LA LINGERIE
C haque fois qu'il nous arrive de visiter une maison de lingerie, nous emportons l’impression qu’il n’est plus possible de découvrir des dispositions de garnitures nouvelles, des combinaisons inédites; il semble que tout ce que l’on peut imaginer dans ce genre ait été fait, et pourtant, au début de chaque saison, on nous montre autre chose que ce que nous avions déjà vu. Un tel esprit d’invention chez les lingères serait ruineux pour leurs clientes, si les modèles d’aujourd'hui remplaçaient ceux d’hier, il faudrait renouveler constamment son trousseau; heureusement il n’en est rien, toutes les formes créées depuis cinq ou six ans se partagent, selon leurs mérites, les préférences des jeunes femmes : les unes sont plus seyantes, les autres plus faciles à repasser, il y en a de simples et de compliquées, toutes sont à la mode, et la fécondité d’imagination que nous constatons n’a d’autre inconvénient que de nous causer l’embarras du choix, embarras d’autant plus grand que les détails qui différencient tous ces modèles sont peu importants; en somme l’inédit, le nouveau ne porte guère que sur la disposition des garnitures, la forme de l’objet lui-même, chemise, pantalon ou cache-corset est presque toujours identique, pourtant c’est cette forme et non la garniture qui finit par se démoder peu à peu, si lentement qu’on ne s’en aperçoit qu’à la longue : les chemises de nos grand’mères tombaient jusqu’à la cheville, avaient toutes des manches qui descendaient au coude et quelquefois même au-dessous, elles étaient pourvues de larges pointes qui les faisaient amplespresque autant que nos jupons; nous portons maintenant des chemises qui ne se prolongent guère au-dessous du genou, très étroites, à petites pointes et la plupart du - temps sans pointes, sans manches aussi. Les chemises d’autrefois étaient montées en fronces sur un poignet; celles d’aujourd’hui sont plates ou à peine soutenues sur un ruban de percale posé à l’envers, et invisible; elles étaient si peu échancrées qu’on aurait eu peine à les mettre si elles n’avaient été fendues dans le haut et pourvues d’une patte qu’on pouvait déboutonner; la mode a maintenant supprimé cette patte, et la chemise, largement décolletée, est retenue, s’il est nécessaire, par une simple coulisse de ruban.
Mais ces transformations, pourtant radicales, ont été amenées par tant de transitions, que personne ne pourrait dire de quel moment précis date la mode actuelle. Il est un moyen bien simple de suivre pas à pas ces transitions, c’est de renoncer aux trousseaux considérables, qu’on ne parvenait pas à user dans toute la durée d’une vie, et de renouveler constamment par petites fractions sa provision de linge. Nous étonnerons peut-être celles de nos lectrices qui ont le préjugé du linge en leur révélant que certaines Parisiennes élégantes n’ont pas plus de dix-huit chemises; j’ai eu l'occasion de constater que ces Parisiennes-là inspirent à beaucoup de provinciales un certain dédain méfiant d’une qualité toute spéciale, quelque chose des sentiments de la fourmi pour la cigale : on les trouve plus qu’étranges, presque un peu blâmables : le fait de se contenter de dix-huit chemises quand on n’y est pas absolument contraint par la médiocrité de ses ressources, semble quelque chose de légèrement subversif, de contraire aux traditions-, d’inconciliable avec un
caractère sérieux et des principes solides.
Au risque de partager cette réprobation, nous avouerons que l'habitude d’avoir peu de linge nous paraît extrêmement commode à Paris : la place est mesurée, le blanchissage se fait chaque semaine, pourquoi s’embarrasserait-on d’un trousseau volumineux?
Les grandes lessives annuelles — dont l’usage tend d’ailleurs à disparaître même en province depuis l’invention des lessiveuses — justifient seules les vastes armoires pleines de linge qui font l’orgueil des bonnes ménagères.
Si l’on partage notre opinion, il est indispensable de faire faire chaque année une ou deux chemises de nuit, et une ou deux chemises de jour avec pantalon, cache-corset et, si l’on veut, petit jupon assorti, afin que le trousseau soit constamment et tout entier en bon état. Cette manière de procéder a plus d’un avantage: d’abord elle permet souvent d’éviter la dépense que représente la façon de ces objets, car il n’est ni très long ni très ennuyeux de faire une seule chemise, un seul pantalon, surtout quand on n’est pas pressé. C’est un travail agréable pendant les longues causeries d’été dans le jardin, parce qu'il est tout de patience : une fois l’objet taillé, bâti et essayé, on le coud, sans y penser et même en y prenant ce plaisir que l’on trouve presque toujours à chercher autant que possible la perfection. Certaines personnes qui portent par économie du linge commun d’une coupe et d’une façon peu soignées garni de vilaines imitations, regrettent de n’avoir point le temps de coudre et de festonner elles-mêmes avec soin du linge lin qui ne coûterait pas plus que l’autre acheté tout fait. Cependant elles consacrent une partie de leur temps à broder des bobèches en drap perforé, des pantoufles en tapisserie, et autres bibelots dont on ne sait généralement comment se débarrasser une fois qu’ils sont terminés. En y songeant, ne trouvez-vous pas comme moi cette aberration étrange?
Voulez-vous emporter à la campagne, en guise de « travail d’agrément », de quoi faire une chemise et un pantalon assortis très élégants, solides et pratiques, achetez 3 m. 7b à 4 mètres de batiste de coton à 1 fr. 75 ou 2 francs le mètre, avec 3 à 4 mètres de Valenciennes basse ou de très fine dentelle torchon, et un peu moins d’entre-.deux assorti, ou en broderie mate ou ajourée, vous aurez tous les matériaux nécessaires pour faire quelque chose de très bien, vous ne dépenserez pas plus de i5 à 20 francs et pourtant le pantalon et la chemise bien coupés, bien cousus, que vous ferez avec cette étoffe et ces fines garnitures vous coûteraient ensemble au minimum 5 o francs. On peut réduire, et de beaucoup, la dépense des matériaux en remplaçant la garniture que nous avons indiquée, par un feston très fin, fait à la main, bordé ou non par une petite dent de Valenciennes. Nous donnons sur la feuille de ce numéro des patrons de chemise et de pantalon, pour taille moyenne, qu’il est facile d’agrandir un peu ou de diminuer au besoin. De même, on modifiera sans peine la ligne du décolletage selon qu’on voudra ouvrir la chemise en rond, en cœur ou en carré. La figure 18 montre une jolie disposition de garniture, nous en avons vu quelques autres également séduisantes : d’abord une chemise coupée droit à la hauteur du dessous de bras, montée en fronces sur un entre-deux de broderie qu’une étroite bande de batiste prise en double sé-
DOBE de tissu covercoat gris mélangé, jupe à piqûres, jaquette v courte à devants arrondis dans le bas. Chemisette de surah blanc, ceinture de satin gris. Chapeau de paille , dentelle blanche recouvrant la passe, ailes blanches et nœud mais, ombrelle blanche.
Modèle de Mme Justh, 270, rue Saint-Honoré.)
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tes, de pointes, et d’entre-deux, mais beaucoup plus court naturellement que le volantépaulette.
De petites pinces ajustent le pantalon sur les hanches ; on le biaise un peu devant pour qu’il passe sous l’agrafe du corset, et on le monte sur un étroit biais de percale; une couqui part de la dernière pince, sur la hanche, permet de serrer à volonté la ceinture dans le dos.
Le cache-corset, orné de la dentelle et de la broderie qui garnissent le pantalon et la chemise doit être décolleté dans la même forme que cette dernière, ou beaucoup plus montant afin de la dissimuler complètement; la façon en est peu compliquée si on adopte la forme que nous avons déjà préconisée, elle ne comporte qu’un seul petit côté, un dos et deux devants cambrés chacun par une seule pince. Ces quelques coutures suffisent pour ajuster parfaitement un corsage fait d’une étoffe souple.
Nous n’entamerons pas aujourd’hui le chapitre des corsets et des jupons, qui nous entraînerait trop loin, ce sera le sujet d'une de nos prochaines causeries.