‹ La Moabite: drameChapitre 76 sur 97 · ACTE QUATRIÈME. Ii · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. Ii

HISAEL.

Un reste d'épouvante accable encor ma joie.

Ton danger fut si grand.

Moindre que mon souci.

HISAEL.

Tu sais cependant bien ce qui m'arrête ici ; Que j'y lutte pour toi contre une loi barbare, Et que c'est ton retour que mon amour prépare. Le complot dont je suis ne m'est, tu le sais bien, Qu'une route où mon cœur marche au-devant du tien ; Qu'un abri que je t'ouvre, un port où je t'attire. Dis-moi que tu le sais et rends-moi ton sourire.

KOZBT.

Oui je sais qu'oublieux de mes cruels émois.

Ne comptant plus les jours qui devenaient des mois,

Au nom de cet espoir que tu dépeins si tendre,

Tu m'as laissé souffrir, et pleurer, et t'attendre.

nuits de solitude, ô soleils détestés.

Qui m'irritiez le cœur de vos lentes clartés 1

Que d'aurores m'ont vue, et que de crépuscules.

Fixant mes yeux toujours trompés, toujours crédules,

Sur ce morne horizon où rien ne se montrait.

Que de fois la rancune étouffant le regret,

J'ai dit : c Qu'il n'entre plus 1 » et que de fois, soudaine,

Repoussant les verroux de la porte de chêne,

Ravie au moindre pas, émue au moindre bruit,

J'ai couru sur la route interroger 1^ nuit!

Et quel retour alors, cfuel flot de larmes folles;

Quel torrent débordé de cris et de paroles

Où j'exécrais celui que j'adorais tout bas,

Et qui devait venir, et qui ne venait pas !

Tantôt exaspérant ma vision jalouse,

Tu m'apparaissais libre aux bras d'une autre épouse.

Et tantôt m'écrasant de deuil et de remord.

Pour raviver mes pleurs, tu m'apparaissais mort !

Ah ! tourments, où le cœur s'exténue et se vide!

Yeux rougis, dites-lui, dites-lui, front livide,

Bouche balbutiante encor des longs sanglots,

Ce qu'il me doit d'amour pour prix de tant de maux !

MISAEL.

Oui l'amour, le bonheur, oui je vais tout te rendre.

KOZBT.

Oh ! nous allons partir et je viens te reprendre. Ma barque nous attend au torrent des Roseaux, Et ce soir...

MISAEL, l'interrompant.

Ah ! ce soir... nos deslins sont plus beaux!

Oui je t'ai fait souffrir et je plains ta détresse, Mais j'ai de quoi changer tes pleurs en allégresse, Ce soir, ô ma Kozby, ce soir, entends-tu bien, Ce soir, c'est mon triomphe et c'est demain le tien.

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