Capsule interne
On donne, depuis Burdach, le nom de capsule interne, ou d'expansion fèdonculaire à une bande épaisse de libres blanches située entre la couche optique et le noyau caudé d'une part, et le noyau lenticulaire de l'autre. Dans une coupe frontale du cerveau, on la voit suivre un trajet oblique en haut et en dehors entre les noyaux précités, et se continuer en bas, avec le pédoncule cérébral dont elle tire la plupart de ses fibres, en haut avec le centre ovale (10, fig. 172). Au moment où elle se dégage de l'espace resserré ou détroit lenticulo-strié, elle s'épanouit en gerbe pour constituer la couronne rayonnante de Reil, et ce point prend le nom de ipied de la couronne rayonnante.
Si on étudie la capsule interne sur des coupes horizontales du cerveau à l'aide de la coupe de Fleclisig ou la coupe de Brissaud, par exemple, on la voit se présenter sous la forme d'un angle ouvert en dehors, embrassant le noyau lenticulaire (6', 7, 8, Gg. 141, et 1,2, 3, 4, 5, fig. 179). On s'explique ainsi qu'on ait encore appelé la capsule interne double centre semi-circulaire de Vteussens. On peut donc lui considérer deux parties ou segments, et un coude ou genou. Le segment antérieur, placé entre le noyau lenticulaire et le noyau caudé, porte pour cette raison le nom de bras ou seginenl lenticulo- stru' {{,2, fig. 179); le segment postérieur, situé entre le noyau lenticulaire et la couche optique, prend pour la même raison le nom de bras ou segment lenticulo-optique (4,5, fig. 179). Le point de réunion des deux segments est appelé genou de la capsule interne (3, iig. 179). 11 siège exactement au centre des trois noyaux, appelés noyau caudé, noyau lenticulaire et couche optique.
Constitution de la capsule interne. La capsule interne est constituée par • 1» des fibres pédonculaires (fibres d'un fort calibre ou motrices) qui descendent des régions motrices corticales et vont aboutir aux faisceaux pyramidaux de la moelle [fibres cortico-pédonculaires directes) et après avoir suivi le pied des pédoncules; - 2» des libres descendantes qu. vont de l'écorce au corps strié ou à la couche optique (fibres corlico-ganglionnaurs ou indirectes); - 3» par des libres qui montent de la moelle (libres d un petit calibre, fibres sensitives) ou viennent des pédoncules cérébelleux
CONFORMATION INTERIEURE DU CERVEAU
supérieurs et vont se rendre direcleiiient dans l'écorce {fibres direcUs) ou après relais dans les couches optiques (fibres indireclcs), et après avoir passé par la calotte des pédoncules; — 4° par des libres qui n)ontent du pied des pédoncules dans les ganglions centraux (fibres pèdonculo-ganglionnaires) et pénètrent le noyau caudé par sa face inférieure, le noyau lenticulaire par son sonunet.
Outre les fibres pédonculo-corticales ou directes, la capsule interne contient donc des libres cortico-gangiionnaires et pédonculo-ganglionnaires ou libres indirectes. Les libres qui viennent du noyau caudé ou de la couche optique restent en dehors et au-dessus des fibres directes et des fibres lenticulaires, et passent dans la calotte pédonculaire.
Fig. 178. — Fibres de l'expansion pédonculaire et anse pédonculaire.
1, fenle interhémisphérique ; 2, corps calleux ; 3, espace inlerpédonculaire ; 4. ventricule latéral; 5, épeiidyme ; G, plexus choroiJe : 7. noyau caudé ; 8. trigone ; 9, toile choroïdienne ; 10, ganglion de 'l'habcnule et faisceau descendant de Meynert qui en émerge ; 11, ventricule moyen ; 12. commissure grise • 13, ependyme; 14, corps de Luys ; I.ï. noyau rougi; 16, locus niger; 17, noyau interpodonculaire ; 18, noyau antérieur; 19, noyau interne; 20, noyau externe et 21, uoyau postérieur de la couche optique; 22. putamen; 23, avant-mur ; 24, capsule externe; 2o, commissure blanche antérieure dans son tunel .sous-lenticulaire; 26. anse pédonculaire; 27, queue du noyau caudé ; 28, corne sphcnoïdale du ventricule latéral ; 29, couronne rayonnante ; 30, bandelette optique; 31. corps bordant ; 32 corne d Ammon.
Les fibres centrifuges ou motrices occupent le genou et la partie antérieure du segment postérieur de k capsule interne, les libres ciMilripèles ou sensitives, la moitié postérieure du segment postérieur.
Ce qui nous conduit à l'étude de la systématisation dans la capsule interne.
Systématisation ou groupement des faisceaux dans la capsule interne. - Etudiée à l'œil nu ou à l'aide du microscope, la capsule iulerne se
CONFOnMATION INTlhUlCUUK DU CERVEAU
présente coiniiie homogène et composée de libres blanclies dans lesquelles rien ne peut autoriser à isoler dilïérents segments spéciaux. Mais l'analoniie pathologique d'un côté avec l'étude des dégénéralions secondaires, l'embryologie de l'autre avec l'étude du moment d'apparition de la myéline dans
n9 - Disposition des faisceaux moteurs et sensitifs dans les pédoncules cérébraux et la capsule inlerne ou expansion pedoneulaire. A. - Coupe hoi-izontale du cerveau passant par les corps opto-striés. B - Face inférieure de l'isthme de l'encéphale.
a. chiasmaop.i,ue. h. bandelette optique; c. corps ^/^Jl^r
e. pédoncule cérébral; f. pédoncule cérébelleux 7.5"^" ; 4. faisceau
(en bleu); 2. faisceau de l'aphasie (en b anc); 3 cTudé ; G' ve striée;
pyramidal (en rouge); 5. faisceau sensit.f (en ver. ; Vill op^que? 9 no^;u antérieur;
;«.=.=f u: :.r::t^:e-ï?n:;r^s^.'S:r : z l.. - no.au
de riiabénule.
les faisceaux .le libres nerveuses, nous révèlent t.n --^^^^^ segn.ents parfailen.ent séparés au double point de vue loncttonnel
tî^le interne comporte donc une systé.na.isaUon, e. -s r^ouvons dans l'ensemble de son corps les cinq faisceaux que nous
CONFORMATION INTKRIEURE DU CERVEAU
rencontrés dans le pied du pédoncule cérébral. Ce sont : !<> le faisceau frontal ou psychique (I, tig. 179) qui occupe les 2/3 antérieurs environ du segment antérieur de la capsule qui côtoie la partie la plus interne du pédoncule et pénètre dans la calotte qu'il suit jusqu'à la protubérance (faisceau cortico-protubérantiel) ; — 2° le faisceau de l'aphasie (2, lig. 179) qui siège en arrière du précédent, à la partie inférieure du môme segment et s'étend de F* aux régions bulbo-protubérantielles ; — 3° le faisceau géniculé (3, fig. 179) qui occupe le genou de la capsule et descend de l'écorce pour s'arrêter dans les noyaux bulbo-prolubérantiels, et comprend lui-même, d'avant en arrière, le faisceau du facial inférieur, du nerf masticateur et le faisceau de l'hypoglosse (mouvements de la face et de la langue) ; — 4° le faisceau pyramidal (mouvements volontaires des membres) qui occupe les 2/3 antérieurs du segment postérieur et descend par la partie moyenne du pédoncule pour se porter dans le faisceau pyramidal de la moelle (4, fig. 179); — 5° le faisceau sensitif (5, fig. 179) qui occupe le 1/3 postérieur du bras postérieur de la capsule, et comprend le faisceau de Meynert .ou faisceau occipital qui vient des régions protubérantielles, en passant par la région la plus externe du pédoncule, et le faisceau du, ruban de Reil, qui contient à la fois des fibres sensitives d'origine médullaire, des fibres optiques et olfactives et va se terminer dans les régions pariélo-occipitales de l'hémisphère.
En sortant de la capsule, ces cinq faisceaux passent dans la couronne rayonnante où nous les retrouverons dans un instant.
Les faisceaux irradiés qui constituent la capsule sont donc : 1° des irradiations du globulus paliidus qui longent le bras antérieur ; 2° des irradiations antérieures ou frontales et postérieures ou occipitales de la couche optique, qui suivent le bord interne de la capsule et s'épanouissent ensuite dans le centre ovale; 3° des irradiations optiques qui viennent des tubercules nates, des corps genouillés externes et du pulvinar, et suivent la partie la plus reculée du bras postérieur (carrefour sensitif) pour se répandre dans le lobe occipital ; 4» des irradiations pédonculaires, enfin, que nous avons précédemment suivies une à une.
II est rare que les lésions en foyer de la capsule interne soient assez limitées pour donner lieu à une localisation précise des faisceaux moteurs. Cependant quelques observations (Garkl et Don, etc.), sont conformes à l'expérimentation (HoRSLiiY et BeevorJ pour allester que l'échelonnement des faisceaux que nous avons admis dans le faisceau géniculé et le faisceau pyramidal sont bien réels. Il en est de môme de la partie postérieure du segment postérieur. Aussi les lésions des deux tiers antérieurs de la capsule interne détermment-elles des troubles de la molilité. Si la lésion est destructive, il y a hémiplégie, puis degénerallon secondaire descendante des faisceaux et de la contracture. S'il y a seulement UTilation, il y a des troubles moteurs particuliers, hémiclwrée, hémialhélose, troubles de la coordmation motrice qui succèdent le plus ordinairement à la paralysie (hémichorée post-hémiplegique), mais qui, dans certains cas, peuvent la précéder. Ces phénomènes du reste n appartiennent pas en propre aux lésions de la capsule interne. Ils peuvent tout aussi bien résulter d'une lésion des régions correspondantes du centre ovale ou de l'écorce cérébrale.
La lésion alleint-elle le faisceau frontal ou le faisceau géniculé, la dégénérescence descendante ne dépasse jamais les régions bulbo-protubérantielles. Frappe-l-elle le faisceau pyramidal, au contraire, la dégénérescence, après être passée par la région moyenne du
Debierre. — 20.
CONFORMATION INTÉRIEURE DU CERVEAU
pied du pédoncule, gagne la pyramide correspondante du bulbe, et au-dessous de rentrecroisement des pyramides se continue dans le faisceau pyramidal du côté opposé de la moelle épinière.
Cette sclérose secondaire des cordons conducteurs de la motricité (sclérose des cordons latéraux) s'accompagne de contractures qu'annoncent l'exagération du réflexe tendineux (phénomène du genou, signe de Wesphal) et la trépidation épileptoïde provoquée du côté paralysé, symptomatologie qui apparaît toutes les fois au reste que sont frappés les cordons pyramidaux, primitivement comme dans le labes dorsal spasmodique, ou secondairement comme dans les dégénérations descendantes, conséquences de lésions cérébrales. De même, les lésions du tiers postérieur de la capsule interne donnent lieu à des troubles
sensitifs, à une hémianesthésie sensitivo-sensorielle qui, elle aussi, quand la destruction n'est pas complète, peut être remplacée, comme l'hémiplégie l'était par l'hémichorée, par une hémidysesthésie. De plus, comme les lésions de la partie externe du faisceau sensitif dans le carrefour, donnent lieu à l'hémianesthésie seule sans abolition des sensibilités spéciales, il y a lieu de penser que les fibres en rapport avec ces dernières passent par la partie la plus interne du carrefour. La lésion de cette zone détermine en effet l'cwïihlyopie et Vhéinianopsie, la surdité, l'anosmie et la paralysie du goût du côté opposé.
Dans l'hémianesthésie d'origine cérébrale, il peut de plus y avoir amblyopie croisée, d'où il s'ensuit que les racines optiques subiraient un entrecroisement total dans le cerveau. Charcot a essayé de schématiser cette disposition dans la figure 180 que nous lui empruntons.
il. — Substance blanche ou centre ovale
DES hémisphères.
Du manteau de substance, grise qui recouvre les hémisphères du cerveau, émergent, ou aboutissent des fibres blanches qui constituent la substance blanche des hémisphères, le centre ovale, et réunissent la substance corticale aux noyaux gris centraux et aux pédoncules cérébraux. — On peut diviser ces fibres en trois groupes.
Le premier groupe comprend les fibres d'association ou fibres commissuralcs intra-hémisphériques qui réunissent les divers points d'un même hémisphère. Ce sont : 1» des fibres (3, fig. 181) qui s'étendent en arc d'une circonvolution à la circonvolution voisine {fibres arciformes); — 2» un faisceau longitudinal (3, fig. 181) qui chemine dans la circonvolution du corps calleux, établit des communications entre le lobe frontal, le lobe occipital et le sommet du lobe sphénoïdal et fait partie du système commissural de l'appareil olfactif; - 3° un faisceau longitudinal supérieur
Fig. 180. — Schéma de rentre-croisement des tractus optiques (Charcot).
T, semi-entre-croisement dans le chiasma optique. — TQ, entro-croisemcnt postérieur aux corps gcnouiUés. — GG, corps genouillés. — a', b', flbros qui ne s'entrecroisent pas dans le chiasma. — b, a, fibres qui s'entrecroisent dans le chiasma. — b' a', fibres venant de l'œil droit, qui se rencontrent dans l'hémisphère gauche LOG ; — LOD, hémisphère droit. — K, lésion du iractus optique gauche, provoquant l'hémiopie gauche latérale. — LOGi une lésion en ce point provoque l'ambliopie croisée gaucho. — T, lésion provoquant rhémiopie nasale. — N, \, lésion produisant l'hémiopie temporale.
CONFORMATION INTÉRIEURE DU CERVEAU
(4, lîg. 181), faisceau arqué (fasciculu.i arcuakis), qui s'étend du lobe frontal au lobe occipital à travers le centre ovale; — 4° un faisceau uncifonne, fasciculus îincinatus (8, lig. 181) qui se dégage de la troisième circonvolution frontale, traverse la base de l'Insula, puis se réfléchit en décrivant une anse autour de la fosse de Sylvius, et se porte dans le lobe sphénoïdal, où il se termine dans le noyau amygdalien (Mkvnert); — 5" un faisceau longitudinal inférieur (7, fig. i81) qui s'étend du piMe occipital au pôle temporal et constitue en partie le tapis des cornes occipitale et sphénoïdale du ventricule latéral.
1, subsiante blanclie du corps de l'hémisphère; 2, écorce grise ; 3, faisceau arqué; 4, faisceau longîtuditial supérieur; 8, faisceau de l'ourlet ; C, corps calleux; 7, faisceau longitudinal inférieur; 8, faisceau unciforme.
Le deuxième groupe de fibres comprend les fibres commissurales interhèmisphériques destinées à réunir les régions homologues des deux hémisphères. — Ce sont: le corps calleux; — la commissure blanche antérieure; — la commissure blanche postérieure et la commissure de la base du cerveau (commissure de Meynert et commissure de Gudden), toutes formations qui nous sont maintenant connues.
Le troisième groupe de Gbres comprend les fdjres rayonnantes ou convergentes (système d'irradiation).
Ce système comprend les libres qui, des pédoncules cérébraux et des noyaux gris centraux, s'épanouissent dans l'écorce du cerveau. Presque toutes passent par la capsule interne, et au sortir de ce passage ou détroit, elles divergent de façon à former une sorte de gerbe qui entremêle ses fibres aux fibres arciformes et commissurales, et que l'on appelle la couronne rayonnante de Reil. Ces fibres sont donc de deux ordres : 1° des fibres directes qui traversent la capsule interne, puis la couronne rayonnante, sans s'arrêter ou subir de relais, et établissent une communication entre l'écorce et les noyaux bulbo-protubérantiels, ou la substance grise du cervelet ou celle de
CONFORMATION INTl'iRIEURE DU CERVEAU
la moelle; — 2° des fibres cortico-ganglionnaircs qui réunissent l'écorce au corps strié ou à la couche optique. Une petite partie de ces fibres, le faisceau inférieur du noyau lenticulaire, le pédoncule inférieur de la couche optique qui se portent dans le lobe temporal, ne traversent pas la capsule interne.
Voyons comment se disposent les faisceaux de la capsule interne ou fibres irradiées, pendant leur trajet dans le centre ovale.
Le faisceau psychique, en passant de la capsule interne dans le centre ovale, s'infléchit en avant et se porte dans le lobe frontal, notamment dans les deux premières circonvolutions (F* et F2 ) et dans la partie antérieure de
Fig. 182. — Schéma des fibres coramissurantes, aù niveau du corps strié (Luys).
1, 1', groupe des fibres transversales supérieures, emboîtées les unes dans les autres ; 2, 2 , tance grise du corps strié ; 3, 4, et 4'. groupe de libres comraissurantes inférieures.
Le faisceau de l'aphasie s'incline en dehors et vient se perdre dans le pied
de F^. , , ^
Le faisceau géniculé (faisceau moteur volontaire pour la face et la langue) longe en arrière le faisceau de l'aphasie et vient se perdre dans le pied de la circonvolution frontale ascendante (F*).
Le faisceau pyramidal (faisceau cérébral ou moteur volontaire pour le tronc et les membres) se dirige en dehors et en haut en s'irradiant en éventail et vient se terminer dans les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes ainsi que dans le lobule paracentral. Dans leur ensemble les faisceaux géniculé et pyramidal contiennent les conducteurs de la motricité volontaire C'est pour cette raison qu'on a donné à la zone de l'écorce à laquelle ils aboutissent le nom de zone motrice ou zone épileptogène. Comme cette zone (région rolandique), nous le verrons, comporte plusieurs centres moteurs
CONFORMATION INTÉRIEURE DU CERVEAU
distincts, centre des membres inférieurs, centre des men)bres supérieurs, etc., il est rationnel d'admettre que les conducteurs qui en proviennent sont aussi spécialises et distincts piiysiologiquemenl dans le centre ovale. Nous verrons, en effet, en temps voulu, que les lésions des libres du centre ovale ou lésions sous-corticales, donnent lieu aux mêmes symptômes paralytiques que les destructions des centres auxquelles elles correspondent.
Depuis les travaux de Lichtheim et de Wehnicke (1885) nous savons que l'aphasie motrice ou sensorielle peut être produite, non seulement par la destruction des centres corticaux de mémoire motrice ou sensorielle correspondante, mais encore par la destruction des fibres qui aboutissent à ces centres ou en partent, ou bien par des lésions qui, isolant ces centi-es, les séparent du centre complexe où se fait l'association des images, et auquel on a donné le nom de centre d'idéation.
Celte aphasie motrice sous-corticale peut être reconnue pendant la vie, parce que, dans ce cas, les images moirices vocales ou d'articulation sont conservées, car lorsque le malade veut prononcer un mot, il fait autant d'eflort d'expiration que ce mot contient de syllabes, ou bien encore peut indiquer, avec les doigts, le nombre de syllabes que contiennent les mots qu'il ne peut prononcer. L'aphasie relève dans ces circonstances de la rupture des fibres qui relient la circonvolution de Broca aux noyaux bulbaires et qui sont destinées à actionner ces noyaux dans le mécanisme du langage.
Dernièrement Déjerine rapportait deux remarquables exemples de cette affection {Compte rendu Soc. de Biologie, p. 135, 6 mars 1891).
Quand on incise l'écorce autour du centre moteur d'un membre, les fonctions de ce centre disparaissent (Exner et Paneth) ; elles cessent aussi lorsqu'on enlève la pie-mère sur ce centre. Dans le premier cas, l'abolition fonctionnelle s'explique par la section des fibres d'association ; dans le second, par l'ischémie des éléments nerveux. Ces fibres d'association permettent d'expliquer les réflexes cérébraux les plus compliqués, et ces réflexes c'est toute la vie cérébrale, nous le verrons.
Le faisceau sensitif qui, dans la capsule interne, ne contenait que les conducteurs de la sensibilité générale (fibres du ruban de Reil), et les fils sensoriels de l'ouïe, du goût et de l'olfaction, reçoit à la partie la plus reculée de la capsule interne, en ce point désigné par Charcot sous le nom de carrefour sensitif, un faisceau additionnel qui provient de la couche optique et des corps genouillés et représentant les fibres intra-cérébrales des nerfs optiques. Ainsi renforcé, le faisceau sensitif, qui contient maintenant tous les conducteurs de la sensibilité générale et spéciale, diverge en gerbe et se porte vers l'écorce, en disposant ses fibres en deux groupes : un groupe de fibres verticales qui montent vers les zones rolandique et pariétale; un groupe de fibres horizontales qui s'infléchissent en arrière en contournant le bord externe de la corne occipitale du ventricule latéral et en se disposant en un épais faisceau pyramidal dont la pointe regarde le pôle occipital (radiations optiques de Graliolet). — Les fibres de ce groupe se terminent successivement dans les circonvolutions pariéto-occipitales et temporo-occipitales.
On prend une idée exacte de la topographie des fibres du centre ovale par les couves frontales de Pitres, qui divisent l'hémisphère en sept tranches, parallèlement à la scissure de Rolande.
Ces coupes sont d'avant en arrière : 1» La coupe préfrontale (1, 1, fig. 183) qui
310 CONFORMATION INTÉRTEUniî DU CERVEAU
passe à 4 ou '6 ccnUiiiôtrcs on avant de la scissure de Kolando : son centre ovale est composé de conducteurs (faisceaux dits psychiques de la capsule interne) (|ui se rendent aux circonvolutions frontales à l'exception de leur pied ; ses lésions ne nous apprennent rien sur sa valeur physiologique, car elles restent inexpressives, c'est-à-dire qu'elles n'attaquent ni le mouvement ni la sensibilité. C'est une zone latente.
2" La coupe pédiciilo- frontale (2, 2, fig. 183) passe par le pied des trois circonvolutions frontales et rencontre les faisceaux pédiculo-frontaux supérieur, moyen et inférieur se rendant au pied des circonvolutions frontales correspondantes; le centre ovale à ce niveau renferme donc les conducteurs qui vont au pied de la 2" et de la 3' circonvolution frontale; c'est dire que la lésion de ces faisceaux conduit à Vagraphie comme à Vaphasie aussi bien que si les centres corticaux eux-mêmes étaient frappés ; car, que la lésion porte sur le centre cortical (lésions corticales) ou sur les fils conducteurs (lésions sous-corticales), le résultat est absolument le môme. A ce niveau la coupe nous présente encore les deux noyaux du corps strié séparé par la capsule interne
Kig. 183. — Coupes rontales du cerveau (coupes de Pitres).
1, 1, coupe préfrontale; 2, 2, coupe pédiculo-frontale ; 3, 3, coupe frontale; 4, 4, coupe pédiculopariélale; b, 5, coupe pariétale; 6, 6, coupe occipitale.
3o La coupe frontale (3, 3, fig. 183) passe par la circonvolution frontale ascendante; elle intéresse les faisceaux frontaux supérieurs qui répondent au centre cortical des mouvements des membres inférieurs et les faisceaux frontaux moyens qui se rendent dans la région du centre des membres supérieurs, tous deux appartenant au faisceau pyramidal ou cérébral moteur; les faisceaux frontaux inférieurs qui correspondent au centre moteur de la face, faisceau géniculé de la capsule interne , les faisceaux temporaux qui se rendent à l'écorce temporale. Cette coupe présente donc trois étages : un supérieur moteur des membres, un moyen moteur de la face (faisceau géniculé). un inférieur sensltif. — Au centre, on voit la coupe de noyau caudé et lenticulaire séparé l'un de l'autre par la capsule interne, et la couche optique.
40 La coupe pariétale (4, 4, fig. 183) passe par la circonvolution pariétale ascendante:
CONFORMATION INTÉRIEURE DU CERVEAU
le centre ovale y est composé par quatre groupes de fibres, qui sont de haut en bas, le faisceau pariétal supérieur, le faisceau pariétal moyen, lo faisceau pariétal inférieur, et le faisceau temporal. Cel to coupe rappelle beaucoup la précédente et traverse la région motrice (zone i olandiquo)et au niveau du faisceau temporal, elle correspond au centre de la surdité verbale. Son centre ovale ne contient que les fibres radiées du faisceau pyramidal.
5" La coupe pédiculo-pariétale (5,5,fig.l83) présente trois faisceaux qui aboutissent à la circonvolution pariétale supérieure {f. pédiculo-pariélal supérieur), à la circonvolution pariétale inférieure (f. pédiculo-pariélal inférieur), et au-dessous, le faisceau qui se rend au lobe temporal {[. temporal). Cette coupe passant par le pli courbe rencontre les faisceaux qui se rendent au centre de la cécité verbale (f. pédiculopariélal inférieur], et dans son champ n'existent que les fibres irradiées du faisceau sensitif. Sur cette coupe, on ne voit plus que la tête et la queue du noyau caudé, le noyau lenticulaire et l'avant-mur ont disparu.
6° La coupe occipitale (6, 6, fig. 183) passe à 1 centimètre en avant de la scissure pariéto-occipitale externe. Elle ressemble à la coupe préfrontale, et, comme elle, elle a un centre ovale composé de fibres inexpressives. Son champ est entièrement constitué par les fibres du faisceau sensitif {f. occipitaux). Cependant, comme elle répond aux trajets optiques, ses lésions ne restent pas comme absolument inexpressives.
D'après ce que je viens de dire, on peut donc distinguer trois zones dans le cerveau : une zone antérieure ou frontale (improprement appelée préfrontale) ; une zone postérieure ou occipitale et une zone moyenne ou rolandique. Les deux premières zones sont des zones latentes, c'est à dire des zones dont la lésion ne donne lieu à aucun phénomène caractéristique du côté du mouvement ou de la sensibilité; la zone moyenne, au contraire, qui embrasse les circonvolutions rolandiques, y compris le lobule paracentral et à gauche le pied de Fi et de F^, ainsi que le centre de T' et celui de P^, est une zone réactionnelle : c'est la zone psycho-motrice. Les fils conducteurs que nous trouvons dans le centre ovale correspondant y sont déjà groupés, car des lésions isolées de ce centre déter' minent des monoplégies (Pitres), c'est-à-dire des paralysies localisées (1).