ACTE TROISIÈME
Soyez libres, prêtez un pouvoir qu'on vous rende, Que ce soit un dépôt et non pas une offrande. Cet abandon de soi, commode aux peuples las, £n haut c'est le vertige et c'est la honte en bas ; Soyez égaux, ouvrez vos rangs, ouvrez-les larges ; Pas de devoirs sans droits, mais pas de droits sans charges. Nul ne s'y soustrayant, nul non plus n'empiétant I C'est ce que je promets.
PHAREG.
Et c'est ce qu'on attend.
HÉLIAS.
Mais l'eussions-nous atteint ce jour de délivrance, Être libre n'est pas être hors de souffrance, Non plus qu'être affranchi de tout désir malsain. C'est être homme vraiment, mais c'est être homme enfin! Et si l'humanité n'a plus que ce bas monde.
Si, plomb vil échappé d'une plus vile fronde, L'homme frère du chien, de l'arbre, du caillou Va, sans savoir pourquoi, tomber sans savoir où. Par quel principe sûr, né de quelle pensée, Diriger cette absurde et folle traversée?
Que répondre à l'instinct délivré du remord?
Pourquoi lai dire: a Assez I > tant qu'il peut dire : «c Encor ! 2>
PHAREG.
Mais l'intérêt commun est là pour nous défendre.
HÉLIAS.
Mais cet intérêt même il faudrait le comprendre. Et c'est vous couvrir là d'un bien faible rempart Qu'un intérêt commun où tous n'ont pas leur part.
HISAEL.
Aussi c'est cette part où nous allons prétendre. Oui, qui vit doit bien vivre.
Oui, qui n'a pas peut prendre.
HISAEL.
Oui, ne fût-ce qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment. Tout désir a ses droits à l'assouvissement.
PHAREG.
Le Dieu d'Hélias....
MISAEL.
Eh ! Dieu d'Hélias ou de Moïse, C'est toig'ours sous un nom le devoir qu'on déguise, Toujours l'homme qu'on gêne, et toujours sur sa chair Les dix commandements, ces dix cercles de fer.
HéLIAS.
A la bonne heure donc, la bête se déchaîne !
N'ayons plus rien d*humain que la figure humaine,
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