ACTE PREMIER
JOBL.
Vision de rêveur qui croit ce qu'il espère !
PHAREG,
£t si je leur avais parlé? Si j'affirmais Qu'Hélias rentre à Sichem plus ardent que jamais? Tu ne mérites pas pareille confidence, Mais si ton dévoûment n'attend qu'une évidence. Voici l'anneau qu'Hélias lui-même m'a remis.
ENOCH
Et maintenant, réponds. Es-tu de nos amis?
PHARBG.
Es-tu de ceux sur qui compte notre espérance, De ceux qui tenteront l'œuvre de délivrance?
JOËL
Je suis de ceux qu'Hélias eut toujours pour appui ; Mais combien serons-nous pour marcher avec lui ?
PHARBG.
Le chAtiment d'Hélias ne fut pas sa défaite;
Tout Israël pleurait l'exil de son prophète.
Et si le vieux héros eût jeté quelque appel
Il aurait vu s'armer pour lui tout Israël.
Mais Hélias le tribun, comme Sammgar le nomme,
Prodigue de son sang, du nôtre est économe ;
Il eût craint un combat qui nous eût trop coûté.
ENOCH
Bis donc le mot, Hélias a craint la liberté.
PHAREG.
La liberté ? C'est lui qui nous la prophétise.
ENOCH
Mais il sentait qu'après l'avoir ainsi conquise Le peuple eût défendu qu'on la lui limitât.
PHAREG.
Et quand Hélias eût craint un pareil résultat, La décence n'est pas le progrès, je suppose ?
Oh ! ne disputons pas ! Nous servirons ta cause, a Plus de prêtres. » Voilà d'abord le but commun.
(A part.)
Pour le reste, on verra ce qu'il peut, ton tribun !
JOËL
Mais es-tu sûr qu'Héliffs retrouve sa puissance ? Cela fait bien des jours d'oubli, cinq ans d'absence.
PHAREG.
Oui, si, dans ces cinq ans, Sammgar, moins rigoureux, Eût d'un bras moins pesant gouverné les Hébreux ; S'il eût compris que, deux cents ans après Moïse, n est temps que la loi divine s'humanise.