ARS
nement canadien pourrait fort utilement être ajournée à une session ultérieure. “La politique navale permanente de la Grande-Bretagne ne sera énoncée (formulated) qu'après la conférence impériale (de 1920). Le Canada pourrait avec avantage suivre cet exemple (Canada might well follow this example) .”
Evidemment, ni l'un ni l'autre des gouvernements — sans parler de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande — n'est pressé de commencer ni d'annoncer au corps électoral dont il relève les sacrifices nouveaux que chacun sera appelé à offrir au dieu-empire, L'un et l’autre, l'anglais suriout, préfèrent de beaucoup discuter et manipuler cela dans le demisecre. d'une conférence impériale, ou mieux encore dans les apartés faciles et commodes des clubs fashionables de Londres et autour des tables à thé des leaderesses de la ploutocratie anglaise. C’est là que sont allées plus d'une fois trébucher les vertus faciles de nos farouches démocrates.
C’est donc, en toute vraisemblance, à Londres que nos gouvernants iront chercher les données définitives de leur “politique navale permanente” — et qu’ils se feront rouler, selon la tradition bien établie depuis vingt-cinq ans par eux et leurs prédécesseurs. Leur consolation... relative, et la nôtre, sera qu'après tout il leur arrive ce qui est arrivé aux Français, aux Russes, aux Allemands, à tous ceux qui, depuis un siècle, ont si bien joué, au détriment de leurs patries respectives, dans les mains de l'Angleterre. Qui sait? c’est peut-être une manière de dé- . voiion impériale, de prouver à nos dépens que les Anglais sont les maitres de la diplomatie, de la politique et des finances du monde.
En tout cas, ce qui paraît acquis, c’est que le programme naval de la prochaine conférence sera préparé dans le sens des conclusions de lord Jellicoe. Raison de plus pour essayer de rechercher dès maintenant la nature, l’objet et les conséquences de la mission confiée à ce légat d'empire. Quand le tour sera joué, il sera trop tard. C’est notre arathique insouciance qui a permis, dans le passé, aux manipulateurs de la politique impériale et à leurs complices ou comparses canadiens de nous placer brusquement en face de solutions concrètes impossibles à démèêler dans le brouhaha d’une brève discussion parlementaire, embrouillée à dessein par les criaïlleries et les sophismes de Ja presse vénale et des organes à la solde des partis. Nous avons été assez échaudés pour n’avoir plus le droit de ne pas nous méfier de toutes les douches froides ou chaudes qui nous viennent de Londres, fussent-elles préalablement attiédies dans le tepidarium d'Ottawa.
Pour apprécier à sa juste va.eur la politique préconisée par lord Jellicoe et en mesurer les conséquences ultimes, il faut en dégager nettcment le principe fondamental, les objectifs qu’elle vise et les données concrètes qu’elle comporte.
Qu'on me permette de procéder à rebours de cet énoncé. Dans les matières qui touchent à la politique, à la politique anglaise surtout, il est plus facile et plus pratique de saisir d’abord les faits, puis de remonter aux principes en passant par les objectifs immédiats.
En
..tage des charges — Défense du Pacifique
La pre, .. question de fait qui se pose, c’est celle du coût de l’organisation navale qu'on veut imposer à l’Empire et de la part respective de dépenses qui ressortira à chacun des pays “autonomes”. Pour l'océan Pacifique seul, ou plutôt pour l’établissement naval d’Extreme-Orient (Far-Eastern Fleet), lord Jelilcoe estime le coût annuel à cent millions de piastres, soit, au taux de cinq pour cent, l'intérêt de deux milliards. Si la répartition devait se faire en raison du chiffre des populations et des intérêts commerciaux engagés, la part du Canada serait, selon l’amiral, de $12,300,000 par année. Mais, vu l'obligation du Canada de participer à la défense de l’Atlantique, où les colonies australasiennes n’ont aucun intérêt, — retenons cette constatation — lord Jeilicoe suggère de répartir ces cent millions de dépenses annuelles entre l'Angleterre (75%), l’Australie (20%) et la Nouvelle-Zélande (5%). Pour l'Inde, il ne peut en être question, dit-il, “car cet empire, qui n’est “pas un Dominion autonome, est maintenu par la force des armes et “exige la présence d’une puissante force armée”. Cette franche déclaretion d’un homme de guerre fait contraste avec les hypocrites homélies des politiciens anglais sur le bonheur qu'éprouvent les Indiens à jouir librement des bienfaits de la domination britannique. Mais passons.
La part du Can:da, dans la défense du Pacifique, se borrera donc “à établir et à maintenir sur ses côtes occidentales une petite flotte de “croiseurs légers, pour la protection de son commerce dans ces eaux” — c’est-à-dire dans tout l’océan Pacifique, depuis Vancouver jusqu’à Singapour. Par contre, le Canada devra construire et entretenir une flotte de guerre complète — a naval force — à l'Est, dans l’océan Atlantique. A quelles fins ? Pour tous les besoins de l’Empire, apparemment ; mais là-dessus nous retrouverons notre amiral lorsque nous rechercherons les objectifs généraux de la politique qu’il préconise 1.
Ce qu’il nous en coûterait pour construire et entretenir cette “petite flotte” sur le Pacifique et cette grosse flotte sur l’Atlantique, lerd Jellicoe ne nous l’a pas encore révélé. Il le dira sans doute dans son rapport au gouvernement canadien. D'’ores et déjà, on peut être certain que la dépense prévue sera considérable et, si le Canada s'engage dans cette gelère, la dépense réelle double, triple, quintuple. On sait ce qu’il en coûte pour établir et maintenir une flotte de guerre. On sait ce que valent, en tout pays et chez nous plus qu'ailleurs, les prévisions budgétaires. Quand il s’agit de budget de guerre et de “contributions impé-
1 Les citations et les chiffres ci-dessus sont empruntés au résumé du rapport présenté par l’amiral Jellicoe au gouvernement australien et publié dans le Star (de Montréal), le 4 décembre 1919.