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COURS DE CHANT

ÉDUCATION GÉNÉRALE (Suitc)

Puisque j’écris, moins pour les artistes proprement dits que pour les femmes du mondoi qui voudraient faire du chant rornement de leur vie plutôt que son emploi principal, je répondrai à une objection que plus d’une de mes lectrices me fait peut-être à part soi : sans doute, il est très bon d’avoir un idéal et de régler sur lui son existence, mais sera-t-il toujours facile ou même possible de mettre d’accord les devoirs qu’il nous impose et ceux de la vie quotidienne, et ne serons-nous pas souvent obligées de sacrifier les uns aux autres?

Jamais, et pour une raison bien simple, l’idéal que je vous propose n'a pas d’autre expression que celle-ci: tendre vers la perfection. Cela semble na'if. 11 n’en est pas moins certain que, si nous avions la préoccupation constante de la perfection, il nous deviendrait rapidement possible et même facile de concilier les diverses exigences de nos devoirs et de nos goûts. De celte préoccupation naît comme d'elle-même l’idée d’ordre, et chaque obligation prend son rang, chaque heure suffit à sa tache. On trouve du temps pour les nécessités intérieures et mondaines, et ce n’est pas du temps perdu, a la condition qu’on s’ellbrce de s’en acquitter parfaitement, qu’on y cherche une occasion toujours nouvelle de développement personnel, ün trouve aussi du temps pour la lecture, pour les spectacles d’art, théâtres, musées, expositions, concerts. Les causeries même sont bien employées et c’est là surtout que le tact dont je parlais tout à rhetire s'emploie utilement, au choix et à la direction des paroles, à l’expression simple et vraie du sentiment. On arrive ainsi à se créer des jouissances rares, des besoins exquis; l’esprit devient plus juste, on soulïre d’un sentiment faux comme d’une fausse note, et la sensibilité s’exerce, se développe, s’aiguise

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sans cesse, d’une façon régulière cl soutenue, sans rien d’excessif ou de maladif. On est plus soi, plus femme; c’est pour cela même qu’on aura, en art, après avoir franchi l’inévitable période d’initiation technique, le goût plus sûr, la voix plus vibrante et plus expressive.

J’insiste sur ces notions qui peuvent paraître d’une moralité élémentaire — mais je ne serai pas la* première à dire que l’art est le moralisateur par excellence, qu’il chasse naturellement des âmes les soucis mauvais ou vulgaires, — car j’estime que, sans cette préparation générale, il est inutile d’espérer d’une étude artistique quelconque un bénéfice vraiment sérieux. Mais consentez à ce travail préliminaire,tout s’éclairera devant vous. Lisez beaucoup et choisissez vos livres. Voyez beaucoup de peinture et laissez-vous guider dans ces promenades artistiques par un véritable artiste ou, à son défaut, par un bon livre d’art. Surtout rechcrçhcz les auditions musicales, théâtres et concerts. Peu à peu s’éveillera en vous le sentiment essentiel de l’art général, et, quand vous en aurez la pleine compréhension, vous serez bien près et vous serez digne de pénétrer les secrets de l’art particulier du chant.

suivre.) Jeanne Re.macle.

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