‹ La modernité des ProphètesChapitre 23 sur 24 · Mpport à la Société asiatique, 1888, p. lOn · texte numérisé non relu

Mpport à la Société asiatique, 1888, p. lOn

n*a qu'à ouvrir la savante traduction d^ M. Edouard Reuss, où Tauteur n'a pas voulu laisser passer le moindre détail sans essayer de s'en rendre compte. Par cela seul qu'on détachait ces compositions de leur date réelle, les interprétations qu'on en donnait devenaient arbitraires, et par cela seul qu'elles étaient arbitraires, elles ne pouvaient guère être toujours d'accord entre elles. De là des difGcultés de tout genre, qui ont amené souvent la critique à isoler les morceaux les uns des autres, de manière à produire une véritable dislocation des prophètes. C'est ainsi que le Premier Isdie^ à lui seul, a fourni jusqu^à seize fragments prétendus distincts, et dispersés même en deux volumes, disjuncti membra prophetœ ; tandis que tout se concilie quand on replace les prophéties au a* siècle, ou s'il y a quelque part une addition ou une interpolation, on a vu que cela se réduisait à bien peu de chose.

Pour dire toute la vérité, je crois que le plus grand obstacle que peut rencontrer aujourd'hui la thèse que je soutiens est Tindifférence du public sur ces matières. Au temps de Voltaire, la France était passionnée pour la critique biblique, et elle devait l'être, car la critique lui apportait la liberté de la pensée. Aujourd'hui cette liberté est pleinement acquise; les grandes questions, en fait d'exégèse, sont épuisées, et celles qui restent paraissent à beaucoup plus difficiles qu'intéressantes. Il y a dans les prophètes des pages éclatantes, que tout le monde a lues.

Mais bien des parties dans leurs livres sont arides et même obscures, surtout quand on ne les met pas à leur place. Rechercher la date exacte de ces écrits est un travail ingrat, dont on ne se soucie pas de se donner la peine. Cependant il y a encore des esprits curieux, qui voudraient, non pas tout savoir (ce qu'on peut espérer de savoir de ces

temps-là est si peu de chose 1) mais savoir le plus possible, et surtout n'être pas dupes; ne pas attribuer, par simple accoutumance, au temps de Nabuchodonosor, ou même de Sennachérib, ce qui a été pensé et écrit sous les Antiochus ou les Plolémées. Ceux-là ne sont pas nombreux, mais ils sont prêts à tout lire, et c'est pour eux que j'ai écril.

Pages

Pentateuque 3-5, 96, 98

Genèse^ x, 2 231

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