‹ La Moabite: drameChapitre 25 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

N'apportons-nous pas là, chacun de son côté, Moi, mon cœur hésitant, toi, ton cœur révolté? Tu marches toujours, toi, sur ta route superbe. Foulant d'un même pied le roc ou le brin d'herbe. Libre dans ton espoir, libre dans ton désir.

Et, dès qu'un fruit te plaît, hardie à le saisir ; Mais moi, dont l'être entier est entouré d'entrave, De devoirs que j'écarte et de lois que je brave. Dont chaque pas vers toi demande tant d'efforts Que je reste meurtri des combats dont je sors, Puis-je ne pas garder dans le fond de mon âme De ces chagrins muets que ta tendresse blâme ? Quand tu n'y pourrais rien, dois-je t'en alarmer? Aimer c'est rendre heureux, me taire c'est t'aimer !

KOZBT.

Et tu crois ma tendresse à ce point aveuglée. Que ce qui te troublait ne m'ait jamais troublée? Tu crois que l'ennemi de tes secrets combats Mes secrètes terreurs ne le haïssaient pas?

Ah! que je le connais, le spectre qui se dresse. Si près que nous soyons, et partout, et sans cesse, Entre nos cœurs de flamme et nos baisers de feu, Quelqu'un est entre nous, ce quelqu'un là... c'est Dieu !

MISAEL.

Oh! tais>toi, ma Kozby!

KOZBT.

Je ne veux plus me taire. C'est assez de silence et c'est trop de mystère;

Ces luttes sourdes n'ont ni vaincu ni vainqueur : Il est temps de venir départager ton cœur.

Je sais pourquoi tu pars ; je sais où tend ta fuite ; Quelques mots échappés à Sarah m'ont instruite. C'est la Pâque qu'on doit célébrer, et tu veux Porter à l'Éternel tes remords et tes vœux 1 Dis, réponds, est-ce vrai ?

MISAEL.

Quelle fièvre est la tienne?

Que t'importe où j'irai, pourvu que je revienne? Et tu ne peux douter, connaissant mon amour.

Que mon départ subit n'ait un subit retour.

KOZBT.

Ton amour ? Suis-je sûre, hélas ! de le connaître ? Que puis-je en espérer, que pùis-je m'en promettre, Si, dans le trouble affreux dont tu me vois pleurer, Ta réponse incertaine hésite à m'éclairer?

MISAEL.

Et que veux-tu savoir?

KOZBT.

Tout ce que tu me caches.

Cet effrayant réseau de secrètes attaches Qu'a jeté sur ton cœur ce Dieu sombre et haineux, J'en veux saisir les fils, j'en veux briser les nœuds; Ou confonds si tu peux ma raison par la tienne, Esclave de ton Dieu, fais-moi chérir sa chaîne ;

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