TRIBUS SERVES OU IMRAD
Ki£L Gossi, chef Our illies.
Irreganaten, chef Our orda.
Iol'ERarouarar'en, chef Maha-
moud.
Imideddar'en, chef Houberzan.
Ibonc.itan, chef Allabi.
Tafagagat, chef Karrabaou.
Tar'ahil, chef Ekerech.
Ikairiraen, chef Ezemek.
Erkaten, chef Elanousi.
Ikaouellaten, chef Ibounafan.
Ihaiaouen, chef Abba.
Kel R'ezafan, chef Amachecha.
A ces tribus, qui forment la véritable confédération, il faut joindre les suivantes, soumises par la force il y a plus ou moins longtemps ou qui ont accepté de bonne grâce le protectorat des Aouelliminden :
OuDALEN, chef Niougi.
Cheibatan, chef Rafiek.
Logomaten , chef Bokar Oiiandieïdou.
Eratafan, chef Yoba.
Ibendasan.
Ahiananourde, chef Amadida.
Tabotan, chef Mouley.
Chacune de ces dernières tribus possède des tribus imrads; je n'en connais de nom qu'une seule, celle des Ekonou, vassaux des Oudalen.
Qu'ils soient de la rive droite ou de la gauche, les Touaregs du Niger, outre les déplacements qu'ils font à la recherche des pâturages, ont deux migrations annuelles bien tranchées.
En saison sèche, de décembre à mai, les hauts pays sont stériles, les mares, les puits sans eau. Alors, les Touaregs gagnent le fleuve. Les gras pâturages de bourgou qui le bordent nourrissent leurs bestiaux. Il leur est facile, en tenant leurs chameaux un peu dans l'intérieur, de parer à l'inconvénient que j'ai signalé à propos de Tombouctou, la maladie résultant de la pâture d'herbes trop aqueuses.
C'est l'époque où les noirs payent l'impôt de mil, de maïs, de tabac; c'est celle aussi où se font les expéditions de guerre. ,
LES TOUAREGS. 2ji
Mais, durant le reste de Tannée, la pluie tombe à torrents sur les rives du fleuve. Quoiqu'elle y soit moins abondante, elle fertilise les hauts pays; les mares se remplissent, les puits sont pleins d'eau, et, souvent, débordent.
Les nomades remontent alors. Les Aouelliminden, en particulier, vont s'établir dans leurs campements d'hivernage sur les bords d'un oued , d'une de ces rivières ensablées analogues à celles d'Algérie, et dont l'embouchure est près de Gao.
Il résulte des renseignements que j'ai pu recueillir que l'oued de Gao remonte très haut vers le nord. Dans sa partie supérieure, il coule en toutes saisons. Ce serait l'Igharghar du Sud, signalé par Duveyrier, l'Astapus des anciens, qui descend de l'Atakor n'Ahaggar.
Ainsi se trouve confirmée cette appréciation de Barth que les dépressions marécageuses, les dallouls, qui débouchent sur le Xgilbi Sokoto, ne peuvent venir de plus haut que l'Aïr.
A mon avis, d'ailleurs, l'oued de Gao a été, avant son ensablement, un affluent du Niger. Le fleuve, alors, coulait bien plus puissant qu'aujourd'hui.
Si on examine en effet la nature de ses rives, on ne tarde pas à constater que partout, ou à peu près, une ligne de falaises érodées par l'eau forme comme un second lit qui a dû servir à l'ancien Niger.
Dans leur émigration annuelle , les Aouelliminden remontent jusqu'aux environs de l'Aïr. Ils y sont en contact avec les Kel Gheres, leurs ennemis, et la possession des pâturages de saison sèche a dû être l'origine de leur inimitié, plusieurs fois séculaire.
Les tribus de la rive gauche gagnent aussi l'intérieur de la boucle du Niger, s'avançant jusque près de Dori. Là se
trouve une série de maxes et de lacs, Oursi, Belli, etc., dont j'ai essayé sur la carte de donner, par renseignements, une esquisse , sans être certain d'y avoir très exactement réussi.
L'hydrographie de l'intérieur de la boucle réserve de grosses et curieuses surprises aux explorateurs de l'avenir.
Que pensent mes lecteurs des Touaregs, maintenant que j'ai essayé de les faire vivre sous leurs yeux?
Certes, je ne les ai pas présentés comme de petits saints, comme des habitants d'une moderne Utopie, où tout est bien, où tout est bon, l'homme sans vices, la femme sans défauts.
Mais peut-être pensera-t-on avec moi qu'ils ont un caractère assez tranché, beaucoup de qualités à côté de défauts indéniables. Leur intelligence mérite qu'on essaye de les amener à un genre de vie meilleur, plus facile surtout à supporter pour leurs voisins.
Je ne me dissimule pas avec quelle peine on remonte les courants, on combat les idées toutes faites. C'est toujours difficile, et quelquefois dangereux.
En 185g, un jeune Français de moins de vingt ans, Duveyrier, débarquait à Constantine. Trois ans durant il parcourut le Sahara algérien. Protégé par l'émir Ikhenoukhen, chef des Azgueurs, il vécut plus d'un an parmi les Touaregs.
Après son retour, une mission envoyée par le gouverneur de l'Algérie signait avec les Azgueurs le traité de Rhadamès.
Puis, selon la tradition immuable de la politique coloniale française, au lieu de pousser de l'avant en profitant des résultats acquis, on s'endormit dans l'inaction.
Du veyrier avait représenté les Touaregs tels qu'il les avait vus ; il avait dit, comme je viens d'essayer de le faire, leurs qualités et leurs défauts, avait affirmé la possibilité de s'en-
I avait bien le droit, puisqu'il y avait
tendre avec eux.
réussi lui-même.
Lorsque Flatters périt, vingt ans après, il n'y eut pas assez de pierres pour lapider Duveyrîer, accusé d'un optimisme mensonger.
Flatters cependant avait été tué chez les Hoggars, tribu dont le voyageur avait signalé lui-même l'état anarchique, état qui n'avait fait que s'accroître. 11 avait voulu passer, malgré l'amrar qui se déclarait incapable de le protéger. Duveyrier , lui, recommande de ne jamais s'avancer en pays touareg sans une sauvegarde efficace. \'importe,on le rendit responsable du désastre.
Et comme épilogue, désespéré de ces accusations, malade encore des fièvres rapportées de son voyage , dégoûté de l'ingratitude de ses compatriotes, Duveyrier arma son revolver et s'en alla, par delà la vie, chercher la justice, si elle existe.
Les Anglais l'eussent fait pair du royaume et lui eussent élevé des statues; notre ignorance, pour ne pas dire pis, le conduisit au suicide.
L'exemple n'est pas encourageant.
Certes, pour nous faire briller, m mousser » , il eût clé plus simple à moi de présenter les Touaregs connue d'irréconciliables sauvages, de raconter mille entraves soulevées par eux, de narrer des combats imaginaires avec leurs bandes, où ma présence d'esprit, mon sang-froid, notre courage à tous, auraient seuls sauvé l'expédition.
J'ai préféré dire la vérité pour la vérité elle-même, et dans l'intérêt de mon pays.
Au moment où j'écris ces lignes, j'apprends la mort de deux officiers et de leurs hommes, tués près de Tombouctou, dans un combat contre un razzi de Hoggars, — toujours les Hoggars.
Et j'en conclus, une fois de plus, ce que j'ai bien des fois répété lorsque j'étais à Tombouctou : on ne viendra à bout des nomades que par les nomades eux-mêmes.
C'est en apprivoisant certaines tribus, en recrutant chez elles des corps auxiliaires, des Maghzen, qu'on assoira, avec le minimum de frais possible, notre influence sur les Touaregs.
Parmi les tribus qui se prêtent le mieux à ce rôle, je mets en première ligne les Aouelliminden , ennemis héréditaires des Hoggars.
Ou plutôt, je dis qu'en augmentant l'autorité de leur chef, on arrivera, si on sait s'assurer de lui en même temps, aune pacification complète.
Dans cet ordre d'idées, j'avais proposé le projet suivant : armer les Aouelliminden d'une centaine ou deux de fusils à piston dont les cheminées très grosses ne pourraient employer qu'une capsule spéciale fabriquée dans nos pyrotechnies.
Avec cent fusils, les Aouelliminden seraient invincibles. Ils ne feraient qu'une bouchée de leurs ennemis Kel Gheres ou Hoggars.
La nécessité d'avoir nos capsules les mettrait dans nos mains, forcément soumis et dévoués. En ne leur distribuant que peu à peu ces munitions, nous aurions le moyen de supprimer leur puissance le jour où ils ne se plieraient pas à nos volontés.
Contre un pareil service, l'Amenokal, qui me l'a d'ailleurs
formellement promis, et par ses envoyés, et par écrit, protégera nos commerçants.
Que ceux-ci pourtant soient prudents! Je suis convaincu que mes compagnons ou moi pourrions retourner sans crainte chez les Aouelliminden, parce que nous y sommes connus. Je Tai proposé, sans obtenir plus de succès que je n^en ai eu pour ma demande de fusils.
Mais des personnes nouvelles ne devront pas s'engager à la légère, pénétrer dans les territoires touaregs sans la protection formelle du chef.
Que diable! Quand un grand-duc manifeste l'intention de visiter les cabarets des boulevards extérieurs, on lui adjoint bien un Jaume ou un Rossignol. Si une protection est utile à Paris, on admettra qu'elle puisse être indispensable au Sahara.
Quand Madidou dit : « Oui, venez », vous pouvez aller. Je suis convaincu qu'on ne courra aucun risque dans les territoires qui lui sont soumis.
Avec les Aouelliminden, nous conquerrons le Sahara. Vers le Tchad, vers l'Aïr, vers l' Algérie-Tunisie, le Touareg nous donnera le moyen de pénétrer. 11 y trouvera son compte et s'en apercevra bientôt à l'amélioration de son genre de vie.
Le pense-t-on assez sot pour repousser l'occasion de gagner étoffes, verroterie, couvertures, etc.? S'il l'était, même, je réponds que sa femme ne le serait pas.
La race se civilisera; ses défauts, qui dérivent tous de la violence, disparaîtront : la société moderne aura conquis un nouveau terrain en Afrique.
Et pourtant il me vient une réflexion : pour les Touaregs, sera-ce un bien?
Quand j'imagine leur vie errante, libre de toute entrave, 'Gur monde où le courage est la première des vertus, où
les gens sont presque égaux à qualités égales, je me demande s'ils ne sont pas plus heureux que nous.
Leur existence est pénible et frugale, il est vrai, mais l'habitude la leur a rendue facile à supporter. D'ailleurs, la fortune est à qui sait la conquérir, et ce sont les razzis qui l'apportent. Dépouiller les vaincus, c'est aussi laver l'injure héréditaire; la vendetta sépare souvent les tribus au pays touareg. L'épée, en frappant l'ennemi, donne ses biens. On venge l'ancêtre massacré, pillé, et du même coup on s'enrichit.
Contre les Chambas , leurs adversaires séculaires , les Azgueurs chantent le chant de R'otman, cité par Duveyrier, qui le nomme à juste titre la Marseillaise touareg.
Meure ta mère ! Ma'atalla le diable est dans ton corps !
Ces hommes (les Touaregs), tu les prends pour des lâches;
Cependant ils savent voyager et faire la guerre,
Ils savent partir de bon matin et marcher le soir,
Ils savent surprendre en son lit l'ennemi couché,
Le riche qui dort au milieu de ses troupeaux agenouillés.
Celui qui a orgueilleusement dressé sa large tente,
Celui qui a déployé en leur entier ses tapis et ses doux lainages,
Celui dont le ventre est plein de blé cuit avec de la viande,
Et arrosé de beurre fondu et de lait chaud sortant du pis des chamelles.
Ils le clouent de leur lance pointue comme une épine,
Et il se met à crier jusqu'à ce que son Ame s'envole.
Nous le laverons de son bien sans même lui laisser l'eau.
Sa goulue de femme ne pourra plus supporter son désespoir.
Mœurs sauvages, mais du moins sentiments héroïques et fiers. A leur transformation, que gagnera le Touareg?
Dans quelques siècles, là où se dresse l'amezzar', s'élèveront des villes.
Les fils des Ihaggaren de maintenant seront des citoyens. Rien ne rappellera plus en eux les anciens chevaliers du désert.
Ils ne partiront plus en guerre, en razzi contre les tribus voisines, ils ne pilleront plus, dira-t-on. Mais peut-être
aussi, dans une Bourse qui remplacera la tente de l'Amenokal, essayeront-ils de lancer des affaires véreuses, des mines problématiques. Que seront-ils alors? des voleurs.
Décidément, j'aime mieux mes pillards : Imochar qui est libre, qui pille comme le lion Ahar.