‹ La Moabite: drameChapitre 77 sur 97 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

KOZBY.

Non, demain c'est trop tard.

MISAEL.

Laisse agir mon courage, Laisse les miens et moi poursuivre notre ouvrage, Et, Moïses nouveaux de nouveaux Sinaïs, Nous dicterons des lois qui t'ouvrent mon pays !

KOZBT.

Et que m'importe à moi le lieu, le temps, les hommes ! Le pays dont je suis, c'est partout où nous sommes.

MISAEL.

Quoi ! ce cœur généreux ne sent pas la douceur De la honte vengée et d'un retour vengeur ?

Il ne te plaira pas, triomphante épousée, D'insulter par ta joie à qui t'a méprisée ?

As-tu si peu d'orgueil?

KOZBT.

Ah ! moi, j'ai tant d'amour I Puis comment jamais faire accepter mon séjour, Par ces mêmes Hébreux qui m'ont tous poursuivie. Et dont la meute ardente aboyait à ma vie.

MISAEL.

Mais ces mêmes Hébreux d'eux-mêmes différents Se sont déjà tirés de préjugés plus grands.

Que s'ils gardent encor cette auti*e idolâtrie, Ce sentiment étroit d'une étroite patrie, C'est qu'encor nous n'avons, les formant peu à peu, Rien visé que leur foi, rien atteint que leur Dieu. Mais une fois lancé dans l'assaut qui s'apprête, Nul n'y peut à son gré limiter sa conquête, Et les lois s'effondrant sur le culte détruit, La brèche reste ouverte et tout est introduit. C'est alors que pendant cette curée humaine.

Chacun prenant sa part, toi tu seras la mienne, Ce peuple me doit trop pour me rien disputer Et je t'élève au rang où je m'en vais mojiter... Mais pourquoi cet air sombre et ce morne silence? Si je réussissais, songe à cette puissance, A cet homme debout sur ce peuple à genoux ; Songe à ma gloire enfin !

KOZBT.

Je ne songe qu'à nous, A nos amours qui vont se dépenser en haine ; A cette liberté qui n'est qu'une autre chaîne, A cette guerre à Dieu qui n'est qu'une autre foi. Laisse tout et partons, trahis tout et suis-moi !

HISAEL.

Prends garde, ma Rozby, cette exigence étrange...

KOZBT.

Ta Kozby veut qu'on l'aime et non pas qu'on la venge.

Page 1