MODES MASCULINES
N ous voici enfin libres de tenir la promesse que nous faisions récemment de parler un peu des messieurs : pour le moment, la mode et ses interprètes modistes, couturiers et couturières se reposent; comme chaque année, après le Grand Prix, on n’invente plus rien, il semble que l’on ait épuisé toutes les combinaisons possibles, et l’on attend pour se remettre à l’œuvre des éléments nouveaux, les étoffes, les garnitures qui composeront nos toilettes d’hiver.
Profitons de cet instant d’accalmie, car nous n’aurons pas seulement à nous occuper des modes masculines pendant ces quelques semaines, mais encore de la lingerie, des corsets, des jupons, des chaussures, des robes de chambre, de la layette, de la manière dont on habille les garçonnets et les fillettes: toutes choses qui changent peu et lentement de mode, mais dont il faut bien s’inquiéter cependant une ou deux fois dans l’année, pour se tenir au courant.
Voulez-vous savoir comment seigneur et maître doit s’habiller le matin, pour se promener à pied à Paris ou à la campagne, ou tout simplement pour faire des courses ou aller à ses affaires?
Nous allons vous le dire, mais la tenue matinale que nous indiquerons comporte mille variations dans les détails, chacun l’adapte à son âge, à ses habitudes, presque à sa profession, car si le temps n’est plus où les médecins, les magistrats, les notaires n’osaient dépouiller la classique redingote, voire même l’habit noir avec cravate blanche, il y a toujours des nuances qu’il faut observer : un président de cour, plus ou moins grisonnant, d’un embonpoint plus ou moins accusé, ne s’habillera pas, même le matin, même au bord de la mer, comme un jeune homme de vingt ans, tout frais échappé du collège; celui-ci peut sans ridicule adopter toutes les exagérations de la mode. On lui pardonne volontiers, en faveur de son extrême jeunesse, d’attacher une grosse importance à la largeur d’un pantalon, à la forme d’un chapeau, à la nuance, à la tournure d’une cravate ; tandis que la frivolité de cette excessive recherche dans sa mise semblerait incompatible avec les graves fonctions du magistrat, en admettant même qu’il eût conservé tous ses cheveux et l’allure d’un jeune homme.
Fig. 1.
nOBE de lainage léger beige clair, CùrSdgè rèûôüvèrt de mousseline de soie ivoire retenue par un corselet de guipure à pointes ivoire. Col et ceinture en ruban de satin beige. Jupe ornée de deux groupes de petits plis. Chapeau de jais, garni de ravenelles rouge violacé, nœud de velours lavande.
(Modèle de la maison Montaillé, 27 et 29, faubourg Saint-Honoré.)
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Par contre, on ne s’étonne pas trop de voir des messieurs d’àge mûr habillés avec cette recherche juvénile quand ce sont des oisifs professionnels , de ces aimables mondains dont la chère préoccupation semble être d’exceller dans tous les sports à la mode : s'ils ne savent pas vieillir, ils n’échappent certes pas au ridicule, mais il y a du moins une certaine harmonie entre leur vie et leur façon de se mettre, qui fait que celle-ci ne choque pas.
Ces remarques s’appliquent aussi bien à la tenue de visites ou de soirée qu’au costume du matin ; évidemment, les éléments essentiels du costume sont les mêmes pour un jeune homme que pour un homme mûr dans ces différents cas, et cependant rien n’est plus facile que de s’habiller selon son âge en modifiant tel détail de coupe, telle forme, telle nuance.
Tandis que les très jeunes gens adoptent la plupart des fantaisies nouvelles et outrent les tendances de la mode, beaucoup d’hommes parvenus à l’âge de raison s’en tiennent à une façon définitive de s’habiller, choisissent une forme de gilet, de cravate, de vêtement qui leur semble plus d’accord que toute autre avec leurs habitudes, leurs goûts, leur genre d’existence. L’immuabilité des modes masculines favorise d’ailleurs cette tendance ; en somme, à quelques centimètres près dans les longueurs, dans le degré d’ouverture et dans les dimensions d’un revers, la forme des vêtements n’a pas changé depuis quinze ans: une jaquette bien faite alors, que pour une raison ou pour une autre on n’aurait pas portée, retrouvée maintenant au fond d’une armoire, semblerait neuve, tandis qu’une robe de femme, dans le même cas, serait ridicule et impossible à porter.
Mais revenons au costume du matin, et prenons d’abord les cas les plus généraux : votre mari est occupé, il fait le matin des courses d’affaires, ou bien il se promène à pied pour son plaisir: tout cela comporte le veston en lainage fantaisie, de teintes mélangées ou à petits carreaux brouillés, homespun ou whipcord.
Les homespuns, faits avec des laines naturelles filées à la maison , comme l'indique leur nom, ont l’avantage d’être chauds en hiver et frais en été, ils sont d’une souplesse et d’une légèreté qui les rendent très agréables au porter.
Le whipcord , dont le nom signifie corde de fouet , est un tissu à petites côtes très fines et très serrées.
mauve à rayures blanches, cravate de piqué blanc, chapeau paillasson.
— Veston et pantalon en lamage mélangé beige moyen, pardessus 'noisette. Chapeau canotier blanc.
presque imperméable, d’une extrême solidité, dont on fait aussi bien des culottes de cheval que des vêtements complets.
En été, on préfère généralement les couleurs claires, sur lesquelles l’inévitable poussière se voit moins; le tout blanc est toujours à la mode pour la campagne ou pour la plage. Le pantalon et le gilet sont la plupart du temps assortis au veston, cependant la mode n’interdit pas le pantalon contrasté, clair avec vêtement foncé; la combinaison inverse n’est pas recommandable.
Avec cela chapeau de feutre rond, noir, gris ou beige, ou dans cette saison, canotier en gros paillasson, à large bord plat. La paille noire, une innovation de l’année dernière, se porte encore, mais cette couleur nous paraît peu pratique comme chapeau de soleil, non seulement parce que le moindre grain de poussière y est apparent, mais encore parce qu’elle absorbe les rayons solaires : un canotier noir est extrêmement chaud. Comme fantaisie nouvelle, nous préférons les pailles blanches et noires, ou mordorées et noires, inspirées évidemment des damiers à la mode, mais dont le dessin forme des triangles au lieu de petits carrés.
L a chemise de couleur, avec colblanc, d’importation anglaise, est très portée enété;
elle n’est cependant pas aussi pratique qu’on le croit généralement; en effet, que l’on veuille ou non se l’avouer, c’est une raison peu poétique qui a fait adopter pour l’été la chemise de cou-
Fig. 5 .
DOBE de lainage mélangé gris-mauve, empiècement et plastron de moire vert eucalyptus, berthe ondulée de même moire recouverte de guipure crème.
(Modèle de Mme Moslard, 96, rue Saint-Lazare.)
plus élégant que le veston et qui convient même pour faire des visites l’été.
Mais la tenue de visite classique c’est la redingote ou la jaquette noire, ou encore bleu marin ou marron très foncé, en fine diagonale unie.
Aux courses, les jeunes gens élégants portent la longue redingote ouverte, et qui ne peut se boutonner, avec un gilet blanc*. Cette forme, à la mode depuis quelque temps déjà, est d’une allure bien moins solennelle que la redingote classique, qui a toujours l’air un peu clergyman.
Tous ces vêtements : veston, jaquette, redingote, se font plutôt longs; en ce moment on les borde à plat, comme c'était la mode autrefois, avant qu’on ait imaginé de les border à cheval ou de ne pas les border du tout, tant il est vrai que la mode, comme une roue qui tourne, revient périodiquement à ses anciennes préférences. Les pantalons sont un peu larges et tombent droit; les gilets, médiocrement ouverts, peuvent être croisés à deux rangées de boutons ou boutonnés droit devant; toutefois les gilets blancs destinés à être portés le soir avec l’habit sont de préférence à deux rangs de boutons de nacre ou d’étoffe pareille.
Peu de changements dans la forme de l’habit; comme les vêtements de jour il se fait long, avec des étoffes moins bourrues que les années précédentes, mais point unies ; les petits draps cachemire, les cheviotes cachemire à côtes fines, le grain de poudre ou l’épinglé un peu couvert sont les tissus les plus employés. Le col-châle en soie à côtes, faille ou bengaline est très adopté par les jeunes gens;
Fig. 8.
'TENUE de cheval, culotte et veston chamois, * covercoat noisette, chapeau Jioisette.
Fig. 9.
'T'ENUE de cheval, eu - 1 lotte, gilet et veston de lainage gi'is-poussière, cravate de batiste bleu toile. Chapeau de feutre.
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leur : elle est un peu moins salissante que le blanc, voilà son mérite, elle le perd si on fait le col blanc, puisque le col est précisément la partie de la chemise qui se salit le plus vite.
On préfère souvent, pour la campagne ou la plage, avec le costume du matin, à la chemise de couleur empesée, la chemise en batiste souple, forme blouse, froncée ou à plis creux. On fabrique pour cet usage de ravissantes batistes à tout petits dessins sur fond rose, mauve, maïs, ivoire, bleu toile, etc. La chemise de flanelle est réservée au tennis, au canotage, enfin aux exercices violents.
Dans cette saison, quand on ne déjeune pas en ville, on peut conserver le veston l’après-midi, à moins qu’on ne préfère le complet avec jaquette ou redingote, de nuance mélangée, peu salissante quoique claire, beaucoup
r\MBRELLE en pékin, moire et satin paille, garnie de deux ^ volants de mousseline de soie assortie, choux, petite ruche.
T\MBRELLE de soie blanche , garnie de mousseline de soie froncée blanche, talon de moire, ruches de satin blanc.
on a fait aussi quelques tentatives de cols de velours ou de moire, mais les tailleurs corrects désapprouvent cette fantaisie.
Le pardessus de soir adopté par les hommes élégants est le mac-farlane avec revers de soie.
Dans la journée on porte toujours le pardessus sac, tout droit dans le dos, l’ulster pour le voyage, et le newmarket, un ancien pardessus français qui sous un nom anglais aura probablement beaucoup de succès ; il est très long, fendu derrière sur un seul côté, à coutures piquées doubles. Le newmarket est surtout à la mode pour conduire; dans ce cas on le fait à taille, mais on ne met jamais de boutons derrière comme aux pardessus genre livrée. Tous ces pardessus se doublent de soie pour l’été; l’hiver on préfère à la soie les tartans à carreaux, mais on double
alors les manches ainsi que le haut du dos, entre les deux
quoique très nouvelles, elles V n font mieux à l’étalage des che- m misiers que sur le pied.
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en revue tous #3 les objets qui composent le costume mas- zmsà culin, nous au- (Ml® rions encore à parler des cravates, mais nous ne reviendrons pas aujourd’hui sur ce sujet, puisque nous l’avons longuement traité dans une récente causerie.