, le travail de pionnier devra être repris, mais poursuivie patiemment par des indigènes intelligents et qui ont reçu une véritable éducation, l’œuvre prospérera avec rapidité.
Cet essai de Missions indigènes a déjà produit un effet moral très-considérable sur les natifs du sud de l’Afrique. Le sentiment de leur devoir et de leur responsabilité vis-à-vis de leurs compatriotes inconvertis a été réveillé par ce fait que des chrétiens africains quittaient leur tribu pour porter à d’autres nations de l’intérieur la bonne nouvelle du salut, et les missionnaires européens ont été aussi encouragés à faire eux-mêmes l’essai d’évangélistes indigènes pour les entreprises lointaines.
Le docteur Stewart de l’Église écossaise a pris avec lui au lac Nyassa, quatre évangélistes cafres ; l’un d’eux y dirige maintenant une école.
l’avenir .
La Société de Londres a envoyé douze Cafres chrétiens au lac Tanganyika. Le continent africain s’ouvre donc de toutes parts devant une armée de conquérants zélés, et la France, dans la personne de ses missionnaires, a pris place à l’avant-garde. Ce qui a été fait jusqu’à présent est peu de chose, mais la porte est ouverte, et c’est beaucoup.
Une mission anglaise est établie au lac Victoria- Nyanza et bientôt, nous l'espérons, l’Afrique sera attaquée par d’autres points à l’est et à l’ouest.
Après avoir quitté la Cafrerie, je passai un mois à la ville du Cap et de là j’allai visiter la Vallée des Français. A Wellington , *j’eus le privilège de voir M. le pasteur Bisseux, l’un des trois premiers missionnaires français. Il a encore toute la vivacité et l’entrain qui régnent dans son pays, et il ne l’a point oublié, bien qu'il ait passé près d’un demisiècle en Afrique. Une bible française était sur sa table, et, à ma requête, il en lut quelques fragments. J’ai visité avec lui plusieurs familles qui portent mon nom et j'en ai reçu un chaleureux accueil.
Les descendants des réfugiés français ont beaucoup prospéré ; leurs corps et leurs esprits sont
vigoureux et la joie règne dans leurs demeures. Dans l’une de nos réunions, il se trouvait un jour sept frères âgés de soixante à soixante-dix ans, avec leurs enfants, leurs petits-enfants et leurs arrière-petits-enfants, et je leur racontai la visite que j’avais faite au berceau de leur famille en France.
A la Perle, une autre branche des Malan me fit un excellent accueil, et je fus heureux de pouvoir constater que la foi en Jésus-Christ était la lumière et la paix de leur maison. Le père de famille m’emmena en voiture au Franschhoek , (coin français) localité où les Français s’établirent lorsqu’ils débarquèrent de Hollande.
Je fus très-frappé de la ressemblance du pays où ils avaient été amenés avec celui qu’ils avaient quitté ; les montagnes qui entourent ce délicieux endroit ont certainement dû leur rappeler les montagnes de France. Le premier chêne planté par eux s’élève encore, plein de vigueur, près des ruines de la première maison qu’ils avaient construite et à laquelle ont succédé une bonne habitation et une ferme ; les familles portent toujours leurs noms français. A la requête de leur pasteur, j’adressai la
l’ AVENIR .
parole à l’assemblée la plus nombreuse qu’il fut possible de convoquer ; ce fut pour moi une circonstance solennelle. Après avoir fait allusion à l’histoire de leurs ancêtres et aux événements qui les avaient chassés de France, il me fut facile de leur montrer de quels soins providentiels ils avaient été les objets, et quelles bénédictions le Seigneur avait répandues sur eux et sur leurs familles. Ils en sont eux-mêmes les témoins vivants, car n’est-ce- pas Lui qui, depuis deux cents ans, les garde, les protège et les fait prospérer ?
Après leur avoir parlé de la bénédiction répandue sur la Mission entreprise par cette même Église de France, à laquelle appartenaient leurs pères, et de la manière merveilleuse dont s’était ouverte une voie pour la propagation de l’Évangile dans l’Afrique centrale,' je fus saisi par cette pensée, que Dieu tenait certainement en réserve quelque grâce spéciale en faveur du continent africain, lorsqu’il y amena des Français ; que ce n’était pas seulement pour leur faire manger les pêches, les figues et les raisins du pays qu’il leur avait accordé tant de prospérité, mais pour y répandre l'Évangile.
Lorsque l'Afrique centrale sera ouverte, personne ne colonisera mieux et n'évangélisera mieux, que les descendants des plus loyales et des plus industrieuses familles de France. Nés et élevés en Afrique, ils seront au courant des nécessités de la vie coloniale et ils souffriront moins que des nouveaux venus des épreuves d'une nourriture insuffisante et de mauvaises conditions climatériques. Dépositaires, par la grâce de Dieu, de la foi simple de leurs pères et des principes élevés que donne la Parole de Dieu, héritiers de la courtoisie et de la douceur particulières à la nation dont ils sont originaires, et que comme chrétiens ils considèrent comme un devoir de manifester en toute occasion, ils seront mieux qualifiés que d’autres blancs dont les rapports avec. les races du pays sont d'une nature très-différente, pour gagner la confiance des indigènes. Les desseins de Dieu à l'égard de l'Afrique centrale sont cachés à l’esprit borné de l'homme, mais tandis que je revenais de la Vallée des Français, songeant à tout ce que j'y avais vu, songeant aussi à la mission du Lessouto et à la brèche faite du côté de l’intérieur chez les Banyaïs, je sentis bien vivement que Dieu s’était
J^'aVEN IR.
servi d'une manière très-remarquable de ses enfants français, pour bénir l'Afrique du Sud et que peutêtre leur réservait-il des choses plus grandes encore dans l'Afrique équatoriale. Dans cette terre de ténèbres, Il a merveilleusement répandu la lumière de sa vérité, au moyen des quelques chrétiens français qu'il y a envoyés. Que ne fera-t-il pas encore ? Par sa Colonie et par sa Mission du Lessouto, Dieu a accordé à l'Église de France un insigne honneur, et II lui a prouvé, en même temps, que lorsqu'il fait des promesses, Il est fidèle pour les ratifier. Puisse cette Église s’attendre à Lui avec prières, avec foi et avec patience ! Qu’elle demeure donc son témoin ! et alors il lui conférera l'honneur de faire plus encore pour Lui et pour le pays dont elle relève.
Je me suis efforcé de donner un aperçu exact des résultats obtenus au Lessouto par les chrétiens français. Mais il est fort difficile de démontrer la puissance d une force qui est avant tout spirituelle et morale ; toutefois on peut affirmer que leur influence a été très-considérable et que des occasions nouvelles et plus importantes de la répandre, leur sont réservées.
Depuis mon retour en Europe, j’ai dû, à plusieurs reprises, raconter dans des villes et dans des villages de la France et de la Suisse, ce dont j’ai été témoin au Sud de l’Afrique.
Je tiens à exprimer ici toute ma reconnaissance pour la sympathie qui m’a été témoignée. Pendant le séjour que j’ai fait à Paris, j’ai demeuré chez M. Casalis, à la maison des Missions. Mais je n’ai pu refouler un regret, celui que le Directeur de la maison des Missions ne soit pas logé dans un immeuble appartenant à la Société, et dans lequel le missionnaire fatigué, de retour dans sa patrie, puisse se reposer, pendant quelques jours, avant d’aller rejoindre les siens.
Mais, après tout, ce n’est pas ce qu’il importe le plus à la Société de posséder; ce qu’il lui faut, ce sont des hommes et de l’argent.
Plusieurs des missionnaires sont avancés en âge, il faudra que d’autres viennent bientôt prendre leur place. Où sont les hommes qui se préparent à continuer leur oeuvre bénie ? Quant à la question d’argent, non-seulement c’est un privilège que de contribuer à toute bonne oeuvre, mais pour tous ceux qui ont reçu, par la connaissance de Christ, la joie du
l'avenir.
salut, c’est un devoir que de répandre la nouvelle de la vie éternelle parmi tous ceux qui sont encore dans les ténèbres. Si chaque Église de France prenait intérêt à cette grande œuvre, les fonds ne manqueraient pas. Mais ce qu’il faut avant tout, ce sont des prières. Partout où le désir d'une bénédiction est exprimé, la sympathie et le secours suivront. La prière surtout sera de secours à l'Église en France et à son œuvre au loin. Ceux qui travaillent à genoux sont les meilleurs ouvriers ; tous n’ont pas quelque chose à donner, mais tous peuvent prier. Que Dieu répande l’esprit de prière sur ses enfants de France!
Le concours que j’ai apporté à la Mission du Lessouto a été bien restreint, mais ç’a été celui de l’amour chrétien. D’autres ont joint leurs efforts aux miens et je me plais à espérer qu’après avoir lu ces pages, ils auront acquis la conviction que ce n’est pas en vain qu’ils ont pris intérêt à une aussi sainte entreprise et qu’ils se sentiront encouragés à persévérer. C’est à peine si j’ai fait allusion aux amis hollandais, italiens, suisses qui ont depuis longtemps généreusement aidé la Mission; ils trouvent leur récompense dans le succès qui accompagne ses efforts.
Je me suis borné à dire des missionnaires qu’ils m’avaient reçu avec la plus grande bonté ; leurs travaux font l’éloge de leur zèle et du sérieux de leur travail. La mort inattendue de M. Cochet a fait, au milieu d’eux, un grand vide ; son savoir profond, son jugement calme, sa grande humilité et sa douceur lui avaient gagné l’affection de ses frères et de tous ceux qui l’approchaient. Son fils achevait ses études à la maison des Missions au moment où il entrait dans son repos ; il lui a succédé à Béthesda.
M. Henry Dyke fut consacré le même jour que M. Cochet et ils sont partis pour l'Afrique ensemble. Lui aussi est fils de l’un des vétérans de la mission africaine; son père et sa mère l’ont accompagné. L’œuvre continue, elle prospérera et tous ceux qui y prennent part ont sujet de se réjouir et d’espérer. La confiance témoignée aux missionnaires par les chrétiens indigènes est une preuve certaine de la considération que leur amour humble et désintéressé leur a acquis. Le caractère des Africains est susceptible d’atteindre un développement très-élevé ; il contient, à l’état latent, de grandes qualités, que les missionnaires ont su par leur enseignement religieux
l’avenir.
et par leur exemple, mettre au jour pour la plus grande gloire de Dieu et pour le bien de leurs semblables.
Il est très-difficile pour un étranger de parler comme il le devrait des travaux de ses frères étrangers. Si j’ai commis quelque erreur, j’en demande pardon; je n’ai eu qu’un désir, celui de rapporter fidèlement ce que j’ai vu de l’œuvre missionnaire en Afrique. Dieu a abondamment béni des efforts désintéressés. L’abnégation, la foi, le dévouement et la charité qu’ont montrés les indigènes chrétiens, durant ces dernières années d’épreuves et tout récemment dans la mission chez les Banyaïs, prouvent à l’Église française que la sympathie qu’elle a témoignée à l'Afrique n’a pas été inefficace.
Puisse-t-elle se sentir encouragée à persévérer dans son œuvre, non-seulement au loin mais dans sa patrie bien-aimée ! La France a porté la lumière de la vérité dans plusieurs contrées de l’Europe aussi bien qu’au sud de l’Afrique, mais c’est elle-même qui a besoin maintenant de cette pure lumière. Dieu veuille que ce qu’elle a donné aux autres lui revienne en abondance, soit par ses enfants d’Afrique, soit par
ceux qui sont répandus ailleurs, et que la plénitude des bénédictions de l’Évangile de paix devienne de plus en plus le partage de ses propres enfants.
L'auteur de cet ouvrage Va terminé en exprimant l'espoir que l'on aurait , avant qu'il fût publié, des nouvelles de l'arrivée de l'expédition missionnaire au pays des Banyaïs. Elle y est, en effet, arrivée dans le courant du mois de septembre. Rien n'égale l'intérêt des récits de voyage que M. Coillard a envoyés à ses frères de France, et nous ne saurions asse% recommander la lecture des numéros d'octobre et de décembre 1877, du Journal des Missions, où ces récits ont paru.
On y verra jusqu'où peuvent aller les joies du pionnier missionnaire, pendant que son Maître le conduit par des sentiers unis, et à quelle hauteur s'élèvent son dévouement et sa foi lorsque des difficultés et des périls imprévus surgissent devant lui.
Tout a été lumière et paix aussi longtemps que l'expédition n'a eu qu'à supporter des fatigues et des privations ; l'obscurité est venue lorsque les messagers