MaUhiiu rappelle ainsi en grec, ir
C'est cette circonstadce qui a fait admettre généralement par les critiques, depuis Porphyre, que le livre est écrit du temps d'Antiochus. Et on ne comprend pas d'abord quel intérêt ce chapitre pouvait avoir pour des lecteurs du temps d'Hérode. Je crois que l'explication de ce problème doit être cherchée dans cette supposition, qu'en paraissant parler d'Antiochus, Fauteur parle, en effet, d'Hérode lui-même. Antiochus avait été, au II' siècle, le type de Tennemi de Dieu.
Hérode est un nouvel Antiochus. Gomme le premier, il fait la guerre à Jéhova et à ses fidèles; comme lui il livre Jérusalem en proie aux armes des Nations ; il suspend le sacrifice quotidien ; il profane le Temple en y étalant une image. Mais qu'on remarque les premières paroles par lesquelles l'écrivain l'annonce (xi, 21) : « Alors s'élève un homme méprisé, pour qui la dignité royale n'était pas faite ; mais il vient sournoisement
et s'empare du royaume par des intrigues. »
Un pareil portrait n'est pas celui du fils d'Antiochus le Grand, et on ne peut y reconnaître que l'usurpateur iduméen. Dans les versets suivants, on trouve des traits pris à l'histoire d'Antiochus, puisque c'est là la fiction adoptée ; mais on en trouve aussi qui n'ont aucun rapport avec cette histoire, comme M. Edouard Reuss l'a fort bien vu, et il semble que c'est encore au temps d'Hérode qu'il faut les placer. « Le charme des femmes » (xi, 37) peut faire allusion à la destinée tragique de la fameuse Mariamne.
Le roi du Sud et le roi du Nord (xi, 40) sont peut-être le roi d'Arabie et celui des Parthes; rétablissement entre la mer et la sainle montagne (xi, 45) serait Césarée. Les nouvelles inquiétantes de l'Orient et du Nord paraissent être celles qui remplissent le chapitre ix du livre XVI de Josèphe. Enfin le morceau se termine par l'annonce de la
mort d'Hérode, L'auteur, qui écrivait probablement sous le fils d'Hérode Archélaùs, pouvait ainsi sans se compromettre satisfaire ses ressentiments.
Après la mort du roi, et après quelque temps de troubles et d'anarchie, le triage se fait entre ceux qui avaient été fidèles à Jéhova et ceux qui ne l'avaient pas été.
« Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveillent, les uns pour une vie éternelle, les autres pour l'opprobre et une éternelle ignominie » (xii, 2). Cette résurrection n'est, je crois, qu'une figure de style, pour dire que les mérites et les démérites, jusque-là enfouis dans l'ombre, reparaissent au grand jour. Ainsi se termine le livre de Daniel.
Mais je n'ai pas encore parlé d'un passage très remarquable. Après que les quatre bêtes du chapitre vu ont été condamnées et dé* truites, on voit paraître sur les nuées la
6gure d'an fils d'homme, c'est-à-dire d'un homme (en style juif) (vii, 13), qui reçoit de V Être aux longs jours (vn, 9), c'est-dire du dieu suprême \ un empire qui doit survivre à tous les autres et durer éternellement. C'est la première et la seule fois que paraît, dans l'Ancien Testament, l'idée du Royaume desSaints{\ny 22) ; je ne l'appellerai pas l'idée messianique, car il ne faut pas voir dans ce passage ce qu'on a appelé plus tard le Messie, et qui, dans l'Ancien Testament, n^est absolument nulle part. La forme humaine du verset 13 n'est qu'un symbole.
Tandis que les empires des Nations sont figurés par quatre bêtes, l'empire des Saints l'est par un homme ; c'est l'expression de sa supériorité et de sa dignité. 11 n'en est pas
1. 11 est à remarquer que le nom de Jéhova ne se trouve pas une seule fois dans la partie chaldaïque de Daniel, 11 semble que l'auteur fasse déjà ce que firent plus tard les chrétiens, qu'il ôte à son dieu son nom local et sa marque juive. Jéhova reparait au chapitre ix.
moins vrai d'ailleurs que dans la suite, quand se forma Tidée d'un Messie, on crut le reconnaître dans ce passage de Daniel \ de là est venue, pour le désigner, cette expression de Fils de Vhomme^ adoptée peut-être par tous ceux qui l'attendaient et qui l'annonçaient, mais qui l'a été certainement par Jésus, de la bouche de qui elle a passé dans les Evangiles. Il n'y a rien dans Daniel qui marque mieux la modernité du livre, et qui le fasse reconnaître comme plus proche du christianisme.
J'ai achevé ma lâche, et je crois que ma démonstration est faite, soit pour le premier âge prophétique, qui est la fin du ii*" siècle, soit pour le second âge, celui d'Hérode, et celte fois peut-être encore plus complètement et avec plus de précision. Ces deux âges littéraires sont en même temps, comme il est naturel, deux grandes époques de l'his-
2i6 L\ MODERNITÉ DES PROPHÈTES.
loire des Juifs : la première, qui est de beaucoup la plus belle, pleine de vigueur et de passion, où ce peuple, qui semble tout près d^étre écrasé par une puissance redoutable, lutte et s^affranchit, à Taide sans doute de Taffaiblissement inattendu de ses maîtres, mais d'abord par son énergie et par sa foi en son dieu, c'est-à-dire sa foi en lui-même. La seconde, très inférieure en réalité, et sur laquelle pèse la domination romaine, a cependant encore l'apparence au moins de la grandeur, grâce à un règne prospère et même brillant, mais surtout parce que la servitude de la Judée était couverte en quelque sorte par la fortune inespérée du judaïsme, qui s'emparait déjà à cette époque du monde grec.
Maintenant réussirai-je à faire adopter mon opinion à mes lecteurs? Je n'ose y compter, car, sans parler de la puissance d'une idée depuis longtemps accréditée, la
Iradilion a des sentiments religieux qui la protègent. Tel ministre protestant, même des plus libres, qui ne croira pas, par exemple, que \es prophètes aient réellement prophétisé, aura peine cependant à diminuer, en les rajeunissant, la vénération qui entoure leurs noms et leurs œuvres. Les Israélites, ayant peu de dogmes, ont par cela même une grande liberté; mais ils ont aussi l'orgueil, d'ailleurs légitime, de leur religion et de leur Bible, et ils tiennent aux dates antiques de leurs livres comme à des titres de noblesse; ils reprocheront à ceux qui penseraient comme moi de ne pas les respecter.
Je ne crois pas cependant que cette manière nouvelle de considérer les livres prophétiques les diminue. Quand on les reportait à une haute antiquité, l'idée qu'on pouvait s'en faire était bien confuse. Si on les croyait écrits avant les catastrophes qui mirent fin
aux deux royaumes, et qu'on y supposait annoncées, on élait tout à fait en dehors du rationalisme et en plein surnaturel. Si on les plaçait après la captivité de Babylone, le feu et la passion qu'on y sentait, l'orgueil et l'enthousiasme qui y éclatent, ne répondaient en aucune manière à la reconstitution lente, laborieuse et faible d'Israël. Au contraire, quand on les met au n* siècle avant notre ère, tout est clair et tout est vivant. Les événements qui se succèdent dans le cours si entraînant de vingt-cinq années, pleines des situations les plus émouvantes, donnent à tous les détails de la prophétie un sens et une couleur. Telle page même, toujours admirable dans toute hypothèse, comme le champ des ossements dans Ézéchiel, est encore plus admirée et mieux sentie. On comprend que sous le coup de ces péripéties et dans l'enivrement de la victoire et de la liberté, la poésie soit éclose. On
s'explique qu'il se soit élevé des voix dans lesquelles on entendait la voix collective de to.ut un peuple, et on ne s'étonne pas que ces écrivains qui parlaient pour tout le monde et sans préoccupations proprement littéraires, aient imaginé de donner la parole aux prophètes des temps antiques, qui, ceux-là, n'avaient rien écrit, mais qui avaient agi avec éclat et dont l'action remplissait l'histoire mythologique des vieux rois.
Un Israélite français éminent, M. James Darmesteter, le répétait dernièrement :
« Tout mouvement national produit un dégagement de poésie *. » Je le crois et je crois aussi que cela ne s'est jamais mieux vérifié que par l'épanouissement de la prophétie à la fin du ii" siècle.
Mais si on veut reconnaître le tort que l'attachement à la chronologie traditionnelle peut faire aux livres des prophètes^ on