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Espace sous-arachnoïdien et liquide céphalo-rachidien

§ I. — Espace sous-arachnoïdien.

Il existe entre les centres nerveux et la dure-mère, en réalité entre 1 arachnoïde et la pie-mère, un espace libre qui s’étend du crâne dans le rachis et réciproquement. Cet espace, c’est l 'espace sous-arachnoïdien ou sus-pial. 11 constitue un véritable sac rappelant les cavités séreuses, et revêtues comme elles, d’après Luschka, Axel Key et Retzius d’un revêtement épithélial. Il communique avec les espaces séreux des nerfs, avec les gaines péri-vasculaires et les organes des sens (losses nasales, œil, oreille) (1). — Complètement libre dans le rachis où il forme une sorte de citerne circulaire autour de la moelle, cet espace est coupé dans certains points du crâne par des brides fibreuses très tenues (tissu sous-arachnoïdien) qui réunissent le feuillet viscéral de l’arachnoïde à la pie-mère, comme cela se voit à la surface des circonvolutions et sur toutes les parties saillantes de l’encéphale. Dans certaines régions, au contraire, à la base du cerveau principalement, il y a des espaces dilatés qui servent de réservoirs au liquide céphalo-rachidien, et auxquels Magendie a donné le nom de confluents (p. 38).

L’espace sous-arachnoïdien communique avec les ventricules du cerveau et le canal central de la moelle par l'intermédiaire des parties latérales de la fente de Hicliat, des trous de Luschka et du trou de Magendie percé sur la voûte du

(1) Les enveloppes méningiennes se continuent sur les nerfs. On leur trouve une enveloppe commune, V épi nèvre ou névrilème , entourant la totalité du nerf et constitué par un tissu conjonctif riche en fibres élastiques. Cette gaine se continue avec la duremère. L'épinèvre envoie des prolongements dans l’intérieur des nerfs qui isolent les uns des autres des groupes de fibres nerveuses qu'on appelle des faisceaux secondaires auxquels ils servent d’enveloppes propres. Ces enveloppes appelées périnèvre sont formées par des lamelles concentriques recouvertes d'un endothélium. A son tour, le périnèvre détache de minces feuillets qui s'enfoncent dans le faisceau nerveux secondaire de façon à dédoubler ce dernier en un certain nombre de faisceaux plus petits appelés faisceaux primaires, auxquels ils constituent une gaine appelée endonècre. Entre les lamelles du périnèvre il existe des espaces capillaires séreux ou lymphatiques où circule la lymphe. — C'est la continuation du tissu cellulaire sous-arachnoïdien, la pie-mère molle de II en le, l’intima pia d’AxEL Key et Retzius. — S’il en est ainsi, et sans admettre comme définitivement démontrés les espaces lymphatiques peri-cellulaires dans l’épaisseur de l’encéphale (Sohwalbe, Obersteiner), tous les éléments nerveux baignent dans la lymphe.

Debierre. — 4.

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quatrième ventricule près du bec du calamus scriptorius (1). Il diffère de la cavité arachnoïdienne en ce qu’il renferme un liquide particulier découvert par Haller et Cotugno, le liquide céphalo-rachidien , auquel Magendie a attribué sa véritable valeur tout en montrant qu’il occupe l’espace sous-arachnoïdien.

§. II. — Liquide céphalo-rachidien.

Le liquide céphalo-rachidien ou cérébro-spinal, est un liquide clair et limpide, alcalin, salé, d’une densité de 1005 à 1010, renfermant 990 parties d’eau sur 1000, et 1 à 2 d’albumines. Incoagulable par la chaleur, il ne contient pas de sérine comme le sérum du sang, mais une matière albuminoïde analogue à la caséine. Ses matières minérales sont riches en phosphates et en sels de potasse, ce qui rapproche le liquide céphalo-rachidien du plasma des tissus et l'éloigne du sérum sanguin. Il renferme aussi du sucre à peu près dans les mêmes proportions qu’on trouve ce corps dans le sang, mais celte matière sucrée est infermentescible et sans action sur la lumière polarisée. Cette composition du liquide cérébro-spinal peut aider à reconnaître l’origine du liquide qui s’écoule par le nez et les oreilles à la suite de certaines fractures de la base du crâne, ainsi que le font remarquer Laugier et Tillaux entr’aulres. — Issu par transsudation des vaisseaux de la pie-mère, ce liquide occupe l’espace sousarachnoïdien spinal dont la capacité est beaucoup trop grande pour contenir la moelle et s’accumule dans l’ampoule terminale inférieure qui l’entoure.

Dans la cavité crânienne, il se rassemble dans les sillons et les scissures qui séparent les circonvolutions ou les lobes du cerveau, en formant des rivuli, des rivi, des flumina (Duret), qui se déversent dans des confluents ou lacs (espaces sous-arachnoïdiens de Magendie). A la base de l’encéphale il forme un véritable coussinet liquide élastique (tig. 32). — On admet généralement, nous l’avons dit, qu’il pénètre dans les cavités ventriculaires en passant par le trou de Magendie, le quatrième ventricule et l’aqueduc de Sylvius.

(1) Le trou de Magendie, dont l’existence normale est encore douteuse, est limité en avant par le bec du calamus scriptorius , en arrière par le ver mis inferior du cervelet, latéralement par les lobules amygdaliens du cervelet et les plexus choroïdes du 4e ventricule. En fait, la cinquième vésicule cérébrale, celle qui donne naissance au quatrième ventricule est, comme les autres, close de toutes parts chez l’embryon ; elle l'est encore chez l’adulte, car, comme le remarque Mathias Duval, le trou de Magendie représente une production accidentelle comme les ouvertures fenêtrées de l’épiploon ou celle des lames mésentériques. (Mathias Duval, La corne d’Ammon. (Arch. de Neurologie, 1881-1882, p. 49).

Du vermillon émulsionné dans une solution de sucre injecté dans les espaces sousarachnoïdiens à des animaux vivants ne passe jamais dans les ventricules (II. Quincke). S’il en est ainsi le trou de Magendie est accidentel. Mouret cependant ( Montpellier medical, 1891) soutenait encore récemment qu’en laissant tomber lentement un liquide coloré avec le picro-carmin dans le 3e ventricule par l’infundibulun préalablement déchiré (le cerveau étant renversé), on voit le liquide parvenir dans le 4e ventricule et de là sortir par le trou de Magendie n largement ouvert » (Voy. sur ce sujet Marc Sée, Rev. de médecine, 1878, p. 124, et 1879, p. 295).

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On a beaucoup discuté sur les usages du liquide céphalo-rachidien.

Certains auteurs ont prétendu qu'il n’était là que pour remplir le vide qui existe autour des centres nerveux; — d’autres (Magendie) qu'il exerce une pression salutaire puisque les animaux que l'on prive du liquide céphalo-rachidien par ponction chancellent et finissent par tomber. Longet a réfuté cette opinion. Foltz (de Lyon) considérant que les centres nerveux baignent dans le liquide, a pensé que ces centres perdent une grande partie de leur poids selon la loi d’Archimède, d’où il considérait le liquide céphalo-rachidien comme jouant le rôle d’un ligament suspenseur du cerveau. J. Cruveilhier comparait le rôle de ce liquide vis-à-vis des centres nerveux à celui des eaux de l’amnios visà-vis du fœtus : ce serait un organe de protection.

Voici ce que nous apprend l’expérience relativement aux fonctions du liquide céphalorachidien.

Dans l’intérieur du crâne, le liquide céphalo-rachidien possède une tension supérieure à la tension atmosphérique, et cette tension il la doit à la pression artérielle, car elle tombe à zéro si l’on coupe les carotides (Durkt). — Ce liquide est animé d'oscillations, en relation directe avec les mouvements d’expansion du cerveau, produits eux-mêmes par les ondées artérielles, et exagérés par l’expiration. Malgré la rigidité du crâne, les changements de volume de l’encéphale sont rendus possibles par suite du reflux du liquide céphalo-rachidien dans le rachis à chaque systole cardiaque et à chaque mouvement expiratoire, reflux accusé par le soulèvemenl du peloton adipeux des trous de conjugaison du rachis et démontré expérimentalement à l’aide d’appareils enregistreurs. Mais il est à remarquer que dans ce phénomène le principal rôle n’est pas rempli par le liquide céphalo-rachidien, dont les oscillations sont assez restreintes et ne dépassent guère la région cervicale, mais par le sang veineux contenu dans la cavité crânienne qui fuit devant l’ondée artérielle ainsi que l’indique un manomètre introduit dans la veine jugulaire. Cette fuite a lieu jusque dans les sinus rachidiens ainsi que le remarque Flourens. Les mouvements du cerveau sont donc synchrones à la pulsation artérielle et aux mouvements respiratoires. Pendant l’inspiration, au contraire, il y a diminution du contenu de la cavité crânio-rachidiennc par suite de l’aspiration par le thorax du sang veineux intra-crânien et intra-rachidien. C’est alors que le liquide céphalo-rachidien reflue du rachis dans le crâne pour y remplir le vide qu’y laisse le sang veineux qui se précipite vers le cœur, et que le vide intra-rachidien lui-même est comblé par les pelotons adipeux qui garnissent l’entrée des trous de conjugaison. Ces pelotons, en effet, se dépriment pendant l’inspiration. L’élasticité de la dure-mère rachidienne et la pression atmosphérique (tendance au vide dans le crâne) sont les forces qui font remonter le liquide du rachis dans le crâne; celles qui le font descendre dans le rachis, c’est l’ondée artérielle et l'accumulation du sang dans l’intérieur du crâne.

F. Jolyet a récemment montré {Soc. de Biologie, p. 76o, 1893) que l’échappement et la fuite du liquide céphalo-rachidien se font par suite de l’ébranlement ondulatoire qui est communiqué à ce liquide par l’expansion artérielle et veineuse.

En résumé, le liquide céphalo-rachidien a pour usage de régulariser les pressions auxquelles sont soumis les centres nerveux par suite des afflux et reflux intermittents du sang sous 1 action de la pompe cardiaque et sous l’influence des mouvements respiratoires. Ce liquide se meut des espaces péri-encéphaliques vers les espaces péri-médullaires et réciproquement, selon que les canaux veineux intra-crâniens ou intra-rachidiens sont gorgés ou dégorgés, et dans ce mécanisme le canal vertébral joue le rôle d'un tuyau d’échappement.

Tel est le rôle du liquide céphalo-rachidien, ainsi qu’il résulte des récentes recherches de Salathé, Mosso, François-Franck, Jolyet, etc., et c’est dans ce sens que doivent être modifiées les idées de Magendie et de A. Richet.

A propos des mouvements du cerveau je dirai, pour mémoire, que Luys a prétendu que le cerveau était susceptible de mouvements en rapport avec les changements de position du corps, et tout à fait indépendants des mouvements circulatoires et respiratoires

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qu’il subit, — et je renverrai à la thèse de l’un de mes élèves, le Dr Labalette, pour plus de détails. (Voy. à ce sujet : Luvs, Colin, Béclard, Sappey, Marc Sée. Bull. Acad, de Médecine, mars, avril et mai, 1884; — Labalette, Les veines de la tête et du cou, Lille, 1891).

Un malade de Tillaux (1) perdait plus de deux cents grammes de liquide céphalorachidien par jour sans autre inconvénient; un autre de Cl. Bernard (2) en perdait plusieurs litres par jour, ce qui prouve avec quelle rapidité se reproduit le liquide céphalorachidien.

Duret ( Etihdes expér. et clin, sur les traumatismes cérébraux, 1878), et Tilanus (Jets over commotio cerebri, Amsterdam, 1883) ont pensé que le choc du liquide sousarachnoïdien contre la substance de l’encéphale dans le cas de traumatisme céphalique, pouvait jouer un certain rôle dans la production des symptômes de la commotion cérébrale. Aussi est-ce généralement dans le 4e ventricule, c’est à-dire par là où luit le liquide des ventricules cérébraux au moment de la compression des ventricules parle choc, que l’on trouve les plus grandes lésions du contre-coup. A l'appui de cette manière de voir, on pourrait rappeler que c’est aussi à ce niveau que l’on trouve des lésions d’attrition dans les hémorrhagies cérébrales avec inondation ventriculaire (Capitan), mais cependant, je me demande si dans les conditions normales, le liquide ventriculaire est assez abondant pour produire un jet qui viendrait contusionner le 4e ventricule au moment de la compression du traumatisme. Des expériences de Sudre (Thèse de Bordeaux, 1886) il résulterait aussi que quand le traumatisme survient au moment de l’inspiration (maximum de tension cérébrale) on assiste à une commotion cérébrale ditluse, tandis que lorsqu’il est appliqué au moment de l’expiration, il donnerait lieu à une contusion bulbaire.

L’augmentation du liquide céphalo-rachidien en proportions exagérées détermine Y hydrocéphalie, contre laquelle on a proposé récemment la paracenthèse du ventricule latéral du cerveau suivie de drainage (Broca, Quénu, Phocas, Picqué, Quincke, W. Keen, Mayo Robson, etc.).

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