‹ La Moabite: drameChapitre 12 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Et qu'à prêcher si haut, qu'on n'y peut rien changer, n met l'homme en révolte et Dieu même en danger. Mais Sammgar le grand juge est Sammgar le grand prêtre, n s'obstine à nier l'aube qu'il voit paraître, Et sa sombre rigueur, qui nous tient asservis, A détaché de lui jusqu'à son propre fils.

JOEL

Misaël ?

ENOCH

Misaël lui-même.

JOEL

Il est des vôtres ?

Non pas ; mais soit pitié des souffrances des autres.

Soit révolte d'un joug dont il avait sa part,

Misaël ne suit plus les ordres de Sammgar.

Loin d'être le danger, il devient le refuge.

A peine, maintenant, s'il punit ceux qu'il juge ;

Et qui sait? ayant fait déjà ce premier pas,

Si la loi qu'il servait, il ne renfreindra pas.

JOEL

D^uis quand, Tétonnant changement que vous dites ?

PHAREG.

Au retour de la guerre avec les Moabites.

Tandis que le grand prêtre épouvantant les cœurs, Faisait de la victoire un titre à ses rigueurs, Lui, le jeune soldat qu'eût dû griser sa gloire, Faisait de sa clémence un droit de la victoire ; Si bien que, chaque jour, en lutte avec Sammgar, Déjà, dans Sichem même, il vivait à l'écart; Enûn, un jour, voici, je crois, deux mois à peine. Il a quitté son père et secoué sa chaîne ; Et le grand prêtre a dû prudemment consentir Pour qu'il daignât rentrer, à le laisser partir. Que fait-il? où vit-il ? Nul n'en a connaissance. Un prétexte de chasse explique son absence.

Mais ce prétexte a mal caché cette raison Qu'il était las d'avoir le Temple pour prison.

JOËL

On peut tout croire après cette métamorphose. Si le fils du grand prêtre abandonne sa cause. L'heure est proche, en effet, bien fou qui le niera ! C'est dit, et la tribu d'Issachar me suivra.

ENOCH

Enfin!

JOËL

Et dans quel lieu rassemblons-nous nos hommes?

\u carrefour des L^s, ici même où nous sommes.

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