‹ La modalité du jugementChapitre 13 sur 92 · Soph., 26U cl · texte numérisé non relu

Soph., 26U cl

être '. Si donc le jugement de relation exprime le double procédé de division et de synthèse qui constitue la pensée, ce n'est pas la forme de la pensée qui lui donne la vérité, c'est son contenu. Le dialecticien qui s'attache à l'être et le sophiste qui s'égare dans le non-être, se rencontrent tous deux dans le jugement. Le jugement n'est donc pas par lui-même source ni critérium de vérité; du moment que le jugement de relation convient également au passé, à l'avenir, au devenir, au non-être, il n'est plus susceptible d'exactitude 2 ; cest un acte équivoque qui comporte également la vérité et l'erreur. La conclusion du Théétète est définitive, suivant laquelle l'analyse subjective des conditions de la connaissance est incapable de conduire à une définition de la science. La science pure est transcendante par rapport à l'activité vivante de l'esprit humain. Le progrès de la connaissance se figure par une ligne divisée de telle façon que le rapport de deux parties consécutives est constant; il y a analogie entre l'imagination et la sensation, entre la sensation et le jugement, entre le jugement et la science. Mais en même temps aussi chaque degré est par rapport au suivant comme le néant par rapport à l'être : l'imagination est l'ombre de la sensation ; la sensation, l'ombre du jugement; le jugement, l'ombre de la science3. Le monde sensible est, à la fois, imitation et contradiction de l'être; le développement de l'activité intellectuelle est, à la fois, imitation et contradiction de la vérité éternelle. Aussi la hiérarchie des sciences et la dialectique de l'amour se résolvent-elles finalement dans une série d'oppositions : il faut sacrifier le sensible à l'intelligible, la nécessité de la nature à l'unité de l'idéal; et c'est ce qui fait la valeur pratique de la philosophie platonicienne, ce qui la rend féconde pour l'organisation de l'humanité et la transformation du monde.

Platon est redevable à sa méthode dialectique d'avoir dégagé dans leur pureté les caractères essentiels du jugement, l'unité et l'être; l'analyse du Parménide pose, et peut-être doit-on dire qu'elle résout, le problème du droit à l'affirmation de l'être, qui est pour nous le problème de la modalité. Mais aussi Platon a été conduit par sa dialectique à dépasser la sphère du jugement humain, à considérer l'un au-delà de l'existence, l'être en dehors

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