La Mode Pratique 3:(37) 289-296
Q uoique nous ayons déjà indiqué la signification exacte de ces deux termes, il ne sera pas inutile, si j’en juge par ma correspondance, de bien préciser une fois de plus ce qui différencie un peignoir d’une robe d’intérieur : le premier est un vêtement du matin, avec lequel une femme qui a quelque souci de sa tenue ne doit point se laisser voir; l’autre est le costume que l’on revêt pour rester chez soi, dans la journée, et même le soir en famille, quand on n’a pas l’habitude de s’habiller pour le dîner; quelle que soit sa simplicité, son aspect doit être assez soigné, assez élégant, pour que l’on puisse recevoir à l’improviste ainsi habillée. C’est à tort que beaucoup de mes lectrices s’imaginent qu’une robe d’intérieur est un objet de luxe ; si cette toilette spéciale est pour quelques personnes un prétexte à élégance, elle est pour le plus grand nombre un moyen d’économiser les costumes de ville. 11 est permis de choisir pour une robe d’intérieur des étoffes de nuances plus gaies, plus voyantes, que ce que l’on peut porter à pied dans la rue; mais le but que l’on doit se proposer en préparant une toilette de ce genre est plutôt de combiner un costume commode, en accord avec les occupations auxquelles on se livre habituellement, que de faire un grand étalage de soies claires, de dentelles et de rubans. Sans doute ce costume doit aussi être joli, d’une forme gracieuse, par contre il n’est nullement nécessaire qu’il soit riche , comme disent les couturières, et ce serait même une grave faute de goût que de porter une robe trop luxueuse dans un salon modeste.
Quelques personnes croient faire une économie considérable, en achevant d’user dans la maison des robes de ville démodées ou trop défraîchies; on va même quelquefois jusqu’à supporter, toujours sous prétexte d’économie, les taches et les trous; c’est vraiment endurer des choses bien pénibles pour de piètres raisons, car avec 6 mètres d’un lainage de nuance naturelle, gris ou beige, de i fr. 5o à 2 francs le mètre, on ferait une charmante robe de maison, qu’un lavage au bois de Panama remettrait à neuf aussi souvent qu’il serait nécessaire, et qui conserverait, par conséquent, toujours cet aspect de fraîcheur irréprochable : le premier mérite, à mon avis, d’une toilette d’intérieur.
Quand on a le goût de l’intact, on éprouve une sensation désa¬
gréable à conserver, en rentrant chez soi, une robe, un jupon, qui rapportent la boue, ou la poussière de la rue, une jupe qui a été en contact a>vec des banquettes de fiacre ou d’omnibus, des bottines salies ; sans avoir la monomanie du microbe, on se prendrait alors à envier les robes d’indienne blanche à fleurettes claires et les sabots blancs des petites bonnes hollandaises. Heureusement personne n’est obligé d’en arriver là : avec un peu de soin, d’activité et d’adresse, on peut toujours, si modestes que soient les ressources dont on dispose, se donner le plaisir d’avoir une robe de maison fraîche, un jupon qu’on ne porte pas dehors et des souliers découverts en chevreau glacé ou en cuir verni ou, si on le préfère, des bottines de maison. L’économie qui résulte de cet arrangement n’est pas contestable en ce qui concerne la robe, nous avons vu d’une part qu’elle peut être d'un prix insignifiant comme matériaux; d’autre part, les personnes les plus inexpérimentées, les moins capables de mener à bien la confection d’un corsage ajusté et baleiné, sont assurées de réussir une robe d’intérieur, pourvu qu’elles veuillent bien s’en donner la peine; quant aux souliers de maison,
Fig. r.
Fig.
A/TANTE AU de collégien pour petit garçon de 4 à 12 ans, en molleton du 'Trèport bleu marin , doublé de satin de Chine assorti.
Col rabattu, boutons d'or avec ancre, béret bleu. (Avec patron tlécoupé.)
J\ JANTE AU pour 18 mois à 4
petite fille de mois à 4 ans, en lainage beige, doublé de ouatine et de polonaise assortie; pèlerine garnie de guipure d'Irlande . Capote Greenaway en éolienne crème.
ils permettront de ménager suffisamment les bottines pour ne pas causer un supplément de dépense.
Dans l’intérêt de mes lectrices, je souhaite que ces raisons leur semblent convaincantes; voyons maintenant quelles formes, quelles étoffes conviennent le mieux pour une toilette de ce genre : il importe de ne point commettre dès le début une école qui découragerait pour l’avenir : on regretterait bien vite, par exemple, si l’on dessine ou si l’on peint, de s’être fait une robe d’intérieur ornée de coquillés de dentelle ou de volants de mousseline de soie; quand on mène chez soi une vie un peu active, qu’on a de jeunes enfants dont on s’occupe, il est essentiel de choisir une étoffe facile à laver et d'adopter des garnitures qui ne compliquent pas trop le nettoyage et le repassage ; en principe, je conseillerai dans ce cas les robes à ceinture, dans le genre des robes primes d’été dont nous avons donné le modèle dans les numéros 26, année 1893, et 21, année 1894, de préférence aux robes princesses ajustées dans le dos, tombant droit devant, généralement ouvertes sur un tablier d’étoffe légère; cette dernière forme est surtout jolie quand on l’exécute avec une étoffe et des garnitures élégantes; trop simplifiée, elle se rapproche du peignoir. On peut objecter que la robe à ceinture nécessite absolument un corset, tandis qu’une robe flottante, droite devant, permet de le mettre ou de le supprimer à volonté; à cela nous répondrons qu’il ne faut pas prendre l’habitude de rester chez soi dans la journée sans corset, à moins qu’on ne soit tellement mince que l’absence du corset ne puisse être soupçonnée, encore est-il préférable, même dans ce cas, d’avoir un corset de repos complété par une brassière, comme celui dont nous avons donné le modèle (fig. 9 du n° 33 et fig. 26 du Supplément de ce même numéro). La taille est ainsi tout à fait soutenue, les jupons tiennent mieux, et l’on est cependant aussi à l’aise, même pour se baisser, faire des malles, s’asseoir sur l’fierbe, que si l’on avait un simple corsage de dessous.
Les robes à ceinture que nous recommandons n’ont, comme on sait, aucune baleine, elles ne sont pas doublées ou n’ont qu’une petite doublure mince en jaconas, ajustée seulement par une couture sous le bras et une pince de chaque côté du devant. Pour l'hiver, on remplacerait le jaconas par une finette molletonnée, et même, si l’on est très frileuse, comme il ne serait pas possible d’employer pour une robe de cette forme un, lainage trop épais, on portera en dessous un petit tri-
Fig. 3 .
TCTANTEAU pour petite fille de 2 à 10 ans, drap vieux rose éteint garni d'étroites bandes de skungs. Petit empiècement et berthe de drap. Chapeau Empire en velours mordoré doublé de satin.
Ja, Sttode Sratiçue
tulle pailleté, de crêpe de Chine, etc. La forme très spéciale de ces robes est toujours la même, on en varie l’aspect par le choix des étoffes, la disposition des gar-
Fig. 4.
Fig. 9.
à 6 ans,
Fig. 5 .
ROULANT de cravate doré, y orné d'un saphir , d'un strass et d'un rubis. (Modèle de la maison Senet, 35, rue du Quatre-Scptembre.)
F A POTE genre Greenaway, pour petite fille de 2 ^ en mousseline de soie recouverte de tulle brodé, ornée de gllipurc écrite dentelée et de nœuds. (Composition de Mme Hourdin, i ,r prix de notre concours. — Voir la description p. 293, col. i, du Supplément.)
cot de laine ou de soie à manches ou bien un corsage de dessous en finette.
Tous les lainages souples, d’épaisseur moyenne, pourront être utilisés; comme nuance, nous recommanderons* surtout, si l’on prévoit qu’il faudra faire laver souvent la robe, les gris ou les beiges mélangés
en laine naturelle; si au contraire on n’a pas l’occasion de se salir, si l’on ne fait que lire, écrire, ou coudre, on pourra prendre une serge blanche, qui se nettoiera d’ailleurs parfaitement, ou bien du vieux bleu, du mauve, du vert amande, du rouge, etc.,etc.Unavant a g e de cette forme de robe est qu’oiî
peut mettre dessus un tablier, si Ion doit aller un instant à la cuisine surveiller la confection d'une sauce difficile, ou mettre la main à la préparation d’un entremets compliqué. Les grands cols lingerie et les manchettes en revers assorties, d’un aspect si frais et si correct, sont la garniture la plus pratique et l’une des plus jolies que puissent choisir les jeunes filles ou les jeunes femmes ; on trouvera d'autres idées en consultant les numéros que nous avons déjà cités ou bien le numéro 29 de l’année dernière. Enfin j’ai vu récemment un fichu Marie-Antoinette en mousseline blanche, garni de deux volants de mousseline brodée, qui faisait le plus joli effet sur une robe de mousseline de laine vieux bleu imprimée de fleurettes blanches.
Si l’on veut une robe de maison en soie brochée, ou même en lainage de couleur tendre, si l’on ne craint pas d’avoir à remplacer souvent des garnitures fragiles, telles que les plissés ou les coquillés de mousseline de soie; si l’on est disposée à faire nettoyer à chaque instant de hauts volants de dentelle on pourra préférer aux robes à ceinture la vraie robe d’intérieur à traîne, ajustée derrière et sur les côtés, ouverte devant sur un lé de mousseline de soie plissée accordéon, ou bien sur un devant de dentelle, de
FAPOTE genre Greenaway, pour petite fille de 2 à 6 a ^ en mousseline de soie recouverte de tulle brodé ornée
livrée
/U ANTE AU. pour enfant de 2 à 4 ans en drap de l
beige, à piqûres doubles. Col de velours mordoré.
nitures ; nous en avons donné de nombreux modèles que l’on trouvera facilement en consultant la table des
ans , ruée de
guipure écrite dentelée et de nœuds en ruban de satin crème. Autre aspect de la figure 4. (Composition de Mme Hourdin, I er prix de notre concours. —Voir la description p. 293, col. 1, du Supplément.)
Fig. 10.
SAOULANT de cravate en ^ métal doré émaillé bleu et blanc. (Modèle de la maison Senet, 35, r. du Quatre-Septembre.)
Fig. 7
DOUE déjeuné fille en lainage léger brun clair. Corsage v avec empiècement et épaulettes de même lainage ornés d'entre-deux de guipure ocre. Ceinture en ruban de satin.
de mousseline de soie assortie au tulle. Manches bouffantes. <M odèles de Mme Mcslard, 96, rue Saint-Lazare.)
matières des années précédentes, et nous en publions constamment de nouveaux.
Le satin Liberty est très en faveur pour ce genre de toilette, on emploie aussi la bengaline, la velou^ tine, la soie brochée, les crépons de nuances claires, le drap, de jolis lainages de fantaisie, le velours de coton.
Les soies brochées en grande largeur, pour ameublement, font de très belles robes d’intérieur, d’une solidité extrême et d’un prix abordable; on choisit naturellement un petit dessin, rayures Louis XVI ou semis de bouquets Louis XV.
Enfin nous recommanderons encore aux femmes jeunes et minces la robe de
forme Empire, moins imposante que la robe princesse à traîne, et très seyante quand on est bien faite, svelte, avec le cou long et les épaules ni trop hautes ni trop tombantes. Si 'on choisit ce modèle, on taille la manche à bouffants Récamier; aux robes princesses ou à ceinture, on adapte soit des manches ordinaires, telles qu’on les fait pour les robes de ville, longues ou bien arrêtées au coude et ornées d’un sabot de dentelle, soit des manches tombant en mitaines jusque sur la main, à la Marguerite de Faust , soit enfin des manches amples et flottantes, à la Juive , ouvertes sur une manche étroite.
Pour les peignoirs du matin nous recommandons les manches de moine, toutes droites et retournées sur ellesmêmes en revers dans le bas, ou les manches à poignet fermé par des brides et des boutons.
Avant tout un peignoir doit être facile à nettoyer sans trop de frais; les étoffes de coton sont donc, à notre avis, les plus pratiques pour cet usage : zéphir, toile de Vichy, indienne imprimée pour l’été ; piqué molletonné uni ou imprimé, blanc ou de couleur, pilou ou flanelle américaine pour l’hiver.
Certains tissus de laine, qui supportent d’une façon exceptionnelle des lavages répé-
Fig. 8.
DOUE de jeune fille en lainage gris éteint; épaulettes de tulle brodé formant fichu Marie-Antoinette; devant et col
^Pie vue dô la &üjnill&
sont seuls doublés; la robe de moine est aussi en faveur, enfin nous trouvons jolie l’ample robe droite, avec ou sans pli Watteau, serrée devant par une ceinture et ouverte en revers sur un petit plastron; les
Fig. i 3 .
ÇyiAPEAU de deuil pour jeune femme en tulle grec noir garni d'ailes noires; brides en ruban de satin noir.
(Modèle de la maison Montaillé, 27 et 29, faubourg Saint-Honoré.)
revers peuvent être ornés d’une guipure qui se lave bien; un peignoir de cette forme, ainsi garni, fait d’une étoffe jolie quoique peu fragile, se rapproche de l’aspect soigné que doit avoir une robe d’inté-
Fig. 14.
DOUCLE de ceinture forme ovale en métal oxydé gris foncé; finement tl'availlé. (Modèle de la maison Sfcnet, 35, rue du 4-Scpt.)
rieur, tout en restant cependant fort pratique et commode à porter le matin.