SUR LE NIGER
MISSION HOURST
Lk Lit;L:Tp:NANT ni: vaisskau HOURST
Ouvrage illusirê de i x,» gravures
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^PARIS
E. PLOM, NOURRIT ht C', IMPRIMEURS-ÉDITEURS 1S98
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Mon chkr Commandant,
Vous m'avez demandé quelques lignes pour sentir de préface à la narration de votre beau voyage sur le Niger, et je vous les envoie bien volontiers; car le souvenir des bons officiers qui ont servi avec moi au Soudan m'est toujours infiniment agréable.
Vous avez été au Soudan, alors que les difficultés du commencement étaient loin encore d'être finies. Mieux que beaucoup d^autres, venus après vous, vous pouvez apprécier ce que la France y a fait, parce qu'après avoir vu les obstacles et les hésitations du début, vous avez pu aller plus loin qu'aucun de vos devanciers et apporter quelque précision dans les rêves que nous faisons pour l'avenir de notre nouvelle colonie.
Il n'est que d^hier, et pourtant il semble déjà bien loin le temps où chaque pas en avant que nous faisions de ce côté effrayait ceux qui l'avaient conseillé ou ordonné; où l'on parlait sans cesse d'abandonner des territoires à peine conquis ; où l'on agitait la difficile question de rester les maîtres de la boucle du
Niger tout en rétrogradant en deçà de la branche occidentale du grand fleuve qui devait être, assurait-on contre toute évidence, la bonne frontière du Soudan français.
Les procédés ont un peu changé. Ahmadou et Saniory, refoulés et chassés de leurs anciens États, ont permis, pour un temps, de ne plus appliquer la méthode jugée bonne autrefois et qui, de 1880 à 1893, ne nous avait jamais valu que des succès. Le commandant supérieur du Soudan tenait alors tout en main, coordonnait les efforts, appréciait la possibilité et l'opportunité de la marche en avant, pouvait ne l'entreprendre que quand il était sûr du succès et dirigeait lui-même les opérations militaires quand il le croyait néc^essaire.
Aujourd'hui, c'est à Paris que se centralisent les efforts. Nous marchons à grands pas. S'il est faiblement défendu, il semble que notre pavillon n'est jamais porté trop loin, les compétitions de nos rivaux nous obligent à aller très vite. Quelques officiers, décidés et habiles, à la tête de petites troupes, si petites que l'écho de leurs coups de fusil peut facilement se perdre à travers les grands espaces de l'Afrique, ont poursuivi, un peu de tous les côtés, l'œuvre commencée. Ils sont partis pour le Soudan avec leurs missions déterminées, ils ont généralement réussi et ajouté de belles pages à l'histoire coloniale de leur pays.
Il arrive bien parfois que quelque village, quelque
province ne se laisse pas séduire par nos paroles de paix, mais alors la vieille valeur française montre une fois de plus qu^elle sait venir à bout des entreprises les plus difficiles et les plus périlleuses, et que les bons chefs font les bons soldats, ces soldats fussentils noirs. Mais vraiment les troupes mises en route sont de si faible effectif qu^il y aurait mauvaise grâce à ne pas admettre que des résultats aussi importants ne peuvent être obtenus avec de si petits moyens que par des procédés pacifiques et du consentement de nos nouveaux sujets. N'est-il pas, d'ailleurs, admis par le plus grand nombre des Français que les noirs de l'Afrique ne sauraient éprouver que les plus vives sympathies pour nous qui avons fait la Révolution et aboli l'esclavage?
Vous avez bénéficié, mon cher commandant, de la nouvelle méthode appliquée dans la conduite des affaires du Soudan, et votre mission, que vous souhaitiez ardemment depuis longtemps, après vous avoir été refusée, puis vous avoir été accordée, vous a de nouveau été refusée, pour vous être, peu après, définitivement accordée. Je souhaite que cette nouvelle méthode réussisse toujours aussi bien qu'elle a réussi pour vous. Vous vous êtes prestement mis en route pour ne pas risquer de voir une nouvelle décision prise à votre égard; vous avez bien fait; vous étiez sûr de vous et vous avez marché à un éclatant succès.
Les résultats qui vous sont dus sont des plus précieux, et, sans parler de leur valeur géographique, ils
viennent démontrer que nous n'avons pas fait fausse route, que nos efforts sont justifiés et que, si le Soudan français a encore des détracteurs en France, c'est seulement parce qu'il est français et que, si quelque pavillon étranger y flottait, il serait pour nous un objet de convoitise ou de regrets, tout comme la région des bouches du Niger qui ne le vaut pas.
Tous ceux qui ont peiné au Soudan se réjouiront de votre œuvre, ils vous en seront reconnaissants.
\'otre mission, à vous, a été absolument, entièrement pacifique. Vous vous en glorifiez, et vous avez raison : vous alliez reconnaître et non pas conquérir. \''ous aviez trop l'expérience des choses du Soudan, votre jugement est trop droit pour n'avoir pas vu que les résultats que vous obtiendriez en seraient plus féconds. Vous aviez l'expérience des choses du Soudan, et je me plais, en l'écrivant, à penser que la préface que vous me demandez, la préface de votre œuvre, nous l'avons, il y a longtemps déjà, faite ensemble. Vous y travailliez quand, au Soudan, je vous comptais parmi les meilleurs officiers, quand vous commandiez la flottille du Niger, quand vous l'organisiez, quand vous alliez étudier le Tankisso et le Niger du côté de sa source avant de le descendre jusqu'à son embouchure, quand, cessant pour quelque temps d'être seulement marin, vous preniez votre part de gloire dans la lutte contre les Toucouleurs ou que vous couriez, à la tête de nos contingents de Ségou, contenir les révoltés de Baninko et que vous
teniez bon jusqu^à ce que je puisse arriver à la rescousse. Vous aviez alors pour compagnon ce brave docteur Grall qui, plus tard, est tombé sous les coups des Touaregs.
Pour tenter une nouvelle aventure, vous avez eu la bonne fortune de trouver encore de braves compagnons, et, partis camarades, vous êtes rev-enus des amis. La bonne intelligence a régné parmi vous; le zèle que vous avez apporté dans l'accomplissement de votre mission, votre amour de la vérité, votre décision dans les cas difficiles, devaient vous attirer l'estime et l'affection de ceux qui travaillaient avec vous, et, au retour, les sentiments qu'ils professent pour leur ancien chef donnent une autorité encore plus grande à vos travaux. Vos cartes et votre narration seront utiles à ceux qui vous suivront. V'otre livre sera placé à côté de ceux, trop rares aujourd'hui, écrits seulement pour raconter ce qu'on a vu, ce qu'on a fait, ce qu'on a appris. On le consultera comme nous avons pu consulter ceux de Mage ou de Binger, certain de n'y trouver que la vérité.
Et maintenant, mon cher commandant, avez-vous été récompensé suivant vos mérites? Ici je ne suis plus juge, et je voudrais me rappeler mot à mot ce que Faidherbe disait au lieutenant de vaisseau Mage, votre devancier, parce que, si mes souvenirs me servent bien, cela pourrait encore s'appliquer tout à fait à vous. C'est que les services les plus récompensés ne sont généralement pas les plus méritoires
par le mal quMls ont donné et par la grandeur du but visé et atteint.
Comme Mage, vous avez travaillé pour votre pays, pour rintéret général et pour Thumanité, et ce sont là des êtres de raison qui ne sollicitent guère pour ceux qui se dévouent à leur ser\'ice ; mais à les servir on acquiert gloire et contentement de soi.
Général Akchinard.
Adcn, le lo oclobre 1897.