La mission Jellicoe [microforme]
Cette brochure est la reproduction intégrale de onze articles parus dans le Devoir, du 17 décembre 1919 au 3 janvier
1920. Elle ne renferme de nouveau qu'un paragraphe sur la Ligue navale et quelques notes supplémeniaires.
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La Mission Jellicoe Nouvelle poussée c’impérialisme
Il y a quelques semaines, à prop, d'un discours de M. Ewart,
j'écrivais qu'avant “d'étrangier” l'amiral Jellicoe, nous étions à l'entendre”1, Fidèle à sa tradition, le Devoir a tenu ses le
courant des faits et gestes de cet important personnage de l'Empire. A plusieurs reprises, et dès avant son arrivée au Canada, M. Héroux, M. Pelletier, M. Bilodeau ont signalé les déclarations les plus topiques de l'amiral et les points saillants de son rapport aux gouvernements d'Australasie, Ils ont également marqué les symptômes de résistance agressive qui se manifestent chez les Anglo-Canadiens contre cette reprise des projets de navalisme impérial 2, Mais jusqu'ici nous sommes abstenus de prendre parti dans le débat. C’est l'une de nos excentricités — et non la moindre, dans l’état actuel de la presse et de la société — de réfléchir avant de parler. Il nous paraît qu'avant d’entreprendre d'orienter l'opinion de ses lecteurs, un journal soucieux de ses responsabilités doit étudier à fond toute question sérieuse qui s’impose à l’attention publique, l’envisager sous ses divers aspects, rechercher à la fois les principes qu’elle engage et les conséquences concrètes
qui en découlent,
Le moment est arrivé, croyons-nous, d'appliquer ce procédé d’analyse et de synthèse à la mission de lord Jellicoe, Oh ! sans doute, avant de porter un jugement complet sur les projets de réorganisation navale que ce haut fonctionnaire de l’Amirauté anglaise est chargé de faire mûrir, il faudrait attendre le texte de ses rapports officiels aux divers Souvernements coloniaux qu'il “avise”, Il faudrait surtout connaître les conclusions qu’il présentera aux autorités navales et politiques de Londres. Mais ceci nous mènerait loin ; et, d’ici là, les gens qui ont tout intérêt à brusquer une solution pourraient bien ne pas faire montre d’un égal scrupule ni attendre, avant d'agir, que tout le monde ait pris connaissance de toutes les pièces du dossier. C'est la tactique traditionnelle des maîtres de l'Empire d’emporter le morceau avant que les gogos des colonies, ou des Dominions,ou des “nations-soeurs”, aient rien
compris à l’opération pratiquée dans leurs chairs vives.
! TImpérialisme et Nationalisme — Devoir du 27 novembre.
? Voir, entre autres, le Devoir du 27 octobre, des 10, 19, 22, 28 et 29 novembre, des
ler et 2 décembre.
Toutes les amputations qu'on nous a fait subir depuis vingt ans au profit de “l'unité impériale” ont été précédées, soit d'un coup de matraque étourdissant, soit d'une injec tion anesthésique à forte dose. La contribution à la guerre d'Afrique fut préparée par le parfum des fleurs de pavot distribuées à profusion par Chamberlain aux premiers ministres des colonies dans l’atmosphère émolliente des fêtes jubilaires de 1897. Les projets de contribution navale, avortés au Canade et partiellement réalisés en Australasie, sont sortis de la “panique” créée en 1909 par les constructeurs de navires anglais, associés des Krupp. L'effroyable fauchée opérée dans les rangs de la jeunesse canadienne, de 1914 à 1918, au seul profit de l'impérialisme britannique, a été la résultante directe et prévue des coups d’encensoir et des coups de massue assénés depui: vingt ans, tantôt sur le nez, tantôt sur la nuque de nos “hommes d'Etat” — et aussi des coups d'argent opérés ou espérés par les sinistres bonshommes qui dominent la “grande presse” et font l'opinion.
Mise en scène princière — Escrimes de coulisses
Après les désastres et les souffrances de la grande guerre, les autorités impériales ont compris qu’il fallait revenir à la manière douce. Au Canada surtout, où les sacrifices ont été plus grands, proportionnellement, qu’en tout autre pays britannique et les compensations nulles, il était facile de prévoir qu’une sommation mal déguisée, comme celle de Winston Churchill en 1913, risquerait de provoquer de dangereuses résistances. On a donc fait passer le prince charmant avai. l’amiral percepteur de contributions navales. L’ampleur et les frais de montage de la pièce à amorce suffisent à marquer l’importance de la pièce de fend. Pour qu'on äit ainsi livré le pauvre petit prince aux assauts du snobisme colonial, au risque de l’énerver et de le désarticu!er à demeure, il faut que l’enjeu impérial en vaille la peine, ou que les résistances coloniales paraissent formidables.
Que les méfiances soient nombreuses et profondes, de part et d’autres, c’est clair. Eles ne se manifestent pas seulement par des oppositions directes, comme celles de M. Ewa”:, du Statesman (de Toronto), @: la Nation (d'Ottawa). Elles se trahissent jusque dans les sphères sfficielles, où les influences impérialistes sont pourtant maîtresses, à Londres comme à Ottawa. A quelques heures d'intervalle, la même attitude d’expectative se dessinait dans les deux capitales. Le 11 décembre, le premier lord de l’Amirauté, M. Walter Long, déclarait que le gouvernemcnt imoérial n’a pas encore déterminé sa politique navale ; et le plus autorisé des organes de l’impérialisme traditionnel, le Morning Post, approuvait cete déclaration. L’Amirauté, ajoutait-il, doit attendre le rapport de lord Jellicoe avant de formuler sa politique D’autre part, le 13, une dépêche “spéciale” à la Gazette —— laquelle, en dépit de ses allures dégingandées de l’heure actuelle, tient encore l'oreille de plusieurs ministres — laissait entendre que la politique navale du gouver-
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