TOILETTES D'HIVER. - LES JUPES
ncquins vivants qui portent et mettent en valeur les modèles nouveaux dans les grandes maisons de couture, parce que ces belles personnes ne s’assiéent jamais ; sur une femme qui se meut à sa guise, une telle jupe perd à chaque instant sa belle ligne, et de plus
Nous n’avons pas voulu parler plus tôt des modèles d’hiver reproduits dans le journal à mesure qu’ils paraissent afin de donner à nos lectrices des renseignements certains et complets, chose impossible au début de la saison. Seules les formes nouvelles de costumes-tailleur — toujours arrêtées de bonne heure parce que ce genre de toilette est la tenue d’automne — ont été décrites dans une de nos dernières causeries (numéro 38). Ce qu’il y a de nouveau dans les modèles de cet hiver, ce sont les accessoires et les garnitures; l’aspect général de nos robes ne peut en effet être très modifié, puisque les conditions essentielles exigées pour qu’une robe soit à la mode, restent à peu près celles que nous énoncions l’année dernière à pareille époque : des manches très amples et tombantes, des jupes biaisées, relativement étroites dans le haut, larges du bas, évasées, formant de profonds godets.
Précisons d’abord ce que les couturiers entendent à présent par une jupe large. A la vérité cet adjectif n’a pas la même signification que l’hiver dernier : on se contentait alors de 3 m.5o à 4 m.5o de tour, suivant que le tissu était plus ou moins lourd, plus ou moins épais.
Cela paraîtrait maintenant étroit et étriqué; le maximum d’autrefois est devenu le minimum d’aujourd’hui, et les jupes nouvelles n’ont pas moins de 4 m. 5o à 5 m. 5o d’ampleur. Comme leur coupe a peu changé, qu’on ne les biaise pas davantage, elles sont aussi naturellement un peu plus larges dans le haut qu’autrefois, assez pour fournir derrière deux, trois ou cinq plis creux. Les jupes toutes plates, ajustées aux hanches, sans aucune fronce ni pli, tout autour de la taille, que l’on voyait encore Tannée dernière dans les meilleures maisons de couture, ne sont plus tolérées par la mode. On dépense beaucoup d’encre à prédire le retour probable de la crinoline, déjà plusieurs fois annoncé et qui n’aurait été qu’ajourné; on parle de ressorts plus ou moins légers, en acier, ou en aluminium, de larges ourlets de crin, voire même de jupes entièrement doublées de crin derrière. C’est attacher bien de l’importance à quelques exceptions. Tout cela n’existe guère qu’à l’état de projet, dans l’imagination de certains couturiers. Nous avons interviewé à ce sujet la plupart de ceux qui font autorité : bien peu sont partisans des ressorts et du crin, encore moins de la crinoline.
Les autres avouent qu’ils ont bien de la peine à faire accepter par leurs clientes soit les ressorts qui cassent ou déforment la jupe de la plus vilaine façon dans certains mouvements, quand on s’assied par exemple; soit le crin trop lourd à porter, qui use les étoffes les plus solides et abrège de moitié la durée des robes. Peut-être quelques personnes supporteraientelles ces inconvénients si leur coquetterie y trouvait son compte, mais il faut bien reconnaître qu’une robe doublée de crin n’est jolie que sur une personne debout; elle fait le meilleur effet du monde, par exemple, sur les man-
dénature toute la grâce et la souplesse des mouvements. Préférences à part, malgré tout ce qu’on écrit, la très grande majorité des jupes nouvelles sont tout simplement soutenues dans le bas par une large bande de mousseline ferme ; quelquefois, s’il s’agit d’un lainage trop mou, qui n’ait point de port, on fait monter la mousseline jusqu’à la ceinture pour les lés de derrière, mais c’est la plupart du temps inutile quand la jupe est doublée d’une belle faille; pour les jupes de soi , on interpose souvent entre l’étoffe et la doublure une mince ouatine qui donne du soutien, du moelleux aux plis, sans rien leur enlever de leur souplesse.
La ceinture se monte de la même manière que ] réeedemment, c’est-à-dire que la jupe est ajustée aux hanches et disposée derrière en plis creux ; seulement le nombre de ces plis creux a augmenté; tandis qu’on n’en faisait que deux ou trois la saison dernière, presque toutes les jupes en ont maintenant trois ou cinq; faut-il ajouter que la largeur des plis diminue en proportion de, leur nombre? Qu’il y ait deux ou cinq plis, ils ne doivent pas avoir ensemble plus de 12 à i5 centimètres à l’endroit où ils s’attachent à la ceinture; Ta coupe biaisée de la jupe fait qu’ils s’évasent naturellement vers le bas. La jupe bien posée sur les hanches, sans tirer, mais sans froncer, est nécessairement trop large à la taille ; on répartit cet excès d’ampleur en trois ou cinq petites pinces à moins qu’on ne préfère le froncer finement ; le premier parti est à préférer, s’il s’agit d’une personne forte; en tout cas on fait des pinces à la doublure.
La ceinture est faite soit par un liséré enveloppé d’un biais de faille, soit par un ruban. Nous avons déjà eu l’occasion de recommander, pour les robes qui ont un corsage rentré dans la jupe, les ceintures en ruban de faille gros#grain serrées au moyen d’une boucle bien plate en acier ou en fer verni placée derrière; rien ne permet mieux d’ajuster exactement la jupe à la taille, rien ne fait un meilleur dessous pour une ceinture drapée.
Voici les questions principales résolues: l’ampleur de la jupe, sa coupe, la façon de la monter; passons maintenant aux garnitures.
Si l’on interroge à ce sujet un couturier ou une couturière quelconque, la réponse est invariable :
« Pour les vraies Parisiennes, d’une élégance raffinée, nous ne faisons guère que des jupes unies », puis un « cependant » en manière de correctif, et enfin l’énumération de toutes les garnitures que l’on imagine pour les personnes qui ne sont pas de « vraies Parisiennes » ou dont l’élégance n’est point « raffinée ».
Avant de décrire les combinaisons plus ou moins heureuses destinées à satisfaire la clientèle qui aime les ornements — avec ou sans excès — nous conseillerons à nos lectrices de se ranger dans cette élite, dont on parie avec tant de considération, et qui préfère les jupes simples. Ce snobisme sera tout à fait économique, car en dehors des petits volants de même étoffe que la robe, les garnitures les plus modestes en apparence finissent par coûter fort cher quand elles doivent border une jupe large de cinq mètres.
Peut-être est-ce cette raison qui fait adopter les garnitures disposées verticalement, en quilles , en pattes , en barrettes simulant des poches. Souvent le haut de la jupe est fait de broderie, d’applications de velours ou de drap découpé sur transparent de velours, de guipure
Fig. 1.
DOBE de crêpe blanc ourlée de cinq rangs de paillettes ; broderie de pail- ^ lettes de la ceinture jusqu'à la hauteur du genou. Empiècement et col de mousseline de soie blanche. Berthe de dentelle; ceinture et nœuds de satin blanc.
(Document photographique de la maison Reutlinger, 21, boulevard Montmartre.)
découpée en pointes et descendant pl moins bas, parfois jusqu’à la hautei genou, d’autres fois à trente ou qua centimètres seulement au-dessous < taille.
Beaucoup de jupes sà
sont ornées d’étroites bandes de fourrure ca- ,<43
chant les coutures; on foH
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manière des cachepoints, d’étroits galons, (fjMf \
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très légère, très peu apparente, nous préférons aux jupes ainsi