‹ La Moabite: drameChapitre 59 sur 97 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

H ELIAS, accourant d elle et la soutenant.

Miriam, mon enfant, qu'as-ta donc?

MIRIAM

Ah I ce cri !

Comme il résonne au fond de mon être meurtri Quel écho douloureux il me laisse dans Tàme !

HÉLIAS.

T'alarmes-tu si fort du courroux d'une femme, D'une mère qui voit repousser ses avis ?

M I R I A H , éclatant et comme malgré elle.

Mais cette mère-là, Misaël est son fils !

H é L I A s , lui relevant la tôte qu'elle a baissée.

Regarde-moi, Miriam.

MIRIAM, rougissant.

Je l'ignorais moi-même.

Si j'avais su l'aimer, vous sauriez que je l'aime.

• HÉLIAS.

Ah I oui, ce désespoir, ce cri, ces pleurs versés, C*est de l'amour cela.

MIRIAM

Peut-être, je ne sais.

Mais ce que je sais bien, maintenant que j'y pense. C'est quel deuil ce serait pour moi que son absence,

C'est que j'ai froid au cœur rien que pour y songer, Et que, si tous ou lui je vous sens en danger, Cette angoisse, doublant mes angoisses premières, Son nom à votre nom se mêle en mes prières.

HÉLIAS.

Aveugle que j'étais, j'allais jusqu'à penser

Que ce fils de Sammgar pouvait me remplacer.

Que, vouant comme moi sa vie à notre tâche,

C'est pour la liberté qu'il luttait sans relâche.

Qu'il n'avait d'autre but, d'autre espoir, d'autres vœux..

Aveugle que j'étais, il n'était qu'amoureux I

MIRIAM

Puissiez-vous dire vi'ai !

HÉLIAS.

Oui, pauvre enfant, pardonne.

Le regret est cruel auquel je m'abandonne.

Oui, puisse-t-il t'aimerl Mais, si je disparais, i

Notre cause, sans chef, me suivra de bien près. Car c'est là qu'elle en est, c'est là que nous en sommes. Ah ! pauvre humanité, comme tu manques d'hommes, '

Comme tout est calcul, ambition, désir I Et comme hélas 1 chacun te sert pour se servir !

MIRIAM. . I

Si ce que vous- croyez peut, — non, pouvait se faire, — Alors, nous serions deux à vous aimer mon père.

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