‹ La Moabite: drameChapitre 78 sur 97 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Et ma jalouse ardeur craint autant de te voir, Victime du péril qu'enivré du pouvoir.

MISAEL.

Ah ! Kozby ! le pouvoir vaut bien qu'on s'en enivre. Vivre obscur, oublié, caché, ce n'est pas vivre. Il faut à mon orgueil, je veux à notre amour Le plein vent des grandeurs, la fierté du plein jour. Et c'en est fait, l'ivresse est là qui me possède ; Le mal, si c'en est un, est déjà sans remède ; Il est trop tard pour fuir ce spectre qui me suit, Et l'attrait du pouvoir me hante et me séduit. Et non pas ce pouvoir que m'eût laissé mon père : Qu'est-ce donc après tout qu'un rang héréditaire ? Un stupide chemin où le hasard vous met.

Mais du fond de l'abime aspirer au sommet.

Se sentir hors du droit, se voir hors de la règle. Et, déchu des grandeurs, y rentrer d'un vol d'aigle. S'abattre sur Dieu même et l'arracher des lois. Ce sont là des forfaits qui seront mes exploits 1

KOZBT.

Eh bien 1 soit, je me livre au soufQe qui t'anime. Transporte-nous tous deux jusqu'au haut de ton crime. Va tenter tes destins, va livrer tes combats, Et si vous échouez...

HISAEL.

Mais nous n'échouerons pas.

Eussions-nous, et c'était ma volonté première,

Dans le temple envahi dispersé la prière ;

Ou, comme Hélias le veut, me laissé-je juger,

L'imprévu de l'attaque en ôte le danger.

Seulement, tant que rien n'établit ma puissance,

Il faut à tous les yeux dérober ta présence,

Car tant que rien n'est fait, nul ne doit se douter

Que je tente pour toi ce que je vais tenter.

Ce peuple est moins facile à mener qu'il ne semble.

Crédule et défiant, souple et fier tout ensemble,

Et de savoir jusqu'où je conduirai ses pas

Peut-être il s'effraierait et ne me suivrait pas.

(Hélias est entré depuis on instant, il écoate Misaël.)

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