ACTE PREMIER
PTOuT&-moi sa bonté, sa justice, sa loi ; Rends-nous captifs tous deux ou sois libre avec moi.
MISAEL.
Ah ! si je le pouvais, si ma foi qui vacille
Pouvait à mes désirs subitement docile
S'éteindre tout à coup ou m'embraser si bien
Que le feu de mon cœur transfigurât le tien!...
Mais ma foi sans ferveur, comme un tison sans flamme,
Consume ma raison sans éclairer mon âme.
Si bien que je ne peux, sans force et sans appui,
Ni te conduire à Dieu, ni me reprendre à lui.
KOZBT.
Tu ne peux pas? dis-tu, quelle épreuve as-tu faite?
Je t'aurais cru moins prompt à subir ta défaite,
Quand tu m'es apparu, soldat victorieux.
Sur le seuil écroulé du temple de nos dieux.
Ah ! nos dieux ! ces faux dieux comme Israël les nomme.
Sont les vrais dieux, les dieux qui laissent vivre l'homme;
Qu'on n'a pas à prier, qui n'ont pas à punir.
Et pour qui rien n'est mal que ce qui fait souffrir.
Qu'est-ce donc que ton dieu jaloux qui vous torture?
Ce créateur hostile à toute créature ;
Qui fisiit de l'existence un combat douloureux.
Comme s'il était rien de vrai que d'être heureux?
MISAEL.
Mais encore une fois, ma Kozby, que t'importe? Plus terrible est mon Dieu, plus la tendresse est forte. Qui sans en étc^ atteinte a subi ce remord.
KOZBT.
Qui le subit est fou, qui le repousse est fort ; Qui m'aime n'obéit qu'à ce que je commande :
Reste!
MISAEL.
Oh ! ne me fais pas une telle demande.
J'entrevois ton espoir ; je comprends ton souci ; Mais quand les miens prieront, je dois prier aussi. N'entreprends pas, crois-moi, de me rendre rebelle, Car même en te disant que le Dieu qui m'appelle Est le Dieu d'Israël, le Dieu de mon pays, Je n'ai pas dit à guoi ni pourquoi j'obéis.
Ce n'est pas de si haut que lui vient sa puissance : L'homme sort lentement des respects de l'enfonce, Tant a pour soi de force et de pouvoir sur nous. Le fontôme adoré de la mère à genoux.
KOZBT.
Et moi qui, ce matin, joyeuse, enorgueillie,
Triomphante d'amour, me disais : il oublie !
Il oublie, et ce Dieu qui faisait mon effroi
S'est enfui de son âme, épouvanté par moi.
Mais non, non, mes baisers, mes transports, mes caresses.
Tout ce torrent d'amour, tout ce flot de tendresses
Que prodiguaient mes yeux, mes lèvres et mes bras,
Rien ne versait l'oubli, Dieu ne s'enfuyait pas !
Eh bien ! va le prier ce Dieu sombre et forouche,
Qui défend ta bouche à ma bouche,
Et tes baisers à mes baisers ;