ACTE TROISIÈME
RESPHA.
Eh bien, puisque tu peux repousser ma prière, Puisque.... C'est mal à moi ce que je m'en vais faire. Et tout me le reproche et tout me le défend; Mais une mère a tous les droits pour son enfant ! Sache donc, — et comprends pourquoi ta mère pleure, — Que si tu ne pars pas aujourd'hui, tout à l'heure, Si, le soleil couché, tu n'es pas en chemin, Ton père, Misaël, te bannira demain.
MISAEL.
Demain ? Pourquoi demain ?
RESPHA.
n l'ignore, l'impie 1 Il ne se souvient plus du jour où l'on expie. Et qu'au Temple demain, — écoute et comprends donc, — C'est la grande justice avant le grand pardon
MISAEL, à part.
Le grand pardon ! c'est juste ! Ah ! la chance est suprême ! Le prétexte cherché vient s'offrir de lui-môme. Quand au Temple demain le peuple réuni!.. .
Eh bien, tu partiras ?
' MISAEL.
Je veux être banni.
RESPHA.
Entreverrais-tu donc l'heure où l'émeute sombre Fera subitement rentrer la loi dans l'ombre , Où, sur tous les débris qu'il vous faudra broyer, La Moabite aura sa place à mon foyer?
MISAEL.
C'est mal juger ma cause et ne pas me connaître : Il ne s'agit plus là d'une femme ou d'un être, C'est l'affranchissement d'un peuple que je veux .
RESPHA.
Ah! je lis sa pensée aux lueurs de ses yeux!
Kozby n'a déjà plus que la seconde place, Cette première erreur n'était pas assez basse, n lui fallait encor déchoir de passion, Et voilà son amour souillé d'ambition !
MISAEL.
L'ambition de rompre une exécrable chaîne, Et d'arracher du fond de la pensée humaine Le mensonge écrasant de la divinité.
Adieu, j'en ai trop dit.
Et moi trop écouté.
Va- t'en, va, laisse-moi, ne me parle plus même. Ta voix seule, ta voix sonne comme un blasphème.
(Misaa sort.)